mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2003492 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS DROIT PUBLIC CONSULTANTS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 1er juillet 2020, 11 octobre 2021 et 19 avril 2022, la société Rosimmo, représentée par Me Rigoulot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Tignes à lui verser la somme de 1 153 440 euros ou, à défaut, la somme de 650 058,18 euros ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Tignes la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de la commune de Tignes est engagée en raison de l'illégalité fautive du refus de permis de construire opposé le 6 avril 2017 ;
- son choix de ne pas renoncer à la condition suspensive d'obtention d'un permis de construire n'est pas de nature à rompre le lien de causalité existant entre la faute commise par la commune et son préjudice et ne constitue pas davantage une cause exonératoire de responsabilité pour celle-ci ;
- elle n'a commis aucune imprudence fautive ;
- elle est fondée à solliciter une indemnité de 1 107 440 euros ou, à défaut, de 604 058,18 euros au titre de la perte de bénéfice :
- elle est fondée à solliciter une indemnité de 46 000 euros au titre des frais d'architecte.
Par des mémoires en défense enregistrés les 28 juillet 2021 et 1er février 2022, la commune de Tignes, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- compte tenu des termes du compromis de vente, il n'existe pas de lien de causalité entre la faute invoquée et les préjudices allégués ;
- la société requérante a commis une imprudence ;
- elle ne justifie pas du caractère réel et certain des préjudices allégués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme B,
- et les observations de Me Rigoulot pour la société Rosimmo ainsi que celles de Me Roussel pour la commune de Tignes.
Considérant ce qui suit :
1. La société Rosimmo a conclu, le 18 mars 2016, un compromis de vente en vue de l'acquisition d'un centre de vacances à Tignes. Ce compromis prévoyait des conditions suspensives tenant, d'une part, à l'obtention d'un prêt et, d'autre part, à l'obtention d'un permis de construire. Le 12 août 2016, la société Rosimmo a déposé une demande de permis de construire pour la réhabilitation, l'extension et la surélévation du centre de vacances existant. Le 6 avril 2017, le maire de Tignes a refusé de délivrer l'autorisation sollicitée. Ce refus de permis de construire a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Lyon du 19 décembre 2019. La société Rosimmo demande réparation du manque à gagner et des frais d'architecte subis du fait de l'illégalité de cette décision.
Sur la responsabilité de la commune de Tignes :
2. Par un jugement du 19 décembre 2019, devenu définitif, le tribunal administratif de Lyon a annulé, pour erreur de droit, le refus de permis de construire opposé par la maire de Tignes à la société Rosimmo le 6 avril 2017. Alors qu'il n'est ni établi ni même allégué que le refus d'autorisation d'urbanisme aurait pu légalement être fondé sur un autre motif, cette illégalité constitue une faute.
3. Contrairement à ce que fait valoir la commune de Tignes, eu égard tant à l'objet de la clause suspensive stipulée dans le compromis de vente au profit de l'acquéreur pour lui permettre de ne pas s'engager dans un achat de bien immobilier avant d'avoir la garantie du caractère réalisable de son projet au regard des règles d'urbanisme qu'au caractère négocié d'une telle clause, la société Rosimmo n'a commis aucune imprudence, d'une part, en ne prévoyant la possibilité d'une prorogation du compromis que d'une durée de deux mois en cas de refus de permis de construire et, d'autre part, en ne renonçant pas à la condition suspensive d'obtention du permis de construire. Il ne peut davantage être reproché à la société Rosimmo de ne pas avoir introduit de référé-suspension contre le refus de permis dès lors que la simple suspension de l'autorisation n'aurait, le cas échéant, impliqué ni l'obtention d'un permis de construire ni l'assurance de l'illégalité de l'arrêté du 6 avril 2017. Par suite, l'illégalité fautive de l'arrêté du 6 avril 2017 est de nature à engager la responsabilité pleine et entière de la commune de Tignes.
Sur les préjudices :
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la société Rosimmo a engagé en pure perte, du fait de la faute commise par la commune de Tignes, des frais d'architecte d'un montant total de 46 000 euros pour le dépôt du dossier de demande de permis de construire. Elle est en droit d'en obtenir réparation.
5. En second lieu, l'ouverture du droit à indemnisation est subordonnée au caractère direct et certain des préjudices invoqués. La perte de bénéfices ou le manque à gagner découlant de l'impossibilité de réaliser une opération immobilière en raison d'un refus illégal de permis de construire revêt un caractère éventuel et ne peut, dès lors, en principe, ouvrir droit à réparation. Il en va toutefois autrement si le requérant justifie de circonstances particulières, tels que des engagements souscrits par de futurs acquéreurs ou l'état avancé des négociations commerciales avec ces derniers, permettant de faire regarder ce préjudice comme présentant, en l'espèce, un caractère direct et certain.
6. En l'espèce, compte tenu notamment des charges que comporte un tel projet, la seule production de contrats de réservation portant sur six des onze suites projetées, qui ne prévoyaient d'ailleurs aucune sanction en cas de rétractation des réservataires, ne suffit pas à tenir pour établi le caractère direct et certain du manque à gagner invoqué par la société Rosimmo. Par suite, la demande présentée à ce titre par la société requérante doit être rejetée.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Tignes doit être condamnée à verser à la société Rosimmo la somme de 46 000 euros.
Sur les frais d'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par la commune de Tignes et non compris dans les dépens.
9. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du de la commune de Tignes une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Rosimmo et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :La commune de Tignes est condamnée à verser à la société Rosimmo la somme de 46 000 euros.
Article 2 :La commune de Tignes versera à la société Rosimmo la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à la société Rosimmo et à la commune de Tignes.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Barriol, première conseillère,
Mme André, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
La rapporteure,
V. A
Le président,
C. Sogno
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026