jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2002399 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CGCB ET ASSOCIES - COULOMBIE GRAS CRETIN BECQUEVORT ROSIER SOLAND GILLIOCQ BARBEAU-B |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 avril 2020 et le 11 avril 2022, , et représenté par ses parents, représentés par Me Gilliocq et Me Arroudj, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser une somme de 40 000 euros majorée des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de la requête, à raison des préjudices subis ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'Education nationale a commis une faute en ne prenant aucune mesure en 2001 à la suite de la mise en cause de l'enseignant pour des faits d'attouchements sur une élève de quatre ans ;
- l'administration judiciaire a commis une faute en ne signalant pas la condamnation du 25 juin 2008 au ministère de l'Education nationale alors que différentes circulaires rappelaient aux parquets la nécessité de transmettre les condamnations pénales définitives aux administrations concernées ; les défaillances de l'Etat relatives à l'absence de transmission des informations ont été reconnues par le Premier ministre lui-même en 2015 ;
- l'autorité judiciaire a commis une faute dans le cadre du contrôle judiciaire de décidé le 24 avril 2008 ;
- l'autorité judiciaire a commis une faute en ne procédant pas à l'inscription de la condamnation du 25 juin 2008 au fichier national automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes ;
- l'administration a commis une faute en n'évitant pas le suicide en prison de ;
a subi des préjudices liés à la connaissance des faits de viols ayant concerné ses camarades, aux pressions exercées par afin de le faire participer aux ateliers du goût, au stress résultant de la pression médiatique, à l'impossibilité de comprendre les agissements de l'instituteur et de se voir reconnaître la qualité de victime ;
- les parents de ont subi des préjudices liés aux incertitudes entourant les faits commis par l'instituteur et il est aujourd'hui impossible d'affirmer que n'aurait pas été victime de sévices quelconques, au stress résultant de la pression médiatique ayant entouré cette affaire, à l'impossibilité d'obtenir désormais justice et de se voir reconnaître la qualité de victime ;
- à titre subsidiaire, les préjudices causés sont susceptibles d'engager la responsabilité sans faute de l'Etat.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que les prétentions indemnitaires des requérants soient ramenées à de plus justes proportions.
Il soutient que :
- le juge administratif n'est pas compétent s'agissant de la faute de l'Etat du fait du fonctionnement de la justice ;
- le préjudice personnel subi du fait du suicide en détention du prévenu n'ouvre pas droit à indemnité ;
- les préjudices allégués devraient être ramenés à de plus justes proportions.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2021, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Journé, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. En mars 2015, une instruction pénale a été ouverte à l'encontre de , directeur d'une école élémentaire à Det enseignant en cours préparatoire (CP), pour des faits de viols et agressions sur mineurs de quinze ans et détention d'images de mineurs à caractère pornographique. Placé le 25 mars 2015 en détention provisoire, le prévenu s'est suicidé en prison le 5 avril 2016. Les parents du jeune , élève de la classe de CP, ont adressé le 24 décembre 2019 au Premier ministre, une demande d'indemnisation des préjudices subis du fait des négligences commises par l'Etat pour n'avoir pris aucune mesure malgré l'existence d'une précédente condamnation de l'enseignant et du fait de son suicide en détention.
Sur la compétence de la juridiction administrative
2. Si les requérants font valoir dans leurs écritures que l'autorité judiciaire a commis une faute dans le cadre du contrôle judiciaire de décidé le 24 avril 2008 et en ne procédant pas à l'inscription de la condamnation de l'intéressé au fichier national des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes, il n'appartient pas à la juridiction administrative de connaître de litiges mettant en cause la responsabilité pour faute de l'Etat du fait du fonctionnement du service public de la justice judiciaire.
3. En revanche, à la suite des faits révélés en 2015, les services de l'inspection générale de l'éducation nationale et de la justice ont mené une enquête sur les conditions dans lesquelles les poursuites et condamnations pénales des enseignants ont été portées ou non à la connaissance de l'éducation nationale. Selon les termes de ce rapport : " ce ne sont pas des considérations juridiques qui ont fait obstacle à ce que l'Education nationale soit informée mais une organisation imprécise des parquets qui ont conduit ses membres à omettre de délivrer cet avis ". En effet, le constat dressé dans le cadre de la mission d'enquête a permis la mise en place d'une nouvelle organisation entre les services concernés ainsi que des moyens matériels et techniques permettant la transmission d'informations. En outre, la loi du 14 avril 2016 relative à l'information de l'administration par l'autorité judiciaire et à la protection des mineurs a, par la suite, défini un cadre juridique régissant les modalités de communication des condamnations et actes de poursuite. Il résulte de ces éléments de fait, que si les services de l'Etat ont mis en place une obligation pesant sur les services de la justice d'informer l'administration des condamnations définitives à l'encontre de l'un de ses agents, obligation distincte de l'obligation de communiquer une décision de justice, ils n'ont pas accompagné cette mesure d'une organisation matérielle et technique des services permettant sa mise en œuvre effective. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que l'absence de transmission d'information relative à l'existence d'une condamnation pénale d'un agent public, qui n'est pas liée à l'exercice par l'autorité judiciaire de sa mission juridictionnelle mais à l'organisation même du service public de la justice, relève de la compétence de la juridiction administrative.
Sur la faute de l'administration :
4. Par un jugement du 25 juin 2008, le tribunal correctionnel de Ca condamné à une peine de six mois d'emprisonnement assortie d'un sursis avec mise à l'épreuve et obligation de soins, pour des faits de recel de bien provenant de la diffusion d'images de mineurs à caractère pornographique commis en juillet 2005 et juillet 2006. Le recteur n'ayant à aucun moment été avisé de l'existence de cette condamnation, il ne peut lui être reproché aucune faute dans l'absence de mise en œuvre de son pouvoir disciplinaire à la suite de la décision pénale. Par ailleurs, s'il résulte de l'instruction qu'en 2001, une plainte a été déposée par un parent d'élève à l'encontre de l'enseignant, la plainte a été classée sans suite par le procureur de la République le 26 octobre 2001 au motif que l'infraction était insuffisamment caractérisée. Dans ces conditions, les services de l'éducation nationale qui ont pris une mesure conservatoire lors de l'enquête, n'ont pas commis de faute en ne prononçant aucune sanction contre l'enseignant à la suite du classement de la plainte.
5. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que l'absence d'information du rectorat est la conséquence de manquements dans l'organisation du service public de la justice, lequel n'a pas pris de mesure d'organisation spécifique en vue de la transmission d'informations à l'administration titulaire du pouvoir disciplinaire. Ces manquements reconnus notamment par le Premier ministre en 2015, constituent une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'Etat.
6. L'absence de communication entre les services de l'Etat n'a pas permis au rectorat chargé de la gestion de de prendre les mesures utiles à la protection des mineurs placés sous son autorité. Selon l'ordonnance de non-lieu rendue par le magistrat instructeur le 18 mars 2019, les déclarations du jeune n'auraient pas permis d'ordonner la mise en accusation de l'enseignant, l'élève ayant déclaré avoir refusé de participer à l'atelier à deux reprises. Toutefois, le jeune a été exposé dès son année de CP aux manœuvres de son enseignant et a dû s'opposer malgré son jeune âge à un adulte ayant autorité sur lui. Les manquements constatés au point 3 n'ayant pas permis à la hiérarchie de l'agent de prendre des mesures visant à protéger les élèves placés sous son autorité, le jeune a été privé d'une chance sérieuse de ne pas subir de préjudice en lien avec la présence en classe de cet enseignant. Il sera fait une juste évaluation du préjudice subi par en le fixant à la somme de 1 000 euros.
7. et , parents de la victime, ne justifient pas, pour leur part, de préjudice en lien direct avec le défaut d'organisation évoqué au point 3.
8. Les requérants ont droit aux intérêts de la somme de 1 000 euros à compter du 22 avril 2020, date d'enregistrement de leur requête.
Sur la responsabilité sans faute :
9. Il résulte de ce qui précède que le préjudice subi par le jeune résulte d'une faute commise par les services de l'Etat. Par ailleurs, les parents de la victime se prévalent uniquement de préjudices en lien avec les manquements évoqués au point 3, ce qui exclut l'application d'une responsabilité sans faute en lien avec une décision légale prise par l'Etat.
Sur la responsabilité de l'Etat du fait du suicide en détention du mis en examen :
10. Il résulte de l'ensemble des dispositions du code de procédure pénale relatives à l'action publique et aux droits de la partie lésée que, si le législateur a renforcé, au cours de l'instruction et dans le déroulement du procès pénal, la place et les droits des victimes, les prérogatives dont celles-ci disposent ainsi ne leur sont reconnues que pour concourir à la recherche et à la manifestation de la vérité, indépendamment de la réparation du dommage causé par l'infraction à laquelle tend l'action civile. L'action publique qui peut être mise en mouvement par une partie lésée, dès lors qu'elle peut se prévaloir de l'existence d'un intérêt personnel et direct à cette action, ne peut être exercée que par les seules autorités publiques, au nom et pour le compte de la société. Si le procès pénal peut avoir pour effet de répondre aux attentes des victimes, il a pour objet de permettre à l'État, par la manifestation de la vérité et le prononcé d'une peine, d'assurer la rétribution de la faute commise par l'auteur de l'infraction et le rétablissement de la paix sociale. L'extinction de l'action publique consécutive, conformément à l'article 6 du code de procédure pénale, au décès de la personne mise en cause fait obstacle à ce que cet objectif d'intérêt général soit poursuivi par la tenue d'un procès pénal. En pareil cas, la victime, qui n'est de ce fait privée d'aucun droit propre, ne peut soutenir que l'impossibilité qu'un tel procès puisse se tenir lui causerait un préjudice personnel de nature à ouvrir droit à indemnité.(/ANA)
11. Il résulte de ce qui précède que le préjudice dont les requérants demandent réparation, lié à l'absence de tenue d'un procès pénal à la suite du suicide de , ne peut donner lieu au versement de l'indemnité qu'ils réclament à ce titre.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par et et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :L'Etat est condamné à verser à , représenté par ses parents, la somme de 1 000 euros majorée des intérêts au taux légal à compter du 22 avril 2020.
Article 2 :L'Etat versera à et une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à , à , au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme A et Mme B, assesseurs.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
Le rapporteur,
C. A
Le président,
T. Pfauwadel
La greffière,
C. Billon
La République mande et ordonne au ministre au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026