vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2003072 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | PERIOCHE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée sous le n°2003072 et des mémoires enregistrés le 9 juin 2020, le 6 janvier 2021 et le 18 novembre 2022, M. A, représenté par Me Maumont, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 8 000 euros en réparation des préjudices subis du fait d'un harcèlement moral ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros au titre du refus illégal opposé à sa demande de protection fonctionnelle ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été victime d'agissement répétés de harcèlement moral ;
- le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence en découlant justifient l'allocation d'une somme de 8 000 euros ;
- le refus illégal opposé à sa demande de protection fonctionnelle lui a causé un préjudice distinct qu'il évalue à 2 000 euros.
La requête ayant été indûment communiquée au ministre des armées, le dossier a été radié du rôle du 13 octobre 2022, l'instruction a été rouverte par une ordonnance du 26 septembre 2022, qui a fixé la clôture au 26 octobre 2022. La procédure a été communiquée le jour de la réouverture d'instruction au ministre de l'intérieur, qui a produit un mémoire, non communiqué, le 25 novembre 2022.
II. Par une requête enregistrée le 30 novembre 2020 sous le n°2007171, M. A représenté par Me Maumont, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 septembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision du 6 août 2020 le plaçant en congé de longue durée sans reconnaître le lien au service de l'affection ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de le rétablir dans l'ensemble des prérogatives et autres droits dont il aurait été privé par les effets de la décision annulée et de prendre une décision reconnaissant le lien au service de l'affection ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il établit par des certificats médicaux le lien entre sa pathologie et son service, d'autant que ses consultations médicales sont contemporaines des difficultés professionnelles rencontrées ;
- ses troubles résultent de son exposition à un climat anormal dans son service et sont apparus sur le lieu et durant le temps de service sans état antérieur.
Par un mémoire, enregistré le 21 septembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Vu :
- la décision du ministre de l'intérieur rejetant la demande indemnitaire préalable.
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la défense ;
- la loi n° 83-643 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Vaillant, rapporteure publique,
- et les observations de Me Mougin, représentant M. A.
1. M. A, affecté au peloton d'autoroute de gendarmerie de Chanas depuis 2018, a été placé en congé de maladie du 23 décembre 2018 au 5 juillet 2019 en raison d'un syndrome anxio-dépressif qu'il estime imputable à des faits de harcèlement moral subis dans le cadre du service.
2. Sa demande d'imputabilité au service du 9 juillet 2019 a été implicitement rejetée par une décision du 6 août 2019 le plaçant en congé de longue durée sans lien avec le service. Son recours préalable obligatoire a été rejeté par un arrêté du ministre de l'intérieur rendu le 22 septembre 2020, après avis de la commission de recours des militaires du 30 octobre 2019. Par la requête n°2007171, M. A demande l'annulation de cette décision refusant de reconnaître l'imputabilité au service de son congé de maladie.
3. M. A a, par ailleurs, adressé le 15 octobre 2019 une réclamation indemnitaire afin d'obtenir une somme de 8 000 euros en réparation d'un " préjudice moral et professionnel " causés par des faits de harcèlement moral. Cette demande a été explicitement rejetée le 23 décembre 2019. Son recours administratif préalable obligatoire a été rejeté par l'arrêté contesté du ministre de l'intérieur rendu le 5 novembre 2020, après avis de la commission des recours des militaires. Par la requête n°2003072, M. A demande l'annulation de cette décision qui rejette sa demande indemnitaire.
4. Les requêtes n°2003072 et n°2007171 concernent des litiges connexes relatifs à une même personne et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le harcèlement moral
5. Aux termes de l'article L. 4123-10-2 du code de la défense, applicable aux militaires de gendarmerie nationale en vertu de l'article L. 421-4 du code de la sécurité intérieure : " Aucun militaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
6. D'une part, il appartient à un militaire qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
7. D'autre part, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs du militaire auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et du militaire qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.
8. M. A soutient qu'il a été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de la part de ses supérieurs, consistant en une entrave dans l'organisation de son service, une absence de prise en compte de sa situation familiale, des menaces et pressions verbales, des refus opposés à sa volonté d'être instructeur poids-lourds, la violation des règles en matière de remise d'armes de service, une baisse de sa notation et le refus de reconnaître l'imputabilité au service de son syndrome anxio-dépressif.
9. Toutefois, les difficultés à poser des jours de repos et de congés notamment pendant l'été 2018, les menaces de punition disciplinaire ou d'entrave à sa carrière, les refus systématiques à ses candidatures d'instructeur lors de stages de formation au permis poids lourds ne sont établis par aucune pièce du dossier. Les échanges de courriels liés à l'obtention d'un dossier administratif pour son changement de résidence ou la gestion de ses arrêts de travail ne revêtent aucun caractère anormal et montrent au contraire qu'il a été accompagné. Les messages téléphoniques échangés avec le supérieur hiérarchique direct mis en cause pas M. A ne révèlent aucune animosité de la part de celui-ci. La circonstance que M. A ait reçu un unique message un dimanche pour lui rappeler qu'il n'avait pas répondu au message du vendredi concernant la remise de clés des locaux ne relève pas du harcèlement et ne présente d'ailleurs aucun caractère répété. Par ailleurs, les feuilles de notation au titre des années 2017, 2018, 2019 font toute figurer la note de 6 sur 10 et ne sont pas rédigées en termes désobligeants ou vexatoires. Si la notation au titre de l'année 2019 souligne qu'il " ne doit pas oublier de conserver un état d'esprit en parfait accord avec les contraintes et les responsabilités liées à son statut de militaire ", cela ne permet pas de présumer l'existence d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral à son encontre, pas plus que le fait qu'il ne se soit pas vu imposer de rendre son arme durant son congé de maladie. En outre, alors que les pièces du dossier ne permettent pas d'établir une entrave dans son service ou sa carrière, les éventuels refus qui lui auraient été opposés par sa hiérarchie, ne peuvent être regardés comme ayant excédé les limites de l'exercice normal de l'encadrement militaire. Enfin, le refus de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie anxio-dépressive dont souffre le requérant ne révèle pas non plus par lui-même l'existence d'un harcèlement moral à son encontre. Ainsi, en l'absence d'agissements constitutifs de harcèlement moral imputables à la hiérarchie militaire ou à son supérieur hiérarchique, les conclusions indemnitaires de M. A doivent être rejetées.
En ce qui concerne le refus de protection fonctionnelle
10. M. A, qui demande l'indemnisation d'un préjudice moral résultant du refus de lui accorder la protection fonctionnelle, ne produit ni la demande ni le refus de protection. Il ne justifie pas de son préjudice et, au demeurant, n'a pas lié le contentieux sur ce fondement de demande. Sa demande doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 septembre 2020 refusant de reconnaître l'imputabilité de son affection au service :
11. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service. Il appartient au juge, pour forger sa conviction sur le caractère imputable au service de la maladie, d'examiner l'ensemble des éléments médicaux qui lui sont soumis, sans écarter par principe, s'agissant des militaires, ceux n'émanant pas des services de santé militaires.
12. Pour soutenir que le syndrome anxio-dépressif dont il souffre depuis le 23 décembre 2018 et qui a justifié son placement en congé de longue durée pour maladie à compter du 1er septembre 2019, est survenu du fait ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, M. A fait valoir que cette affection est liée à un état de souffrance et d'anxiété réactionnel à des difficultés relationnelles avec sa hiérarchie directe.
13. En l'espèce, ni le psychiatre militaire, ni le médecin du centre médical n'ont reconnu le lien entre la pathologie et le service et, par un avis du 24 juillet 2019, l'inspecteur du service des armées a estimé qu'il n'existait pas de lien potentiel entre l'affection nécessitant le congé de longue durée et l'exercice des fonctions par l'intéressé. Pour établir que sa pathologie est en lien avec le service, M. A produit plusieurs certificats médicaux de son médecin généraliste qui sont peu circonstanciés et se bornent à relater les propos de l'intéressé. Les pièces du dossier ne permettent pas de caractériser l'existence des faits de harcèlement moral dont se prévaut ni même de conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, notamment pas les journées des 9 et 23 décembre 2018 au cours desquels M. A était en service dans le cadre d'une opération " gilets jaunes " et où il a fait montre d'un comportement disproportionné et inadéquat en abandonnant son poste. Si les pièces établissent la souffrance psychique de l'intéressé, aucun élément ne permet de la rattacher à l'exercice de ses fonctions.
14. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de reconnaître sa pathologie comme imputable au service, le ministre de l'intérieur a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation. Par suite, les conclusions en annulation de la décision du 22 septembre 2020 doivent être rejetées. Il en est de même par voie de conséquence des conclusions en injonction.
Sur les conclusions au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Partie perdante dans les deux instances, M. A ne peut prétendre à l'allocation d'une quelconque somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Morel, premier conseiller,
M. Villard, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
La présidente-rapporteure,
A. B
L'assesseur le plus ancien,
S. Morel
La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2 2007171
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026