jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2002975 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CABINET CHAMPAUZAC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoire enregistrés le 2 juin 2021, le 25 juillet 2021, le 14 août 2022, le 4 janvier 2023, le 15 mars 2023, le 6 juin 2023, le 20 juin 2023, le 12 août 2023 et le 4 janvier 2024, Mme C A, représentée par Me Champauzac, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle l'Université Grenoble Alpes (UGA) a implicitement rejeté le recours qu'elle a formé le 26 novembre 2019 ;
2°) de condamner l'UGA à l'indemniser des temps de trajets qu'elle effectue pour assurer son service d'enseignement à Valence en la créditant de 270 heures équivalent TD ou en lui versant une somme de 34 537 euros ou toute autre combinaison équivalente ;
3°) de condamner l'UGA à lui verser la somme de 13 985 euros en réparation du préjudice qu'elle a subi du fait du dépassement du seuil légal des amplitudes horaires et/ou de la durée quotidienne du travail ;
4°) de condamner l'UGA à lui verser les intérêts au taux légal sur les indemnités qui lui sont dues à compter du 28 novembre 2019 ;
5°) d'enjoindre à l'UGA de préciser les modalités de prise en compte et de compensation des temps de trajet que les enseignants-chercheurs effectuent pour assurer leur service sur des sites distincts ;
6°) de mettre à la charge de l'UGA une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- ses conclusions d'annulation de la décision implicite de rejet ne sont pas tardives en application des dispositions de l'ordonnance du 25 mars 2020 qui sont venues proroger les délais de recours échus pendant la période de Covid-19, compte tenu des dispositions du 2° de l'article R. 421-3 du code de justice administrative et dès lors que son recours du 28 novembre 2020 n'avait été précédé par aucune véritable demande personnelle ;
- le juge administratif, s'inspirant de l'article L.3121-4 du code du travail, a admis que les temps de trajet inter-sites doivent être assimilés à du temps de travail effectif au sens de l'article 2 du décret du 25 août 2000 et doivent donc être rémunérés comme tel ;
- en outre, durant les temps de déplacement depuis son domicile jusqu'à Valence qui excédent largement le temps habituel de trajet, elle est dans l'impossibilité de vaquer librement à ses occupations personnelles ; ils constituent ainsi des temps de travail effectif dont l'allongement doit être pris en compte en soustrayant le temps de trajet domicile-lieu de travail habituel du temps de trajet domicile-lieu travail éloigné ;
- elle peut utilement invoquer le bénéfice de la circulaire du ministère de l'éducation nationale 2002-007 par l'effet des dispositions de l'article 6 du décret du 6 juin 1984 ;
- le refus de compenser ces temps de trajet est fautif et engage la responsabilité de l'UGA pour faute ;
- en raison de ces déplacements, l'amplitude horaire journalière atteint jusqu'à 15 heures quand elle emprunte les transports en commun en méconnaissance des durées maximales quotidiennes et hebdomadaires de travail, ainsi que des temps de repos prévus par l'article 3 du décret du 25 août 2000 ;
- elle a donc subi un préjudice financier du fait du non-paiement de ses heures de trajet correspondant pourtant à du temps de travail effectif ; dès lors que les enseignements qu'elle a effectués à Valence font partie de ses obligations de service, il sera compensé soit par le paiement d'heures statutaires, soit par le report partiel sur son contrat pluriannuel épargne-temps ;
- elle a également subi un préjudice en raison du dépassement des durées maximales légales de travail notamment celles résultant de l'article 3 du décret du 25 août 2000.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 juin 2022, le 12 avril 2023 et le 31 janvier 2024, l'université Grenoble Alpes conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- une décision implicite de rejet était déjà née des diverses demandes formées par Mme A notamment en juillet 2018 et janvier 2019 et elle n'a pas formé de recours contentieux contre ces décisions dans le délai ; son dernier recours du 26 novembre 2019 ne saurait, dès lors, rouvrir le délai de recours contentieux ; les conclusions d'annulation sont donc tardives ;
- les conclusions tendant à enjoindre à l'UGA de mettre en œuvre une compensation en temps dans ses prochains services annuels, présentées à titre principal, sont irrecevables ;
- le recours gracieux du 26 novembre 2019 étant tardif, les conclusions indemnitaires sont irrecevables faute de demande indemnitaire préalable valable liant le contentieux ;
- les moyens soulevés contre la décision refusant implicitement de prendre en compte les trajets inter-sites dans le temps de travail de Mme A ne sont pas fondés.
Par des mémoires en intervention volontaire, enregistrés le 23 août 2022 et le 11 décembre 2023, M. D B conclut à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requête et à ce qu'il soit enjoint à l'université Grenoble Alpes de prendre en compte les temps de trajet intersites dans les services d'enseignement de l'ensemble des personnels de l'université et rétroactivement sur les trois années passées, en particulier dans les services de Mme A et les siens.
Il soutient que :
- son intervention volontaire est recevable ;
- les temps de trajet effectués par les enseignants du supérieur pour assurer leur service entre plusieurs sites ne font l'objet d'aucune contrepartie en dehors des frais de déplacement, ce qui est illégal au regard notamment de l'article L. 3121-4 du code du travail ;
- en l'absence de texte spécifique prévoyant une telle contrepartie, les dispositions d'ordre public du code du travail et du code de la fonction publique doivent s'appliquer ;
- cette contrepartie ne saurait être dérisoire et doit être calculée, non en heure complémentaire, mais en réduction de service ou en heure de service réglementaire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- le décret n°84-431 du 6 juin 1984 fixant les dispositions statutaires communes applicables aux enseignants-chercheurs et portant statut particulier du corps des professeurs des universités et du corps des maîtres de conférences. ;
- le décret n°2000-815 du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature ;
- le décret n°2006-781 du 3 juillet 2006 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les déplacements temporaires des personnels civils de l'Etat ;
- l'arrêté du 15 janvier 2002 portant application du décret n° 2000-815 du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans les services déconcentrés et établissements relevant du ministère de l'éducation nationale ;
- l'arrêté du 3 juillet 2006 fixant les taux des indemnités de mission, fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les déplacements temporaires des personnels civils de l'Etat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ban,
- les conclusions de M. Villard, rapporteur public ;
- les observations de Mme A et de M. B.
Une note en délibéré présentée par Mme A a été enregistrée le 29 mai 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A exerce les fonctions de maître de conférences à l'Université Grenoble Alpes (UGA) depuis 1989. Elle est affectée à l'unité de formation physique, ingénierie, terre (Phitem) à Saint-Martin-d'Hères et, depuis 2012, elle assure une partie de ses enseignements à Valence au Département Scientifique Drôme Ardèche (DSDA). Depuis plusieurs années, elle conteste avec d'autres enseignants, notamment à l'occasion de la signature des tableaux de service annuels, le fait que leurs temps de trajet entre le campus universitaire et Valence ne soient pas comptabilisés comme du temps de travail effectif et ne donnent lieu à aucune contrepartie à l'exception des frais de déplacement remboursés sur le fondement du décret du 3 juillet 2006. Par courrier du 26 novembre 2019, notifié le 28 novembre, Mme A a adressé au président de l'UGA une demande tendant à obtenir la prise en compte de ses temps de trajet entre Grenoble et Valence et la régularisation de sa situation. Cette demande est restée sans réponse.
2. Dans le dernier état de ses écritures, Mme A demande l'annulation de cette décision implicite et la condamnation de l'UGA à l'indemniser des temps de trajets qu'elle effectue pour assurer son service d'enseignement à Valence soit en la créditant de 270 heures d'enseignement soit en lui versant une somme de 34 537 euros ou toute autre contrepartie équivalente. Elle demande, en outre, le paiement d'une indemnité de 13 985 euros au titre du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait du dépassement du seuil légal des amplitudes horaires et/ou de la durée quotidienne du travail et, à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'UGA de préciser les modalités de prise en compte et de compensation des temps de trajet liés à leur service d'enseignement sur des sites distants.
Sur la recevabilité des conclusions d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ". Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet() ". Aux termes de l'article R. 421-3 de ce code : " Toutefois, l'intéressé n'est forclos qu'après un délai de deux mois à compter du jour de la notification d'une décision expresse de rejet :1° Dans le contentieux de l'excès de pouvoir, si la mesure sollicitée ne peut être prise que par décision ou sur avis des assemblées locales ou de tous autres organismes collégiaux () ".
4. Dans sa lettre du 26 novembre 2019 adressée à l'UGA, Mme A énonce : " Mon recours vise donc à obtenir que l'UGA prenne en compte mes temps de trajet () " entre les sites de Saint-Martin-d'Hères et Valence.
5. Il est vrai qu'antérieurement à cette lettre, Mme A avait refusé de signer les tableaux annuels de service au motif de l'absence de prise en compte des temps de trajet qu'elle effectue entre Saint-Martin-d'Hères et Valence. Cependant, ces refus de signer la notification de décisions d'attribution de services, déjà arrêtées par le président de l'UGA et qui s'appliquent même sans l'accord de l'intéressée, manifestaient simplement une contestation de Mme A sans pour autant constituer une véritable demande susceptible de faire naitre une décision implicite de rejet sur ce point. Il s'ensuit que, contrairement à ce que soutient l'UGA, la décision attaquée n'a pas été précédée d'autres décisions implicites de rejet.
6. Par ailleurs, par courrier du 9 janvier 2019, Mme A, s'est bornée, avec d'autres enseignants, à demander au président de l'UGA de préciser les textes juridiques sur lesquels l'université se fonde pour justifier l'absence de compensation des temps de trajet entre Grenoble et Valence dans leur service annuel et, le cas échéant, de définir par quelles modalités pratiques l'UGA pourrait y remédier. Par courriel du 21 mai 2019, la cellule expertise de l'UGA a répondu que le calcul des compensations horaires des personnels enseignants et enseignants-chercheurs obéit à des règles spécifiques, qu'une réponse complète sur le sujet leur sera apportée après consultation du ministère de l'enseignement supérieur de la recherche et de l'innovation sur cette question. Dans ces conditions, cette lettre du 9 janvier 2019 doit être analysée comme une demande collective de renseignements et ne saurait être regardée comme une demande présentée à titre personnel par Mme A en vue d'obtenir compensation de ses temps de trajets sur Valence.
7. Il résulte ce qui vient d'être dit que l'UGA n'est pas fondée à soutenir que des décisions implicites de refus de prise en considération des temps de déplacements sur Valence étaient déjà nées et qu'en conséquence, la nouvelle demande de Mme A du 26 novembre 2019 serait tardive.
8. En second lieu, en application des dispositions du I de l'article 15 de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant adaptation des règles applicables devant les juridictions de l'ordre administratif qui dispose : " Tout () recours, action en justice () prescrit par la loi ou le règlement à peine de nullité () qui aurait dû être accompli pendant la période mentionnée à l'article 1 sera réputé avoir été fait à temps s'il a été effectué dans un délai qui ne peut excéder, à compter de la fin de cette période, le délai légalement imparti pour agir, dans la limite de deux mois. () ". La période mentionnée à cet article est celle comprise entre le 12 mars et le 23 juin 2020, ainsi que cela résulte de sa modification par l'article 1er de l'ordonnance du 13 mai 2020 fixant les délais applicables à diverses procédures pendant la période d'urgence sanitaire. Il résulte de ces dispositions que le délai de recours contre la décision implicite de rejet née le 28 janvier 2020 expirait le 24 août 2020. La requête de Mme A en ce qu'elle tend à l'annulation de cette décision a été enregistrée le 2 juin 2020. Dès lors, elle n'est pas tardive.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions d'annulation de Mme A doit être écartée.
Sur le bien-fondé des conclusions d'annulation :
10. L'article 2 du décret du 25 août 2000 précise que : " La durée du travail effectif s'entend comme le temps pendant lequel les agents sont à la disposition de leur employeur et doivent se conformer à ses directives sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles. ". Selon les dispositions de l'article 9 de ce décret, applicables jusqu'au 1er janvier 2023 : " Des arrêtés du ministre intéressé, du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget définissent, après avis du comité social d'administration ministériel concerné, les autres situations dans lesquelles des obligations liées au travail sont imposées aux agents sans qu'il y ait travail effectif ou astreinte, ainsi que les modalités de leur rémunération ou de leur compensation ".
11. En premier lieu, aucune disposition législative ou réglementaire ne qualifie de temps de travail effectif la durée du déplacement accompli par un agent public pour se rendre, à partir de son domicile, sur le lieu d'exercice de son activité professionnelle. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à soutenir que les déplacements professionnels qu'elle effectue depuis son domicile de Grenoble vers le site universitaire de Valence pour accomplir ses heures d'enseignement, sans être contrainte de se rendre auparavant à l'UFR Phitem situé sur le campus de Saint-Martin-d'Hères, devraient être comptabilisés comme du temps de travail effectif.
12. En revanche, en deuxième lieu, doivent être considérés comme du temps de travail effectif les temps de trajet effectués par les enseignants entre deux lieux de travail au sein d'une même journée de travail, comme en l'espèce les sites universitaires de Saint-Martin-d'Hères et de Valence, dans la mesure où l'enseignant est, dans ce cas, contraint de se rendre, pour accomplir son service, sur l'autre site en disposant d'une plage horaire réduite et donc sans pouvoir vaquer à ses occupations personnelles au sens de l'article 2 du décret du 25 août 2000.
13. En troisième lieu, Mme A fait valoir que le temps de déplacement professionnel pour se rendre sur le site de Valence sur la base d'un ordre de mission délivré par l'administration, s'il dépasse le temps normal de trajet entre son domicile situé à Grenoble et son lieu habituel de travail sur le campus de Saint-Martin-d'Hères, doit être considéré comme du temps de travail effectif ou, pour le moins, faire l'objet de contreparties spécifiques.
14. Pour fonder une telle obligation de l'administration, la requérante ne peut pas utilement invoquer le bénéfice des dispositions du second alinéa de l'article L. 3121-4 du code du travail qui ne sont pas applicables aux fonctionnaires.
15. En revanche, les temps de déplacement imposés aux enseignants pour assurer chaque semaine leurs services sur le site de Valence sur ordres de mission de l'administration, entrent dans les prévisions des dispositions précitées de l'article 9 du décret du 25 août 2000 qui donnent compétence au pouvoir réglementaire national pour définir les modalités de rémunération ou de compensation des " situations dans lesquelles des obligations liées au travail sont imposées aux agents sans qu'il y ait travail effectif ou astreinte ".
16. En l'espèce, aucun arrêté interministériel n'est toutefois intervenu pour prévoir une compensation en faveur des enseignants-chercheurs. A cet égard, Mme A ne peut utilement invoquer ni le bénéfice des dispositions de l'article 11 de l'arrêté du 15 janvier 2002 repris par la circulaire MEN 2002-007 du 21 janvier 2002 qui ne s'appliquent qu'aux personnels ingénieurs, administratifs, techniques, ouvriers, sociaux, de santé et de service, ainsi qu'aux personnels chargés de fonctions d'encadrement, ni les textes fixant les obligations de service des agents bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, personnels sociaux et de santé des universités qui sont dans une situation différente.
17. Dès lors, en l'absence d'arrêté interministériel pris sur le fondement de l'article 9 du décret du 25 août 2000 et alors qu'aucun texte n'a assimilé ce temps de trajet à un temps de travail, l'UGA est fondée à soutenir qu'à défaut de base règlementaire, elle ne peut pas verser de contreparties aux temps de déplacements des enseignants chercheurs pour se rendre à Valence sans que son conseil d'administration ne puisse légalement suppléer à la carence du pouvoir réglementaire national seul habilité pour ce faire.
18. Dans ces conditions, l'UGA n'a pas commis d'illégalité en refusant de considérer comme du temps de travail effectif et, en l'absence actuelle d'arrêté interministériel pris sur le fondement de l'article 9 du décret du 25 août 2000, d'accorder une rémunération ou de compenser les déplacements que les enseignants effectuent pour assurer leurs services à Valence alors même que leur durée dépasse le temps de trajet normal entre le domicile des enseignants chercheurs et leur lieu habituel de travail.
19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation de la décision implicite du 28 janvier 2020 en tant qu'elle refuse de considérer comme du temps de travail effectif les trajets inter-sites, c'est à dire les temps de trajet nécessaires pour se rendre d'un lieu de travail à un autre lieu de travail sur une même journée de travail.
Sur la recevabilité des conclusions indemnitaires :
20. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur.
21. Il résulte de l'instruction que la lettre du 26 novembre 2019 adressée par Mme A à l'UGA tend à la fois à la prise en compte des temps de trajet entre Grenoble et Valence comme du temps de travail effectif et à la réparation des préjudices qui résulteraient d'un refus. Dès lors, le silence gardé par l'UGA sur ce courrier a fait naître une décision refusant implicitement à la fois de prendre en compte ces temps de trajet et d'en réparer les conséquences dommageables.
22. Par ailleurs, les chefs de préjudice invoqués par Mme A, y compris celui invoqué en cours d'instance résultant des dépassements de l'amplitude et de la durée légale des journées de travail, se rattachent au même fait générateur, à savoir la faute de l'UGA consistant à ne pas prendre en compte les temps de trajet entre différents sites d'enseignement comme du temps de travail effectif.
23. Il s'ensuit que le contentieux indemnitaire est lié au sens de l'article R. 421-1 du code de justice administrative et que la fin-de-non-recevoir opposée par l'UGA à ce titre doit être écartée.
Sur le bien-fondé des conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le préjudice résultant de la non prise en compte des temps de déplacement entre les différents lieux de travail de Mme A :
24. Ainsi que cela résulte des points 10 à 20, constitue un temps de travail effectif le seul temps de trajet effectué par un enseignant pour se rendre d'un lieu de travail à un autre lieu de travail sur une même journée de travail. Dès lors, l'UGA a commis une illégalité fautive en refusant de prendre en compte ces trajets inter-sites comme du temps de travail effectif et de les rémunérer comme tel.
25. Il n'est pas contesté que Mme A avait effectué l'intégralité de ses services d'enseignement sur la période en litige. Elle a donc droit à percevoir une indemnité correspondant à la rémunération pour le temps de travail effectif qu'elle a consacré aux déplacements inter-sites. Le tableau des temps de trajet arrêté au 31 juillet 2023 fourni par Mme A fait apparaitre, depuis 2016, 34 trajets inter-sites entre Saint-Martin-d'Hères et Valence ou l'inverse, nombre qui n'est pas contesté par l'UGA.
26. Le temps de travail effectif correspond à la seule durée aller du trajet inter-sites sans inclure les retours durant lesquels Mme A peut vaquer à ses occupations personnelles et n'est plus contrainte par les directives de l'UGA et notamment par la nécessité de se rendre sur son lieu de travail. En prenant comme un temps de trajet moyen de référence de 2 heures entre Saint-Martin-d'Hères et Valence, Mme A a droit au paiement d'une indemnité correspondant au montant de 68 heures accomplies au titre de ses obligations de service.
27. En outre, le tableau arrêté au 31 juillet 2023 fait état, au titre de l'année 2023, de 49 trajets inter-sites d'une durée d'environ 20 minutes sur Valence même en raison des travaux sur le site de Briffaut. L'UGA doit être condamnée à ce titre à payer à Mme A une indemnité correspondant au montant de 16 h et 20 mn réalisées au titre de ses obligations de service.
En ce qui concerne le préjudice résultant de dépassements d'amplitude horaire et/ou de la durée quotidienne du travail
28. L'article 3 du décret du 25 août 2000 dispose : " I.- L'organisation du travail doit respecter les garanties minimales ci-après définies. () La durée quotidienne du travail ne peut excéder dix heures. Les agents bénéficient d'un repos minimum quotidien de onze heures. L'amplitude maximale de la journée de travail est fixée à douze heures. Le travail de nuit comprend au moins la période comprise entre 22 heures et 5 heures ou une autre période de sept heures consécutives comprise entre 22 heures et 7 heures. Aucun temps de travail quotidien ne peut atteindre six heures sans que les agents bénéficient d'un temps de pause d'une durée minimale de vingt minutes ".
29. La requérante soutient que, du fait de ses trajets entre Grenoble et Valence, et le cas échéant, des trajets inter-sites à Valence, elle a dû effectuer des journées de travail dont l'amplitude horaire, trajets inclus, pouvait varier entre 13 et 15 heures et dont la durée quotidienne de travail effectif, trajets inclus également, pouvait varier entre 11 et 13 heures. Elle demande le versement de la somme de 13 985 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait du dépassement du seuil légal des amplitudes horaires et/ou de la durée légale du travail.
30. Toutefois, ainsi que l'a été dit, les temps de trajet entre Grenoble et Valence, en dehors des trajets inter-sites tel que définis précédemment, ne constituent pas des temps de travail effectif et ne peuvent, dès lors, être pris en compte pour le calcul des seuils prévus par l'article 3 précité. Aussi, l'annexe 17 fournie par Mme A portant chiffrage des dépassements de l'amplitude horaire et de la durée légale de la journée de travail n'est pas exploitable en ce qu'elle décompte l'ensemble des déplacements Grenoble et Valence sans permettre d'identifier, par journée civile, les dépassements qui seraient liés à la prise en compte des trajets inter-sites seuls considérés comme période de travail effectif.
31. Aussi, il n'est pas établi que l'amplitude horaire journalière de Mme A, en incluant dans le temps de travail effectif la seule durée des trajets inter-sites effectués soit à l'aller depuis l'UFR de Saint-Martin-d'Hères soit au retour de Valence, dépasserait le seuil prévu par le décret du 25 août 2000. De même, par les tableaux qu'elle produits, elle ne démontre pas que la durée quotidienne de travail effectif aurait excédé le seuil de 10 heures en y intégrant les trajets inter-sites.
Sur les intérêts :
32. Mme A a droit aux intérêts au taux légal sur la somme qui lui est due à compter du 28 novembre 2019, date de réception de sa demande par l'UGA.
Sur les conclusions d'injonction :
33. Contrairement à ce que soutient l'UGA, les conclusions d'injonction de Mme A ne sont pas présentées à titre principal mais en exécution de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite du 28 janvier 2020 auxquelles le jugement fait partiellement droit.
34. Le présent jugement fait application à la situation de Mme A des conditions qu'il précise quant à la prise en compte des temps de trajet qu'elle effectue pour assurer son service d'enseignement réparti entre les sites universitaires de Saint-Martin-d'Hères et Valence. Par ailleurs et quand bien même l'annulation du refus opposé à Mme A ne permet pas de prononcer une injonction à l'égard de tous ses collègues, il appartiendra à l'UGA de faire application des principes dégagés par ce jugement aux enseignants-chercheurs de l'UGA et de traiter leurs demandes en ce sens.
35. Il résulte de ce qui a été dit aux points 13 à 18 que le présent jugement n'implique pas que l'UGA saisisse son conseil d'administration pour définir les modalités de compensation des obligations liées aux déplacements des enseignants chercheurs sur des sites distincts.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
36. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'UGA une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : La décision implicite du 28 janvier 2020 de l'UGA est annulée en tant qu'elle refuse de considérer comme temps de travail effectif les trajets inter-sites entre Saint-Martin-d'Hères et Valence.
Article 2 : L'UGA est condamnée à payer à Mme A une indemnité correspondant au montant de 84 heures et 20 mn accomplies au titre de ses obligations de service. La somme qui lui est due sera majorée des intérêts au taux légal à compter du 28 novembre 2019.
Article 3 : L'UGA versera à Mme A une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à M. D B et à l'Université Grenoble Alpes.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller.
M. Doulat, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
Le rapporteur,
J-L. Ban
La présidente,
A. Triolet
La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et la recherche en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026