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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004174

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004174

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004174
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSANCHEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juillet 2020, Mme B A, représentée par Me Sanchez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 juin 2020 par laquelle la directrice de contrôle fiscal Centre-Est a rejeté sa demande tendant à la remise gracieuse des droits et pénalités correspondants aux cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à sa charge au titre de l'année 2015 ;

2°) de prononcer la remise gracieuse des cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à sa charge au titre de l'année 2015 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- sa situation justifie l'octroi d'une remise gracieuse en application des dispositions du 1° de l'article 247 du livre des procédures fiscales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2020, la directrice de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 mai 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hunault, première conseillère,

- et les conclusions de M. Sportelli, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle sur pièces portant sur l'année 2015, l'administration fiscale, ayant constaté l'omission de déclaration d'une plus-value de cession de valeurs mobilières, a réhaussé les revenus perçus par de Mme A et l'a subséquemment assujettie à des cotisations d'impôt sur le revenu, ainsi qu'à des contributions sociales, assorties des intérêts de retard et de la majoration de 40 % prévue à l'article 1729 du code général des impôts. Le 14 septembre 2019, ces droits et pénalités ont été, faute de paiement, majorés de 10 %, portant le montant total des sommes dues par l'intéressée à 18 240 euros. Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 9 juin 2020 par laquelle l'administration fiscale a rejeté sa demande de remise gracieuse des droits et pénalités ainsi mises à sa charge.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales : " L'administration peut accorder sur la demande du contribuable : / 1° Des remises totales ou partielles d'impôts directs régulièrement établis lorsque le contribuable est dans l'impossibilité de payer par suite de gêne ou d'indigence ; / 2° Des remises totales ou partielles d'amendes fiscales ou de majorations d'impôts lorsque ces pénalités et, le cas échéant, les impositions auxquelles elles s'ajoutent sont définitives () ".

3. D'une part, si la décision de l'administration refusant une remise gracieuse sur le fondement de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales peut être déférée au juge administratif par la voie du recours pour excès de pouvoir, cette décision ne peut être annulée que si elle est entachée d'incompétence, d'erreur de droit, d'erreur de fait, d'erreur manifeste d'appréciation ou encore si elle est révélatrice d'un détournement de pouvoir.

4. D'autre part, lorsqu'elle se prononce sur des demandes de remise gracieuse d'impôt en application du 1° de l'article L. 247 précité, l'administration est tenue de ne prendre en compte que la situation financière du contribuable. En revanche, lorsqu'elle se prononce sur des demandes de remise gracieuse de pénalités en application du 2° du même article, elle doit également prendre en considération tous les éléments pertinents relatifs à la situation du contribuable, y compris l'intervention d'un jugement pénal relatif au contribuable.

5. En premier lieu, les décisions rendues par l'administration sur les demandes de remise gracieuse dont elle est saisie par les contribuables n'entrent dans aucune des catégories d'actes administratifs que les dispositions du code des relations entre le public et l'administration prescrivent de motiver. Aucune autre disposition n'impose à l'administration de motiver les décisions par lesquelles elle rejette une demande de remise gracieuse. Par suite, le défaut de motivation de la décision attaquée est inopérant.

6. En second lieu, pour contester le refus de remise gracieuse Mme A se borne à soutenir qu'elle dispose de " maigres ressources " constituées d'une pension d'invalidité d'un montant mensuel de 723,25 euros. Elle produit au soutien de ses dires trois avis d'impôt sur les revenus faisant apparaître au titre des années 2015, 2016 et 2017 des revenus fiscaux de référence d'un montant, respectivement, de 2 477 euros, 6 061 euros et 4 420 euros. Toutefois, l'administration fait valoir, sans être contredite, que Mme A, qui du reste ne fournit pas la moindre justification quant à l'insolvabilité qu'elle allègue, dispose d'autres ressources telles que des revenus fonciers ou encore des revenus de capitaux mobiliers, de sorte que l'existence d'une disproportion entre son reste à vivre et le montant de sa dette n'est pas démontrée. A cet égard, il ressort des avis correctifs d'impôt sur les revenus, produits par l'administration en défense, qu'en réalité le revenu fiscal de référence de la requérante s'élevait en 2015 à 54 934 euros, en 2016 à 24 209 euros et en 2017 à 18 441 euros. Dans ces conditions et dès lors que Mme A, qui ne se prévaut d'aucune charge mensuelle, ne produit à l'appui de sa requête aucun élément permettant d'évaluer son patrimoine et de déterminer l'ensemble de ses sources de revenus, l'administration a pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, rejeter sa demande de remise gracieuse.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation du refus de remise gracieuse doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur l'amende pour recours abusif :

8. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".

9. S'il n'y a pas lieu de faire application immédiate de ces dispositions, il convient d'en rappeler l'existence à Mme A, qui non seulement n'a pas soumis au tribunal l'ensemble des éléments de son patrimoine mais a produit des avis d'imposition qu'elle savait rectifiés, faisant ainsi état d'une situation financière dont elle connaissait le caractère inexact.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur de contrôle fiscal Centre-Est.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme Hunault, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

La rapporteure,

K. HUNAULT

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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