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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004290

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004290

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004290
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS DAUMIN COIRATON-DEMERCIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 juillet 2020 et 17 mars 2021, la société Bernaud Bâtiment 26, représentée par Me Daumin, du cabinet Daumin-Coiraton-Demerciere, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Office public de l'habitat Montélimar Agglomération Habitat (OPA MAH) à lui restituer la somme de 46 787,46 euros correspondant au montant de la provision acquittée au titre de l'engagement de la caution personnelle et solidaire qu'elle lui avait consentie ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est recevable à demander au juge du fond de fixer le montant définitif de sa dette comme le prévoit l'article R. 541-4 du code de justice administrative, dès lors que la Société Générale a prélevé sur son compte le montant de la provision qu'elle avait été condamnée à verser à l'OPH MAH, au titre de la caution personnelle et solidaire qu'elle lui avait accordé dans le cadre d'un marché de travaux, par une ordonnance du 29 janvier 2020 du juge des référés du tribunal administratif de Grenoble ;

- les réserves non levées formulées par l'OPH MAH lors de la réception de l'ouvrage n'engagent pas sa responsabilité, car elles se rapportent à des microfissures dans les murs et les plafonds, apparues lors du séchage du béton, qui ne constituent pas des malfaçons ; elles sont purement esthétiques et n'affectent pas les caractéristiques du bâtiment ;

- les travaux de reprise effectués par l'OPH MAH l'ont été par une entreprise de plâtrerie peintures et ne peuvent donc se rapporter aux travaux de maçonnerie gros-œuvre qu'elle a elle-même exécutés ; ces travaux de reprise ont pu être rendus nécessaires par des défauts d'exécution imputables au titulaire du lot peinture ;

- la caution accordée par la société Générale ayant été mobilisée à tort par l'OPH MAH, et la Société Générale ayant prélevé son compte ouvert dans ses livres du même montant, l'OPH MAH doit lui restituer cette somme.

Par un mémoire enregistré le 26 octobre 2022, l'Office public de l'habitat Montélimar Agglomération Habitat (OPA MAH), représenté par Me Blanc du cabinet Fayol et associés, conclut au rejet de la requête, et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Bernaud Bâtiment 26 une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable sur le fondement de l'article R. 541-4 du code de justice administrative, la société Bernaud Bâtiment 26 n'étant pas la personne condamnée au versement de la provision au sens de ces dispositions ; au surplus, la requête, déposée plus de deux mois après la notification de l'ordonnance du 19 janvier 2020 notifiée le même jour, serait tardive, malgré la prorogation des délais échus durant la période d'urgence sanitaire prévue par l'ordonnance 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- les conclusions indemnitaires sont également irrecevables dès lors qu'elles n'ont pas été précédées de la réclamation préalable prévue par les dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- la provision qui lui a été accordée par l'ordonnance du 29 janvier 2020 du juge des référés du tribunal administratif de Grenoble est devenue définitive faute de recours au fond exercé par la Société Générale en application des dispositions de l'article R. 541-4 du code de justice administrative

- la société Bernaud Bâtiment 26 a accepté les réserves formulées lors de la réception ; il ressort des études qu'il a fait réaliser que les microfissures en cause sont dues à un défaut de recouvrement des treillis soudés imputable à des malfaçons ; les réserves n'ont jamais été levées par la société Bernaud Bâtiment 26 et elle a du faire réaliser les travaux de reprise par une entreprise tierce.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil, et notamment son article 2288 dans sa rédaction issue de l'ordonnance n°2006-346 du 23 mars 2006 relative aux sûretés ;

- l'ordonnance n° 2005-649 du 6 juin 2005 relative aux marchés passés par certaines personnes publiques ou privées non soumises au code des marchés publics ;

- le décret n°2005-1742 du 30 décembre 2005 fixant les règles applicables aux marchés passés par les pouvoirs adjudicateurs mentionnés à l'article 3 de l'ordonnance n° 2005-649 du 6 juin 2005 relative aux marchés passés par certaines personnes publiques ou privées non soumises au code des marchés publics ;

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les conclusions de Mme C,

- et les observations de Me Blanc, représentant la société Bernaud Bâtiment 26, et de Me Maama, représentant l'Office public de l'habitat Montélimar Agglomération Habitat.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement signé le 12 octobre 2012, l'Office public de l'habitat Montélimar Agglomération Habitat (OPA MAH) a confié à la société Bernaud Bâtiment 26 la réalisation du lot n° 2 : Maçonnerie - Gros Œuvre des travaux de construction de trois immeubles destinés à accueillir 27 logements sociaux sur la commune de Montélimar. Ce marché de travaux a été réceptionné le 29 janvier 2015, avec des réserves pour la levée desquelles l'OPA MAH a vainement mis en demeure la société Bernaud Bâtiment 26 de réaliser les travaux nécessaires. En conséquence, par un courrier du 27 février 2018, l'OPA MAH a demandé à la Société Générale, en sa qualité de caution personnelle et solidaire de la société Bernaud Bâtiment 26, de lui régler une somme de 46 787,46 euros correspondant au montant des travaux estimés nécessaires à la levée de ces réserves. La Société Générale ayant refusé de faire droit à cette demande, l'OPH MAH a alors demandé au juge des référés du tribunal administratif de céans de la condamner à lui verser une provision correspondant au montant maximum de la caution qui l'obligeait. Par une ordonnance du 29 janvier 2020 n°1902744, le juge des référés a fait droit à cette demande, en la limitant toutefois au montant des travaux estimés nécessaires à la levée de ces réserves. La banque a procédé le 12 mars 2020 au paiement à l'OPA MAH de la somme de 46 787,46 euros en prélevant simultanément le même montant sur le compte de la société Bernaud Bâtiment 26 ouvert dans ses livres. Par une ordonnance du 20 avril 2020 n°2002249, le juge des référés a rejeté la tierce opposition formée par la société Bernaud Bâtiment 26 à l'encontre de l'ordonnance du 29 janvier 2020, au motif qu'elle ne préjudiciait pas à ses droits. Par la présente requête, la société Bernaud Bâtiment 26 demande au tribunal de juger qu'elle n'avait aucune dette envers l'OPH MAH, et de condamner ce dernier à lui restituer la somme de 46 787 euros correspondant au montant qui lui a été versé par la Société Générale et que cette dernière a ensuite prélevé sur son compte ouvert dans ses livres.

2.Aux termes de l'article 2288 du code civil : " Celui qui se rend caution d'une obligation se soumet envers le créancier à satisfaire à cette obligation, si le débiteur n'y satisfait pas lui-même. ". Il incombe au donneur d'ordre d'une caution personnelle et solidaire mise en œuvre dans le cadre d'un marché de travaux qui en demande la restitution d'établir que le bénéficiaire en a reçu indûment le paiement par la preuve de l'exécution de ses propres obligations contractuelles ou par celle de l'imputabilité de l'inexécution du contrat à la faute du cocontractant bénéficiaire de la caution ou par la nullité du contrat de base.

3.Il est constant qu'après l'achèvement de la construction des bâtiments en cause, lors de la réception des travaux le 15 janvier 2015, des fissurations rectilignes et verticales résultant du retrait hydraulique du béton lors de son séchage, dont l'ouverture varie de 0,05 à 0,3 millimètres, ont été constatées sur les murs de 17 des 23 logements. Si la société Bernaud Bâtiment 26 fait valoir que l'apparition de telles fissures est un phénomène classique d'ordre purement esthétique, qu'elles ne présentent pas de caractère évolutif et n'affectent pas la solidité du bâtiment, elle ne conteste pas les constatations opérées par le bureau d'études techniques Ginger CEBTP qui ont notamment mis en évidence, au droit de la plupart des fissures, un défaut de ferraillage des ouvrages bétonnés, s'agissant notamment du recouvrement, du positionnement, et de l'enrobage des nappes de treillis soudés des sous-dalles, voire, dans certains cas, une absence des treillis anti-fissuration. Dans ces conditions, les fissures qui affectent le béton des bâtiments doivent être regardées comme imputables à l'exécution défectueuse des travaux réalisés par la société Bernaud Bâtiment 26. Ces malfaçons engagent donc sa responsabilité contractuelle, sans qu'elle ne puisse utilement se prévaloir, sans au demeurant l'établir, que les travaux de peinture auraient également été mal exécutés par l'entreprise titulaire de ce lot.

4.Pour justifier du coût des travaux de reprise de ces désordres, l'OPH MAH produit un devis établi par l'entreprise Peinture Cavolino portant sur la pose de toiles de verres au droit des fissures et des travaux de peinture, pour un montant de 46 787,46 euros TTC, qui correspond au montant de la caution mise en œuvre par l'OPH MAH et qui a été prélevé par la Société Générale sur le compte de la société Bernaud Bâtiment 26 ouvert dans ses livres. Contrairement à ce que soutient la société Bernaud Bâtiment 26, ces travaux apparaissent de nature à remédier aux désordres en cause, qui sont d'un ordre purement esthétique quand bien même ils proviendraient d'une exécution défectueuse des travaux de gros œuvre. La circonstance que l'OPH MAH ne justifie pas avoir fait réaliser ces travaux de reprise est sans incidence sur son droit à se voir accorder une indemnité correspondant à leur coût, alors qu'il n'est ni établi ni même allégué que les sommes figurant sur le devis en cause seraient exagérées.

5.Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que la société Bernaud Bâtiment n'est pas fondée à soutenir qu'elle a respecté ses obligations contractuelles quant à l'exécution de ses travaux et que, par suite, l'OPH MAH aurait indûment mis en œuvre la caution personnelle et solidaire au titre des frais de reprise des réserves émises en ce qui concerne les fissures. Elle n'est dès lors pas fondée à demander la restitution par l'OPH MAH du montant de la caution qui a été prélevé par la société Générale sur son compte ouvert dans ses livres.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les frais exposés en cours d'instance par la société Bernaud Bâtiment 26 et non compris dans les dépens soient mis à la charge de l'OPH MAH, qui, dans la présente instance, n'est pas la partie perdante. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Bernaud Bâtiment 26 une somme de 1 500 euros à verser à l'OPH MAH au titre de ses frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête susvisée de la société Bernaud Bâtiment 26 est rejetée.

Article 2 : La société Bernaud Bâtiment 26 versera à l'Office public de l'habitat Montélimar Agglomération Habitat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Bernaud Bâtiment 26 et à l'Office public de l'habitat Montélimar Agglomération Habitat.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. A et M. B, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

Le rapporteur,

N. B

La présidente,

A. TRIOLET La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2004290

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