vendredi 28 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2002994 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CABINET D'AVOCATS ERICK EME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 2 juin 2020, le 17 septembre 2020, le 26 octobre 2021, le 3 décembre 2021 et le 3 janvier 2022, la SARL Les Dauphins, représentée par Me Eme, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de lui accorder le crédit de taxe sur la valeur ajoutée sollicité, pour un montant de 48 924 euros au titre de la période de février 2020 ;
2°) à titre subsidiaire, de restreindre la taxation à la taxe sur la valeur ajoutée dont relèverait le versement de l'indemnité de résiliation à la somme de 825 375,80 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la jurisprudence dont se prévaut l'administration fiscale ne lui est pas applicable dès lors qu'elle a été rendue s'agissant d'un bailleur et non d'un locataire ;
- aucune prestation de service n'a été rendue au bailleur compte tenu de l'absence d'autonomie de la société dans sa relation avec le bailleur et du fait que la résiliation amiable n'a pas été un service rendu à la société bailleresse ;
- il n'y a pas de lien direct entre l'indemnité versée et le service prétendument rendu ;
- à titre infiniment subsidiaire, l'assiette de taxation à la taxe sur la valeur ajoutée doit être cantonnée à la seule partie de l'indemnité représentative de la contre-valeur d'une prestation de service ;
- la situation du secteur de l'hôtellerie est difficile et rend nécessaire la récupération de la taxe sur la valeur ajoutée en cause ;
- elle a agi en toute bonne foi ;
- le notaire a géré la transaction et a conduit à l'absence de soumission de l'indemnité à la taxe sur la valeur ajoutée.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 août 2020, le 23 septembre 2021, le 5 novembre 2021 et le 9 décembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, les moyens soulevés par la société ne sont pas fondés ;
- dans l'hypothèse où le tribunal considèrerait l'indemnité comme soumise à la taxe sur la valeur ajoutée, l'examen des factures produites ne peut conduire qu'à un remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée limité à la somme de 35 757 euros.
Par une ordonnance du 23 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au même jour, en application des dispositions de l'article L. 611-11-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère,
- et les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Les Dauphins, dont le siège social est situé à Aix-les-Bains, exploitait un hôtel restaurant sous l'enseigne " Hôtel Bristol " en exécution d'un bail commercial pris auprès de la société Concorde Investissements. Le 16 mars 2020, elle a déposé une demande de remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période de février 2020 pour un montant de 48 924 euros. Par une décision du 16 avril 2020, l'administration fiscale a refusé de faire droit à cette demande, au motif que la société a perçu en février 2020 une indemnité de résiliation de bail d'un montant de 1 150 000 euros qui aurait dû être assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée, et générer en conséquence une taxe sur la valeur ajoutée collectée, la taxe sur la valeur ajoutée déductible déclarée devant venir s'imputer sur cette somme et ainsi annuler l'existence d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée. Par une réclamation préalable du 2 mai 2020, la SARL Les Dauphins a de nouveau sollicité la prise en compte du crédit de taxe sur la valeur ajoutée et contesté l'assujettissement de l'indemnité de résiliation du bail commercial à cette taxe. Cette réclamation étant restée sans réponse, elle demande au tribunal de faire droit à sa demande.
Sur l'assujettissement de l'indemnité à la taxe sur la valeur ajoutée :
2. Aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ". Il résulte de ces dispositions que le versement d'une somme par un débiteur à son créancier ne peut être regardé comme la contrepartie d'une prestation de services entrant dans le champ de la taxe sur la valeur ajoutée qu'à la condition qu'il existe un lien direct entre ce versement et une prestation individualisable. N'est, en revanche, pas soumis à cette taxe le versement d'une indemnité qui a pour seul objet de réparer le préjudice subi du fait de la résiliation de celui-ci.
3. Il résulte de l'instruction que le 28 juillet 2017, la SARL Concorde Investissements a conclu avec la SARL Les Dauphins une convention de résiliation amiable de bail assortie d'une indemnité de résiliation d'un montant de 1 200 000 euros, avec un effet au 31 décembre 2017, ce contrat mentionnant qu'aucune indemnité d'éviction ne serait due tant que le bien n'aurait pas été vendu et que le produit de la vente n'aurait pas été perçu par la société bailleresse. La SARL Les Dauphins ayant souhaité poursuivre l'exploitation de son fonds jusqu'au 31 décembre 2018, et les autorisations d'urbanisme pour l'opération projetée par les acquéreurs du bien ayant pris du retard, l'effet de la convention du 28 juillet 2017 a été reporté au 16 décembre 2018 par un avenant du 7 mars 2018. Par un nouvel avenant du 28 septembre 2018, l'effet de la résiliation a été reporté au 31 décembre 2018 et l'indemnité d'éviction fixée à 1 150 000 euros. Finalement, par un nouveau contrat du 29 janvier 2020, la SARL Concorde Investissements et la SARL Les Dauphins ont rappelé que le versement de l'indemnité de résiliation avait été conditionné précédemment à la réalisation de la vente du bien immobilier et redéfini l'ensemble de leurs obligations, révoquant l'effet des précédentes conventions. La résiliation a été portée au même jour, et l'indemnité à 1 150 000 euros, cette indemnité représentant " la contrepartie de la valeur du droit au bail du preneur ". En outre, la convention précise que les loyers et charges dus par le preneur s'imputent sur l'indemnité, pour un montant de 324 624,20 euros, de sorte qu'après compensation il sera versé au preneur la somme totale de 825 375,80 euros.
4. Il résulte de l'instruction que la convention conclue le 29 janvier 2020 entre les parties a permis à la société bailleresse de récupérer les locaux en vue de leur vente pour la réalisation d'un projet immobilier. Elle lui a également permis de récupérer les arriérés de loyers et de charges dues par la société preneuse du bail, qui se trouvait dans une situation économique difficile sans avoir recours à l'exécution de la clause résolutoire portée dans le bail et en permettant une meilleure exploitation économique de son bien à terme, étant relevé qu'elle ne percevait plus les loyers qui lui étaient dû depuis plusieurs années. Compte tenu de ces éléments, la libération des locaux consécutive à la résiliation anticipée du bail doit être regardée comme un service nettement individualisable, trouvant sa contrepartie dans la possibilité offerte à la SARL Concorde Investissements de conclure une vente immobilière lui offrant une meilleure valorisation de l'immeuble. A cet égard, la circonstance que le succès de l'opération immobilière projetée par la SARL Concorde Investissements dépendait d'autres facteurs que la résiliation du contrat est sans incidence sur l'existence d'un service rendu par la SARL Les Dauphins à la SARL Concorde Investissements dans le cadre de la réalisation de ce projet, sans qu'un pouvoir de " pression " ou de " nuisance " ne soit nécessaire en ce sens. Dès lors, le versement par la SARL Concorde Investissements à la SARL Les Dauphins de l'indemnité prévue par l'accord doit être regardé comme rémunérant directement une prestation de service nettement individualisable et réalisée à titre onéreux au sens des dispositions du I de l'article 256 du code général des impôts, de sorte que cette indemnité entre dans le champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée.
5. La circonstance que la SARL les Dauphins ait pu croire, en toute bonne foi, que l'indemnité perçue n'entrait pas dans le champ de la taxe sur la valeur ajoutée est sans incidence sur la solution du litige, tout comme celle selon laquelle le locataire a été accompagné par une étude notariale dans le cadre de la réalisation de cette opération. De même, la circonstance qu'elle rencontre des difficultés économiques liées notamment au secteur de l'hôtellerie est également sans incidence sur l'existence d'une prestation de service.
Sur l'assiette de l'indemnité soumise à la taxe sur la valeur ajoutée :
6. Aux termes de l'article 266 du code général des impôts : " 1. La base d'imposition est constituée : / a. Pour () les prestations de services () par toutes les sommes, valeurs, biens ou services reçus ou à recevoir par le fournisseur ou le prestataire en contrepartie de ces opérations, de la part de l'acheteur, du preneur ou d'un tiers, y compris les subventions directement liées au prix de ces opérations ; / () ".
7. Il résulte de l'instruction que la prestation de service a eu pour contrepartie la somme de 1 150 000 euros, prix conclu explicitement dans la convention du 29 janvier 2020, de sorte que la totalité de cette somme doit être prise en compte au titre de l'assiette de la taxe sur la valeur ajoutée. La circonstance que les arriérés de loyers et de charges de la SARL Les Dauphins aient été déduits de la somme effectivement versée est sans incidence sur le prix global de la prestation. A cet égard, il résulte de l'instruction que par une facture du 3 mai 2021, certes postérieure à l'engagement du présent litige, la SARL Les Dauphins a explicitement mentionné la somme de 1 150 1000 euros comme correspondant au montant de l'indemnité de résiliation amiable du bail commercial, en mentionnant l'acte du 29 janvier 2020, confirmant ainsi le prix effectivement fixé. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que la somme de 324 624,20 euros devrait être déduite du prix global.
8. Il résulte de tout ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration fiscale a refusé de faire droit à la demande de crédit de taxe sur la valeur ajoutée présentée par la SARL Les Dauphins au titre du mois de février, et ce compte tenu de l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée relative de l'indemnité de résiliation amiable du bail commercial. Par suite, la requête de la SARL Les Dauphins doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Les Dauphins est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Les Dauphins et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Wyss, président,
Mme Bardad, première conseillère,
Mme d'Elbreil, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.
La rapporteure,
M. D'ELBREIL
Le président,
J-P. WYSS La greffière,
L ROUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026