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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002446

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002446

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002446
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPALOMARES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 17 avril 2020, 1er octobre 2021 et 18 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Palomares, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les crédits bancaires considérés à tort comme des revenus distribués par l'administration fiscale ont comme contrepartie le débit de son compte courant. Ces mouvements de compte à compte sont ainsi non imposables ;

- la facture HM Menuiserie concerne un local de la société AAGS situé au sein de son domicile. Ces frais ont dès lors bénéficié directement à la société ;

- il a bénéficié de deux prêts familiaux qui ne peuvent être considérés comme des revenus distribués ;

- le crédit de 165 euros du 21 juillet 2014 correspond à un excédent d'impôt ;

- les crédits française des jeux des 16 mai et 20 août 2014 sont des gains de jeux et donc sont non imposables ;

- le crédit du 28 juillet 2014 correspond à un remboursement d'impôt ;

- l'application des pénalités pour manquement délibéré n'est pas justifiée.

Par des mémoires en défense enregistrés les 28 septembre 2020, 6 janvier 2022 et 4 février 2022, la direction de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Coutarel, première conseillère,

- et les conclusions de M. Journé, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a fait l'objet d'un examen de sa situation personnelle au titre des années 2013 et 2014. Parallèlement, la SARL AAGS, dont il était gérant et associé, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité. A l'issue de ces contrôles, les revenus de M. B ont été rehaussés notamment sur le fondement du 2° du 1 de l'article 111 du code général des impôts à raison de revenus distribués par la SARL AAGS et en application de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales au titre de revenus d'origine indéterminée. Sa réclamation du 30 août 2019 étant restée sans réponse, il demande, dans la présente instance, la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, des prélèvements sociaux et des pénalités correspondantes auxquels il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne les revenus distribués :

S'agissant des sommes figurant au débit du compte courant d'associé de M. B :

2. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. () ".

3. Il résulte de l'instruction que l'administration a imposé, en tant que distributions de la SARL AAGS à M. B, sur le fondement des dispositions précitées, des virements sur ses comptes bancaires personnels d'un montant total de 60 867 euros en 2013 et de 42 675 euros en 2014 provenant du compte courant d'associé dont il dispose dans cette société. Pour établir que ces sommes ne seraient pas imposables, M. B se borne à soutenir qu'il s'agit de simples mouvements de compte à compte. Par suite, il n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que les virements sur ses comptes bancaires personnels ne constituaient pas des revenus distribués dont il a eu la disposition.

S'agissant de la facture HM Menuiserie :

4. Lors de la vérification de comptabilité de la SARL AAGS, l'administration a notamment réintégré dans les résultats imposables de la société, une facture émanant de la société HM Menuiserie pour un montant de 12 139,70 euros. Si M. B soutient que cette facture correspond à des travaux réalisés à son domicile dans le local dont dispose la société, il ne produit aucun élément de nature à établir que la SARL AAGS disposerait effectivement d'un local professionnel à cette adresse. Par suite, M. B, qui a appréhendé cette somme, a pu à bon droit être imposé sur le fondement des dispositions précitées.

En ce qui concerne les revenus d'origine indéterminée :

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".

6. En premier lieu, toutefois, les versements effectués sous forme de chèques ou de virements par les membres de la famille du contribuable sont présumés présenter le caractère de prêts, sauf en cas de relations d'affaires entre les intéressés.

7. L'administration a taxé d'office dans la catégorie des revenus qualifiés d'origine indéterminée deux crédits bancaires figurant sur les comptes personnels de M. B versés respectivement le 11 juin 2014 pour un montant de 20 000 euros et le 28 juin 2014 pour un montant de 10 000 euros. M. B soutient qu'il s'agit de deux prêts consentis par ses frères et produit à cet effet la copie des relevés bancaires de ses frères mentionnant les mouvements débiteurs ainsi que la copie de leur livret de famille. Dans ses observations à la proposition de rectification en date du 20 février 2017, il a également produit deux attestations dans lesquelles chacun de ses frères affirme lui avoir consenti un prêt. Pour écarter la présomption de prêts familiaux, l'administration fait valoir que le requérant n'a pas déposé le formulaire n° 2062 relatif aux contrats de prêt auprès du service des impôts compétent et que ses explications ont évolué dans le temps. Toutefois, dans les circonstances de l'affaire, et eu égard à la nature des liens qui unissent M. B aux auteurs des versements, la preuve de l'origine et du caractère non imposable des virements de 20 000 euros et 10 000 euros doit, compte tenu des précisions données et des justifications fournies, être regardée comme apportée. Il ne résulte pas de l'instruction, et n'est pas soutenu par l'administration, que le requérant serait en relation d'affaires avec ses frères. M. B est donc fondé à soutenir que la base supplémentaire d'imposition à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales ne pouvait être rehaussée d'office de la somme de 30 000 euros au titre de l'année 2014.

8. En deuxième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que les crédits bancaires de 165 euros du 21 juillet 2014 et de 386 euros du 28 juillet 2014, correspondants à des virements de la DRFIP d'Alsace et du Bas-Rhin, ont été qualifiés de revenus d'origine indéterminée et imposés en tant que tels. S'il est constant que ces sommes ont figuré dans le rapport de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, il résulte de l'instruction que cette mention résulte d'une simple erreur matérielle et n'a eu aucune conséquence sur le calcul de la base d'imposition des revenus d'origine indéterminée de M. B.

9. En troisième lieu, si M. B soutient que les virements libellés " virement FDJ " datés des 16 mai et 20 août 2014 d'un montant de 2 500 euros chacun correspondent à des gains de jeux de la Française des jeux, il ne produit aucun élément, comme des attestations de gains, permettant d'établir l'origine de ces sommes. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration a qualifié ces sommes de revenus d'origine indéterminée.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander la réduction à concurrence de 30 000 euros de la base d'imposition des revenus d'origine indéterminée mis à sa charge au titre de l'année 2014.

Sur les pénalités :

11. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

12. Les rehaussements relatifs aux revenus de capitaux mobiliers et aux revenus d'origine indéterminée mis à la charge de M. B s'élèvent à un montant de 65 762 euros au titre de l'année 2013 correspondant au triple du montant des traitements et salaires nets déclarés et à une somme de 82 559 euros au titre de l'année 2014 soit le double des revenus déclarés. Eu égard à la nature de ces revenus, et compte tenu du montant et de la répétition des omissions, l'administration a pu légalement assortir les suppléments de droits issus de ces rehaussements d'une majoration de 40 % pour manquement délibéré.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :

La base d'imposition des revenus d'origine indéterminée de M. B au titre de l'année 2014 est réduite à concurrence de la somme de 30 000 euros.

Article 2 :M. B est déchargé, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquels il a été soumis au titre de l'année 2014 dans la mesure de la réduction en base prononcée à l'article 1er.

Article 3 :L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'administratrice générale des finances publiques en charge de la direction de contrôle fiscal Centre-Est.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme C et Mme D, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

La rapporteure,

A. D

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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