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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2003606

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2003606

mercredi 5 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2003606
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantELFASSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 juillet 2020 et 31 mai 2021, la société Proxiserve, représentée par Me Heckenroth, demande au tribunal :

1°) de condamner l'OPAC de la Savoie à lui verser, à titre principal, la somme de 283 272,93 euros TTC, à titre subsidiaire la somme de 248 532, 93 euros TTC, correspondant à ses factures de prestations P2 et P3, aux intérêts moratoires et à l'indemnité pour frais de recouvrement ;

2°) de prononcer la capitalisation des intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'OPAC de la Savoie une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Proxiserve soutient que :

- après le refus de paiement de ses factures, elle a envoyé le 29 octobre 2019 un mémoire en réclamation à l'OPAC de la Savoie ; l'ordonnance n°2020-305 a prolongé les délais de saisine de la juridiction ; sa requête est donc recevable ;

- le décompte financier établi par l'OPAC et reçu le 5 septembre 2019 méconnaît l'article 34.3 du CCAG-FCS et doit donc être écarté ;

- le désembouage ne relève pas des prestations P3 ; l'OPAC ne peut donc refuser de payer les factures de prestation P3 ;

- pour les mêmes raisons l'OPAC ne peut refuser de payer les factures de prestation P2 concernant les VMC ;

- même s'il a été constaté l'absence de réalisation de 1 158 désembouages, la réalisation des prestations P2 concernant les chaudières n'est pas contestée par L'OPAC.

- aucun prix unitaire n'étant prévu au contrat pour le désembouage, seules des pénalités fondées sur l'article 11 du CCAP pourraient lui être appliquées ;

- elle a droit aux intérêts de retard avec capitalisation et aux indemnités de recouvrement prévues par l'article 10.3 du CCAP.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 janvier et 21 mai 2021, l'OPAC de la Savoie, représenté par la SCP Girard-Madoux et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'OPAC conteste les moyens invoqués.

Par lettre du 19 avril 2021, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 31 mai 2021, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 9 juillet 2021.

Par une ordonnance du 1er décembre 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a condamné l'OPAC de la Savoie à verser à la société Proxiserve une somme provisionnelle de 207 135,90 euros.

Par une ordonnance du 8 avril 2021, le juge des référés de la cour administrative d'appel de Lyon a rejeté l'appel formé contre l'OPAC de la Savoie contre l'ordonnance du 1er décembre 2020.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'arrêté du 19 janvier 2009 portant approbation des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fourcade,

- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,

- et les observations de Me Heckenroth, représentant la société Proxiserve, et de Me Artusi, représentant l'OPAC de la Savoie.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement du 17 octobre 2014, l'OPAC de la Savoie et la société Proxiserve ont conclu pour une durée de 5 ans, du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2019, un marché à bons de commande, sans minimum, ni maximum, pour l'entretien des installations individuelles de chauffage, dont 1 541 chaudières, et des installations de VMC équipant le patrimoine immobilier de l'OPAC. Le 15 avril 2019, l'OPAC de Savoie a informé la société Proxiserve qu'il ne paiera pas les factures de prestations P3 de l'année 2018, d'un montant de 133 839,22 euros, au motif que la société n'avait pas effectué les désembouages des installations, contractuellement prévus. Il a également mis en demeure la société d'effectuer, au plus tard le 15 mai 2019, 80% des opérations de désembouages prévues par l'accord-cadre, faute de quoi le marché serait résilié. Le 27 mai 2019 après avoir constaté que seulement 124 opérations de désembouage avaient été réalisées alors que 1 282 auraient dû l'être au cours de la période de 4 ans et 4 mois écoulée depuis le début du marché, l'OPAC de Savoie a résilié le marché. Le 3 septembre 2019, il a adressé à la société Proxiserve, dont les factures de prestations 2019, pour un montant total de 126 331,81 euros, n'avaient pas non plus été payées, un bilan financier reconnaissant un dû de 7 027,73 euros HT à Proxiserve.

2. Par une ordonnance du 1er décembre 2020, confirmée en appel, le juge de référés du tribunal administratif de Grenoble, a condamné l'OPAC à verser à la société Proxiserve, à titre de provision une somme de 207 135,90 euros.

3. Par la présente requête, la société Proxiserve demande au tribunal de condamner l'OPAC au paiement de la somme de 283 272,93 euros, à parfaire, correspondant aux factures, aux intérêts moratoires et à l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement.

4. Aux termes de l'article 34 du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services, issu de l'arrêté du 19 janvier 2009, applicable au marché litigieux : " 34.3. Le décompte de résiliation à la suite d'une décision de résiliation prise en application de l'article 32 comprend : 34.3.1. Au débit du titulaire : - le montant des sommes versées à titre d'avance, d'acompte, de règlement partiel définitif et de solde ; - la valeur, fixée par le marché et ses avenants éventuels, des moyens confiés au titulaire que celui-ci ne peut restituer, ainsi que la valeur de reprise des moyens que le pouvoir adjudicateur cède à l'amiable au titulaire ; - le montant des pénalités ; - le cas échéant, le supplément des dépenses résultant de la passation d'un marché aux frais et risques du titulaire dans les conditions fixées à l'article 36 . 34.3.2. Au crédit du titulaire : - la valeur contractuelle des prestations reçues y compris, s'il y a lieu, les intérêts moratoires () ".

5. Pour refuser de payer les factures adressées par la société Proxiserve, l'OPAC fait valoir que 1 158 désembouages de chaudières contractuellement prévus et évalués au prix unitaire de 200 euros n'ont pas été réalisés. Toutefois, les carences de la société Proxiserve dans l'exécution de son contrat, ne sont de nature à fonder un refus de paiement des factures, en application de la règle du service fait, que si les prestations facturées n'ont en réalité pas été exécutées.

6. En outre, les dispositions précitées de l'article 34 du CCAG prévoient que doit être mise au crédit du titulaire la valeur contractuelle des prestations reçues et ne prévoient pas, contrairement à ce que soutient l'OPAC de la Savoie, que soit mise à son débit la valeur contractuelle des prestations non réalisées. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que l'OPAC de la Savoie ait eu recours à un marché de substitution pour achever les prestations non réalisées. Par suite, l'OPAC de la Savoie n'est pas fondé à opérer une compensation entre le coût théorique des prestations non faites et les factures adressées par la société Proxiserve, sous réserve de la règle du service fait.

7. Selon le cahier des clauses techniques particulières du marché, les prestations de type P2 correspondent à la maintenance préventive et au dépannage et les prestations de type P3 renvoient à la garantie totale des équipements et constituent des prestations de réparation ou de remplacement à l'identique ou à fonction identique de tout matériel déficient de façon à maintenir l'installation en bon état de fonctionnement continu. Le point 1.4 du CCTP renvoie à l'annexe 2 du CTTP pour la définition des prestations d'entretien. Cette annexe mentionne expressément comme telles les opérations de désembouage, à effectuer à raison de 20 % des installations par an, afin de traiter la totalité du parc des installations dans le délai de 5 années. Ainsi, contrairement à ce que soutient l'OPAC, le désembouage constitue bien une prestation de type P2.

8. En premier lieu, les désembouages non réalisés ne sauraient en tout état de cause, constituer un motif de refus de paiement des factures P3 émises au titre de l'année 2018 pour un montant de 133 839,23 euros TTC et au titre de l'année 2019 pour un montant de 55 227,78 euros TTC. En outre, il n'est nullement allégué que les facture P3 correspondraient à un service non fait.

9. En deuxième lieu, dès lors que le désembouage est une opération de maintenance des chaudières, les désembouages non réalisés ne sauraient en tout état de cause constituer un motif de refus de paiement des factures P2 afférentes à la VMC émises au titre de l'année 2019 pour un montant de 3 450,66 euros TTC. En outre, il n'est nullement allégué que les facture P2 afférentes à la VMC correspondraient à un service non fait.

10. En troisième lieu, s'agissant des factures P2 afférentes aux chaudières émises au titre de l'année 2019 pour un montant de 67 653,37 euros TTC, l'OPAC de la Savoie n'allègue nullement, ainsi qu'il a été dit au point 5, que les prestations facturées n'auraient pas été faites. Dès lors, elle ne pouvait déduire une somme représentative d'une absence de service fait alors qu'il n'est allégué qu'une mauvaise exécution de la prestation.

11. Il résulte de ce qui précède, sous réserve des sommes d'ores et déjà versées en exécution des ordonnances rendues dans le cadre du référé provision, que la société Proxiserve est fondée à réclamer le paiement de l'intégralité des factures pour un montant total de 260 171,04 euros.

Sur les intérêts moratoires et la capitalisation :

12. Aux termes de l'article 10.3 du CCAP : " Les sommes dues au titulaire seront payées dans un délai global de 30 jours à compter de la date de réception des demandes de paiement. En cas de retard de paiement le titulaire a droit au versement d'intérêts moratoires () ".

13. S'agissant de la somme de 133 839 euros correspondant aux prestations P3 réalisées en 2018, dont le paiement avait été demandé par factures reçues le 7 février 2019, les intérêts au taux légal courront en application de l'article 1153 du code civil à compter du 22 mars 2019, comme demandé par la requérante. En application de l'article 1154 du même code, les intérêts seront capitalisés aux 22 mars 2020, 2021, 2022 et 2023, dès lors qu'à chacune de ces dates, il était échu une année d'intérêts.

14. S'agissant de la somme de 126 331,81 euros correspondant aux prestations P2 et P3 réalisées en 2019, dont le paiement avait été demandé par factures reçues le 1er juillet 2019, les intérêts au taux légal courront en application de l'article 1153 du code civil à compter du 15 août 2019, comme demandé par la requérante. En application de l'article 1154 du même code, les intérêts seront capitalisés aux 15 aout 2020, 2021 et 2022, dès lors qu'à chacune de ces dates, il était échu une année d'intérêts.

Sur l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement :

15. Aux termes de l'article 10.3 du CCAP : " () En cas de retard de paiement, le titulaire a droit () à une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement d'un montant de 40 euros. "

16. Il résulte de l'instruction qu'un total de 60 factures n'ont pas été payées dans le délai de paiement prévu par le marché. Par suite, l'OPAC de la Savoie versera, sous réserve des sommes d'ores et déjà versées en exécution des ordonnances rendues dans le cadre du référé provision, à la société Proxiserve la somme de 2 400 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de recouvrement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

17. Il y a lieu de mettre à la charge de l'OPAC de la Savoie la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées par l'OPAC de la Savoie, la partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Sous réserve des sommes versées dans le cadre du référé provision, l'OPAC de la Savoie est condamné à verser à la société Proxiserve la somme de 262 571,04 euros

Article 2 : Sous réserve des sommes versées dans le cadre du référé provision, les intérêts au taux légal courront sur la somme de 133 839 euros à compter du 22 mars 2019 et seront capitalisés aux 22 mars 2020, 2021, 2022 et 2023.

Article 3 : Sous réserve des sommes versées dans le cadre du référé provision, les intérêts au taux légal courront sur la somme de 126 331,81 euros à compter du 15 août 2019 et seront capitalisés aux 15 août 2020, 2021 et 2022.

Article 4 : L'OPAC de la Savoie versera à la société Proxiserve la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Proxiserve et à l'Office public de l'habitat de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

M. d'Argenson, premier conseiller,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2023.

La rapporteure,

F. FOURCADE

Le président,

C. VIAL-PAILLERLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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