mardi 6 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2003490 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL VITAL DURAND & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er juillet 2020 et le 27 novembre 2020, M. C D, représenté par Me Tartanson, demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Valence à lui verser :
1°) 87 639,84 euros en réparation des préjudices résultant d'une infection nosocomiale contractée lors d'une intervention chirurgicale du 21 août 2012 ;
2°) 9 730 euros au titre des frais d'expertise judiciaire ;
3°) 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'il a été victime d'une infection nosocomiale qui engage la responsabilité de l'établissement.
Il évalue ainsi ses préjudices :
- frais de déplacement : 930,16 euros ;
- assistance par une tierce personne avant consolidation : 22 920 euros ;
- dépenses de santé futures : 1 123,40 euros ;
- acquisition d'un fauteuil roulant : 3 033,78 euros ;
-déficit fonctionnel temporaire : 17 482,50 euros ;
-souffrances endurées : 12 000 euros ;
-préjudice esthétique temporaire : 1 500 euros ;
- déficit fonctionnel permanent : 21 000 euros ;
- préjudice esthétique permanent : 4 500 euros ;
-préjudice d'agrément : 3 150 euros.
Par des mémoires enregistrés le 6 août 2020 et le 2 décembre 2020, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Hérault, agissant pour le compte de la CPAM de Nîmes demande la condamnation du centre hospitalier de Valence à lui verser 34 685 euros, avec intérêts au taux légal à compter du jugement à intervenir, en remboursement de ses dépenses déjà exposées, ainsi que l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Par des mémoires en défense enregistrés le 12 août 2020 et le 3 février 2021, le centre hospitalier de Valence, représenté par Me Vital-Durand, demande que l'indemnité soit ramenée à 46 579,35 euros et accepte de prendre en charge une partie des frais d'expertise judiciaire. Il conclut également au rejet des demandes de la CPAM et, subsidiairement, à ce que le remboursement soit limité à 75% de la somme demandée.
Il accepte de verser les sommes suivantes à M. D :
- frais de déplacement : 329,16 euros ;
- assistance par une tierce personne avant consolidation : 10 160 euros ;
- dépenses de santé futures : 693,94 euros ;
-déficit fonctionnel temporaire : 9 671,25 euros ;
-souffrances endurées : 6 750 euros ;
- déficit fonctionnel permanent : 16 500 euros ;
- préjudice esthétique permanent : 2 475 euros ;
- frais d'expertise judiciaire : 4 865 euros.
Il soutient que les écrits de la CPAM sont irrecevables pour ne viser aucun établissement dans leur dispositif.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme A,
- et les observations de Me Tartanson, représentant M. D.
Une note en délibéré a été produite par le centre hospitalier de Valence le 23 novembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a été victime d'une rupture spontanée de sa prothèse totale de hanche droite le 14 août 2012. Une opération de reprise a eu lieu le 21 août au centre hospitalier de Valence. Une ponction ayant révélé la présence d'un staphylocoque sur le site opératoire, il a dû subir une nouvelle intervention le 23 octobre suivant. Une expertise a été ordonnée par la cour d'appel de Nîmes au contradictoire du fabricant de la prothèse et du centre hospitalier. L'expert a rendu son rapport en détaillant la part des préjudices imputables à la rupture du matériel et à une infection nosocomiale contractée lors de l'intervention du 21 août 2012. M. D demande à être indemnisé par le centre hospitalier de Valence des préjudices résultant de cette infection.
Sur la responsabilité du centre hospitalier de Valence :
2. En vertu de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, les établissements de santé sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère, lorsqu'elles n'ont pas un caractère de gravité fixé par décret.
3. Il ressort du rapport d'expertise judiciaire que M. D a contracté une infection à staphylocoque lors de l'intervention chirurgicale du 21 août 2012. En l'absence de cause étrangère et dès lors que le déficit fonctionnel permanent de M. D est évalué à 20%, la responsabilité du centre hospitalier de Valence est engagée ce que, du reste, il ne conteste pas.
Sur les préjudices de M. D :
- Déficit fonctionnel temporaire :
4. Sur la base des périodes et taux détaillés par l'expert page 26 de son rapport et en appliquant un montant journalier de 23 euros, le déficit fonctionnel temporaire imputable à l'infection nosocomiale sera justement réparé par le versement d'une somme de 14 900 euros.
- Souffrances endurées :
5. Evaluées globalement à 4,5/7, elles justifient le versement d'une somme de 11 250 euros, tenant compte du fait qu'elles ne sont imputables à l'infection nosocomiale que pour 75%.
- Déficit fonctionnel permanent :
6. Le déficit fonctionnel permanent dont est affecté M. D est évalué à 20%. Il justifie une indemnité de 21 000 euros pour la part de 75% imputable à l'infection nosocomiale.
- Préjudice esthétique :
7. Le préjudice esthétique permanent de M. D résulte de troubles de la marche avec claudication et de la nécessité d'utiliser des cannes. Il peut être évalué globalement à 3/7. Une somme globale de 4 500 euros tenant compte également du préjudice esthétique temporaire, réparera justement la part de 75% imputable à l'infection nosocomiale.
- Préjudice d'agrément :
8. Le préjudice d'agrément est celui qui résulte d'un trouble spécifique lié à l'impossibilité ou à la plus grande difficulté pour la victime de continuer à pratiquer régulièrement une activité sportive ou de loisirs. Son existence ne peut être déduite de la simple limitation des capacités physiques, qui est réparée au titre du déficit fonctionnel permanent, mais doit être établie par la victime par la production de justificatifs de la pratique antérieure d'une telle activité.
9. M. D justifie uniquement avoir été licencié auprès de la fédération française de golf depuis 1994. Compte tenu du fait que la pratique de cette activité était déjà plus difficile avant l'infection depuis une rupture de la prothèse de hanche côté opposé, l'indemnité allouée au titre du préjudice d'agrément sera limitée à 2 250 euros au prorata de la perte de chance.
- Frais divers :
10. M. D justifie avoir engagé des frais de déplacement pour des consultations et examens pour un montant de 329 euros, qui n'est pas contesté par le centre hospitalier de Valence. En revanche, il n'est pas recevable à demander le remboursement des frais de même nature engagés par son épouse qui n'est pas partie à l'instance.
11. Jusqu'à la consolidation intervenue le 2 décembre 2016, le besoin d'assistance par une tierce personne peut être évalué à 2 heures par jour pendant 243 jours, puis d'une heure par jour durant 530 jours. Il n'est pas contesté en défense qu'il est uniquement la conséquence de l'infection nosocomiale. Sur la base d'un taux horaire de 17 euros tenant compte des majorations pour les dimanches et les jours fériés et des périodes de congés payés, une somme de 17 300 euros pourra être allouée.
12. Enfin, M. D justifie avoir réglé une somme de 9 730 euros à l'expert judiciaire. Le centre hospitalier de Valence doit être condamné à lui rembourser l'intégralité de cette somme et non uniquement la moitié comme il le propose.
- Dépenses de santé futures :
13. M. D justifie avoir engagé, après consolidation, une somme de 110 euros pour la confection de semelles orthopédiques. Il résulte du décompte de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault que cet équipement n'est pas remboursé. Il peut être raisonnablement estimé qu'un renouvellement est nécessaire tous les deux ans. Par application du barème de capitalisation résultant de la table de mortalité 2014-2016 et d'un taux d'intérêt de 0%, M. D étant actuellement âgé de 75 ans, le capital représentatif est de 638 euros. Le centre hospitalier de Valence devra indemniser M. D à hauteur de 561 euros, correspondant à la part de 75% imputable à l'infection nosocomiale.
14. En revanche, si M. D présente une ordonnance d'un praticien hospitalier lui prescrivant un fauteuil roulant, il ne peut être établi que la nécessité de cet équipement soit en rapport avec l'infection nosocomiale, ce besoin n'ayant du reste pas été identifié par l'expert.
15. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier de Valence doit être condamné à verser à M. D une somme de 81 820 euros.
Sur les demandes de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Hérault :
16. Si, en raison d'une erreur purement matérielle, le dernier mémoire de la CPAM de l'Hérault ne vise pas, dans son dispositif, le centre hospitalier de Valence, cela ne remet pas en cause la recevabilité de ses demandes, contrairement à ce que soutient l'établissement défendeur.
17. La CPAM est en droit d'obtenir le remboursement des frais qu'elle a engagés pour les prestations liées à l'infection nosocomiale. La comparaison des périodes d'hospitalisation qu'elle vise et des périodes de déficit fonctionnel temporaire retenues par l'expert démontre qu'elle a exclu de ses demandes les prestations imputables à la rupture de prothèse. Dès lors, celles-ci doivent être acceptées pour leur intégralité, sans qu'il y ait lieu de retenir un pourcentage de 75%, taux d'imputabilité à l'infection nosocomiale retenu par l'expert pour certains des préjudices de M. D. Elle est donc en droit d'obtenir le remboursement de ses prestations pour le total de 34 685 euros qu'elle demande et le versement de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, dont le montant est de 1 114 euros. Ainsi, le centre hospitalier de Valence doit être condamné à lui verser 35 799 euros.
18. La CPAM de l'Hérault demande que la condamnation du centre hospitalier de Valence soit assortie des intérêts au taux légal à compter du jugement. Toutefois, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts du jour de son prononcé jusqu'à son exécution, au taux légal puis, en application des dispositions de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier, au taux majoré s'il n'est pas exécuté dars les deux mois de sa notification. Par suite, ces conclusions sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
19. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Valence une somme de 1 800 euros à verser à M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à M. D une somme de 81 820 euros.
Article 2 :Le centre hospitalier de Valence est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault une somme de 35 799 euros.
Article 3 :Le centre hospitalier de Valence versera à M. D une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. C D, à la caisse primaire d'assurance maladie du Gard, à la Mutuelle Nationale des Hospitaliers, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault et au centre hospitalier de Valence.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Bedelet, première conseillère,
Mme Holzem, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.
Le président, rapporteur,
C. B
La première assesseure,
A. Bedelet
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026