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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002482

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002482

mercredi 25 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002482
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP CDMF - AVOCATS AFFAIRES PUBLIQUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 avril 2020 et le 20 septembre 2023, la société URBAN PROJECTS, représentée par Me Gras demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Neydens à lui verser la somme de 34 200 euros au titre des prestations supplémentaires réalisées pour son compte, assortie des intérêts moratoires ainsi que leur capitalisation ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Neydens la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société URBAN PROJECTS soutient que :

- la commune de Neydens a sollicité des prestations supplémentaires qui doivent être indemnisées sur le fondement de la responsabilité contractuelle, et à défaut, quasi-contractuelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2021, la commune de Neydens représentée par Me Tissot conclut au rejet de la requête, à ce que la société URBAN PROJECTS soit condamnée à lui verser la somme de 28 488 euros dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, au chiffrage au besoin par voie d'expert du montant des dépenses utiles à la commune et demande qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société URBAN PROJECTS au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Neydens fait valoir que :

- le contrat et nul dès lors que le signataire du marché était incompétent, qu'aucune procédure de publicité et de mise en concurrence n'a été mise en oeuvre, que son objet est illicite et qu'il ne comprend aucune stipulation contractuelle de type CCAG ;

- la société URBAN PROJECTS a perçu indument les sommes en application du contrat ;

- la responsabilité contractuelle ne peut être retenue ;

- en tout état de cause, les prestations supplémentaires ne sont pas justifiées ;

- en tout état de cause, la requérante a commis une faute exonératoire de responsabilité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- le décret n°2016-360 du 25 mars 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pollet,

- les conclusions de M. A,

- et les observations de Me Vives, représentant la société Urban Projects et de Me Harel, représentant la commune de Neydens.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Neydens a conclu une convention de gré à gré avec la société Urban Projects le 30 août 2018 ayant pour objet la fourniture de prestations intellectuelles s'inscrivant dans le cadre du projet d'aménagement d'un ensemble commercial. Par une demande indemnitaire préalable du 13 février 2020, la société Urban Projects a sollicité le paiement de prestations supplémentaires qu'elle aurait réalisées. Par un courrier du 5 mars 2020, la commune de Neydens a rejeté cette demande. La requérante demande au tribunal de condamner la commune de Neydens à lui verser la somme de 28 500 euros au titre de ces prestations supplémentaires. La commune de Neydens a présenté des conclusions reconventionnelles.

Sur les conclusions principales :

En ce qui concerne l'exception de nullité du contrat :

2. Lorsque les parties soumettent au juge un litige relatif à l'exécution du contrat qui les lie, il incombe en principe à celui-ci, eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, de faire application du contrat. Toutefois, dans le cas seulement où il constate une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d'office par lui, tenant au caractère illicite du contrat ou à un vice d'une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, il doit écarter le contrat et ne peut régler le litige sur le terrain contractuel. Ainsi, lorsque le juge est saisi d'un litige relatif à l'exécution d'un contrat, les parties à ce contrat ne peuvent invoquer un manquement aux règles de passation, ni le juge le relever d'office, aux fins d'écarter le contrat pour le règlement du litige. Par exception, il en va autrement lorsque, eu égard, d'une part, à la gravité de l'illégalité et, d'autre part, aux circonstances dans lesquelles elle a été commise, le litige ne peut être réglé sur le fondement de ce contrat. Ces circonstances doivent ainsi être directement liées au vice de passation retenu.

S'agissant de l'incompétence du signataire du marché :

3. Si la commune de Neydens fait valoir que le maire n'était pas compétent pour signer la convention du 30 août 2018, la production d'une délibération du conseil municipal de Neydens du 16 juillet 2020 relative aux délégations accordées au maire, postérieure au contrat en cause, ne saurait suffire à l'établir. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction que le maire de Neydens était incompétent pour signer la convention du 30 août 2018.

S'agissant du défaut de publicité et de mise en concurrence :

4. La commune de Neydens fait valoir que cette convention s'insère dans un ensemble de prestations fournies par la société Urban Projects et le cabinet d'architectes urbanistes DLM. Ainsi, des mesures de publicité et de mise en concurrence devaient être mises en œuvre. Il résulte de l'instruction que les sociétés DLM et Urban projects ont démarché communément la commune de Neydens eu égard " à la complémentarité de leurs structures ". Plusieurs conventions ont été conclues, d'une part, avec la société Urban Projects ayant pour objet une " mission d'assistance en droit public (urbanisme, environnement) et projet urbain " le 30 août 2018 à hauteur de 28 488 euros TTC, et d'autre part, avec la société DLM à hauteur de 25 872 euros TTC le 8 avril 2019 ayant pour objet " prospection territoriale - assurer une présence technique auprès de la commune de Neydens, présentation aux élus du rapport de synthèse et propositions, participations aux réunions à l'initiative des élus en fonction des besoins, frais de déplacement ".

5. Les contrats conclus entre la commune et la société Urban Projects et la société DLM, qui constituent des marchés publics au sens des dispositions de l'article 1er du code des marchés publics, étaient d'un montant global de 54 360 euros. Eu égard à la proximité de leur objet tendant à la réalisation d'une prestation d'assistance et d'appui auprès de la commune de Neydens, dans le cadre du projet d'extension d'un ensemble commercial, ces prestations sont susceptibles de caractériser un ensemble de prestations homogènes au sens de l'article 21 du décret du 25 mars 2016. Par suite, le montant global des prestations était supérieur au montant de 25 000 euros hors taxe permettant la passation d'un marché public négocié sans publicité ni mise en concurrence afin de répondre à un besoin inférieur à ce montant au sens des dispositions de l'article 30 du décret du 25 mars 2016 alors applicable.

6. Toutefois, il est constant que les contrats conclus n'ont pas été précédés de mesures de publicité et de mise en concurrence. Le vice constaté est imputable à la commune qui s'en prévaut. Il n'est pas établi qu'il procéderait de manœuvres frauduleuses ou dolosives de la part des sociétés contractantes ou qu'il aurait affecté les conditions dans lesquelles la commune a donné son consentement. Ainsi, il ne saurait être regardé comme d'une gravité telle que le juge doive écarter le contrat liant la commune et la société Urban Projects.

S'agissant de l'objet illicite du marché :

7. Le contenu d'un contrat ne présente un caractère illicite que si l'objet même du contrat, tel qu'il a été formulé par la personne publique contractante pour lancer la procédure de passation du contrat ou tel qu'il résulte des stipulations convenues entre les parties qui doivent être regardées comme le définissant, est, en lui-même, contraire à la loi, de sorte qu'en s'engageant pour un tel objet le cocontractant de la personne publique la méconnaît nécessairement. La circonstance qu'un contrat confie certaines prestations pouvant être qualifiées de prestations de conseil juridique, à un prestataire qui ne remplit pas les conditions requises à cet effet par les dispositions de la loi du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques, n'est pas de nature à entacher d'illicéité l'objet même du contrat, une telle irrégularité concernant les qualifications de ce prestataire et non l'objet même du contrat.

8. Il résulte de l'instruction que le contrat conclu entre la commune de Neydens et la société Urban Projects a pour objet une " mission d'assistance en droit public (urbanisme, environnement) et projet urbain ". Cette mission se décompose en plusieurs items portant sur l'urbanisme de planification, l'urbanisme opérationnel, le droit de l'eau et des milieux aquatiques, la biodiversité, l'air et l'énergie, l'urbanisme de projet, l'analyse foncière et la stratégie globale. Si certaines des prestations sont susceptibles d'être qualifiées de consultation juridique au sens de l'article 54 de la loi du 31 décembre 1971, cette dernière circonstance, ainsi que celle tenant à ce que la société Urban Projects aurait effectué ces prestations en méconnaissance des dispositions de cette loi, faute de justifier d'un agrément à cet effet, se rapportent à l'exécution du contrat par ce prestataire, et ne sauraient avoir une quelconque incidence sur la licéité de l'objet du contrat, qui s'apprécie indépendamment des qualifications du cocontractant de la personne publique.

S'agissant de l'absence de stipulations contractuelles issues du CCAG :

9. Pour établir le caractère léonin du contrat conclu entre la société Urban Projects et la commune de Neydens, le défendeur se borne à faire valoir qu'aucune stipulation contractuelle n'a contraint le cocontractant à s'engager sur l'interprétation du périmètre des missions stipulées au contrat et qu'aucune référence au CCAG n'est stipulée.

10. Toutefois, le défaut de stipulation contractuelle issue du CCAG ne saurait caractériser un vice d'une particulière gravité dès lors qu'il ne s'applique qu'aux marchés qui s'y référent. Les dispositions de l'article 1er de l'arrêté du 16 septembre 2009 portant approbation du CCAG PI n'ont ni pour effet ni pour objet d'imposer aux parties de s'y référer. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que le périmètre des missions objet du contrat est précisé par de multiples mentions permettant d'en apprécier la portée. Enfin, il est loisible à la commune de mettre en œuvre ses prérogatives de pouvoir adjudicateur, à défaut de stipulation contractuelle expresse.

11. Il résulte des éléments mentionnés supra que l'exception de nullité du contrat opposée par la commune de Neydens doit être écartée dans toutes ses branches.

En ce qui concerne les prestations supplémentaires :

12. L'entrepreneur a droit au paiement des prestations non prévues au marché initial demandées par l'administration.

13. La société Urban Projects se prévaut de la réalisation de prestations supplémentaires tendant à assister le suivi de la mise en œuvre de la procédure d'aménagement retenue, à la réalisation de la déclaration de projet, à la mise en œuvre de la procédure de concertation et à la mise en œuvre du projet urbain partenarial.

14. Il ressort des stipulations du marché, contrairement à ce que soutient la société Urban Projects que les prestations mentionnées au point 13, se sont notamment traduites par la réalisation de comptes rendus de réunion tendant à la préparation du comité de pilotage du projet, d'analyses juridiques relatives à la déclaration de projet, à la mise en compatibilité du schéma de cohérence territoriale et du plan local d'urbanisme ou encore à l'autorisation environnementale nécessaire à la réalisation du projet d'aménagement. Par ailleurs, la société Urban Projects produit également des documents relatifs à la concertation préalable à mener. Eu égard à l'ensemble des pièces produites, la société Urban Projects n'établit pas que les prestations réalisées seraient hors champ du périmètre du contrat conclu. Ainsi, elle n'établit pas la réalisation de prestations supplémentaires.

15. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de désigner un expert, que la société Urban Projects n'est pas fondée à demander l'inscription au décompte d'une rémunération supplémentaire à ce titre. Par ailleurs, il n'y a pas davantage lieu de se prononcer sur les conclusions subsidiaires tendant à l'engagement de la responsabilité quasi-contractuelle.

Sur les conclusions reconventionnelles :

16. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 11, qu'en l'absence de nullité du contrat, les conclusions reconventionnelles présentées par la commune de Neydens doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Urban Projects une somme de 1 200 euros à verser à la commune de Neydens. Les conclusions présentées par la société Urban Projects, partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Urban Projects est rejetée.

Article 2 : La société Urban Projects versera à la commune de Neydens la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Urban Projects et à la commune de Neydens.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Fourcade, première conseillère,

Mme Pollet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.

La rapporteure,

MA. POLLET

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 200248

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