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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2003729

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2003729

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2003729
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL HELIANS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 juillet 2020 et 28 mai 2021, la société Richiero, représentée par Me Tissot, demande au tribunal :

1°) de condamner l'EHPAD Joseph Avet à lui verser la somme de 282 396.37 euros en indemnisation des préjudices subis du fait de la résiliation du lot n°18 " Electricité - courants forts " du marché public de travaux portant sur la construction d'un bâtiment sur le site des Villards sur Thônes ;

2°) d'assortir cette condamnation des intérêts au taux légal à compter du 7 mai 2020, date de réception par l'EHPAD de son mémoire en réclamation et de prononcer la capitalisation des intérêts

3°) de mettre à la charge de l'EHPAD une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société soutient qu'elle est en droit d'être indemnisée :

- pour sa participation aux réunions de chantier à hauteur de 2 925 euros HT ;

- pour l'étude d'exécution et des réservations à hauteur de 20 000 euros HT ;

- pour les frais de cautions bancaires supportés à hauteur de 1 385,81 euros HT ;

- pour la perte d'exploitation subie à hauteur de 252 363,01 euros HT

- au titre de l'indemnité de résiliation prévue par l'article 46.4 du CCAG travaux à hauteur de 23 636,63 euros.

soit un total de 300 310,45 euros dont il convient de déduire l'avance versée par le maitre d'ouvrage à hauteur de 17 914.08 euros. La société sollicite donc le mandatement d'une somme de 282 396,37 euros à son profit.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2020, l'EHPAD Joseph Avet, représenté par Me Caillet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'EHPAD conteste les moyens invoqués.

Par lettre du 21 avril 2021, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 31 mai 2021, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 9 juillet 2021.

Un mémoire présenté pour l'EHPAD Joseph Avet a été enregistré le 27 septembre 2021, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu :

- le code civil ;

- le code des marchés publics ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales relatif aux marchés publics de travaux ;

- l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fourcade,

- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,

- et les observations de Me Métier, représentant la société Richiero.

Une note en délibéré a été enregistrée le 13 juin 2023 pour la société Richiero.

Considérant ce qui suit :

1. Par acte d'engagement du 19 février 2014, l'EHPAD Joseph Avet a confié à la société Richiero le lot n°18 " Electricité-courants forts " du marché de travaux de construction d'un EHPAD à Villars-sur-Thônes pour un montant de 472 732,76 euros HT. Compte tenu d'un glissement de terrain le projet a été abandonné et le marché dont était titulaire la requérante a été résilié pour motif d'intérêt général par courrier du 30 avril 2020. Le même jour l'EPHAD a adressé à la requérante le décompte de liquidation correspondant à son lot. La société Richiero a contesté ce décompte par un mémoire en réclamation reçu le 7 mai 2020. Par une décision du 12 juin 2020 l'EHPAD a rejeté cette réclamation. Par la présente requête, la société Richiero demande, sous déduction des sommes déjà versées, la somme globale de 300 310,45 euros au titre du décompte de résiliation du marché, outre les intérêts moratoires et la capitalisation de ceux-ci.

2. Dans l'hypothèse d'une résiliation d'un marché public pour un motif d'intérêt général, qu'elle soit tacite ou expresse, l'étendue et les modalités de l'indemnisation peuvent être déterminées par les stipulations du contrat, sous réserve qu'il n'en résulte pas, au détriment d'une personne publique, une disproportion manifeste entre l'indemnité ainsi fixée et le montant du préjudice résultant, pour le cocontractant, des dépenses qu'il a exposées et du gain dont il a été privé

3. Aux termes de l'article 46.4 du CCAG Travaux, applicable au marché en litige : " Lorsque le représentant du pouvoir adjudicateur résilie le marché pour motif d'intérêt général, le titulaire a droit à une indemnité de résiliation, obtenue en appliquant au montant initial hors taxes du marché, diminué du montant hors taxes non révisé des prestations reçues, un pourcentage fixé par les documents particuliers du marché ou, à défaut, de 5 %. / Le titulaire a droit, en outre, à être indemnisé de la part des frais et investissements, éventuellement engagés pour le marché et strictement nécessaires à son exécution, qui n'aurait pas été prise en compte dans le montant des prestations payées. Il lui incombe d'apporter toutes les justifications nécessaires à la fixation de cette partie de l'indemnité, dans un délai de quinze jours après la notification de la résiliation du marché. / Le titulaire doit, à cet effet, présenter une demande écrite, dûment justifiée, dans le délai de deux mois compté à partir de la notification de la décision de résiliation. " ;

4. Il résulte de ces stipulations qu'en cas de résiliation pour motif d'intérêt général, l'entrepreneur ne peut obtenir d'autre indemnité que celle correspondant à la part des frais et investissements éventuellement engagés pour le marché et strictement nécessaires à son exécution, à l'exception de l'indemnité forfaitaire correspondant à 5 % du montant total HT de ce marché. Si une société a droit au versement d'une somme d'un montant au titre de l'indemnité de résiliation représentant 5 % du montant HT des travaux diminués du montant des prestations payées, elle ne peut prétendre au versement d'une autre somme en réparation de la perte d'exploitation alléguée.

5. En premier lieu, la requérante soutient qu'elle a droit à une indemnité de résiliation de 5 % du montant du marché de 472 732, 76 euros HT, soit 23 636,63 euros HT. Il résulte toutefois de l'instruction que le montant du marché a été diminué de la somme versée à titre de d'avance forfaitaire pour un montant de 14 922 euros HT. Ainsi l'indemnité due s'élevait à la somme de 5% de 457 810,33 (472 732,76 - 14 922,43) soit la somme de 22 890,52 euros qui figurait bien au décompte contesté. Par suite, aucune somme supplémentaire n'est due à la requérante au titre de l'indemnité de résiliation.

6. En deuxième lieu, la requérante demande le versement de la somme de 2 925 euros HT au titre de sa participation à dix réunions de chantier et de la somme de 20 000 euros HT en indemnisation des études d'exécution et des réservations effectuées. Par les pièces produites, la requérante établi sa participation à au moins six réunions de chantier et produit les plans de réservation, le schéma du circuit électrique ainsi que le carnet de lustrerie propre au marché au cause. Elle justifie de la transmission de ces éléments au maitre d'œuvre et au maitre d'ouvrage. La réalité de ces travaux est établie par les pièces du dossier et, au demeurant, a été reconnue par le maitre d'œuvre qui les avait retenues dans le cadre du projet de décompte de liquidation qu'il avait soumis au directeur de l'EHPAD. Si les éléments comptables produits ne permettent pas de valoriser ces prestations à hauteur de prétentions de la société requérante, il y a lieu de faire une juste appréciation les valorisant à hauteur de l'avance versée à la société pour un montant de 17 914,08 euros TTC et dont l'objet est de permettre la réalisation des travaux préparatoires au chantier.

7. En troisième lieu, la société Richiero justifie avoir engagé des frais de caution bancaire au titre du chantier en cause pour un montant de 1 368 euros soit 31,87 euros de plus que la somme retenue par l'EHPAD à ce titre (1 336,13 euros).

8. Il résulte de tout ce qui précède que le montant global des sommes dues par l'EHPAD Josphet Avet à la société Richiero au titre du marché en cause s'élève à la somme de 42 172,60 euros.

9. Sous réserve des mandats et des titres éventuellement pris en charge dans le cadre de l'exécution du présent marché, postérieurement à l'introduction de la requête, il y a lieu de mettre à la charge de l'EHPAD Jospeh Avet la somme de 42 172,60 euros.

10. En application de l'article 1153 du code civil, les intérêts au taux légal courront sur la condamnation prononcée au point précédent à compter du 7 mai 2020, date de réception du mémoire en réclamation par l'EHPAD. En application de l'article 1154 du même code, les intérêts seront capitalisés aux 7 mai 2021, 2022 et 2023, dès lors qu'à chacune de ces dates, il était échu une année d'intérêt.

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'EHPAD Jospeh Arvet est condamné à verser à la société Richiero la somme de 42 172,60 euros, sous réserve des versements déjà effectués.

Article 2 : Les intérêts au taux légal courront sur la condamnation prononcée à l'article 1er à compter du 7 mai 2020 et seront capitalisés au 7 mai 2021, 2022 et 2023.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Richiero et à l' EHPAD Joseph Avet.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme Frapolli, première conseillère,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

La rapporteure,

F. FOURCADE

Le président,

JP. WYSSLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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