lundi 19 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2004396 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 8 |
| Avocat requérant | VIGNERON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 31 juillet 2020, le 8 juillet 2021, les 24 mai, 21 juin et 7 novembre 2022, et des pièces complémentaires enregistrées les 25 mai, 21 juin et 23 juin 2022, M. D B représenté par Me Vigneron demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision de la caisse d'allocations familiales de l'Isère du 18 octobre 2018 en tant qu'elle lui notifie des indus de revenu de solidarité active de 6 851,88 euros et de prime d'activité de 1 607,63 euros pour la période du 1er janvier 2016 au 31 août 2018 ;
2°) d'annuler la décision du 18 janvier 2019 par laquelle le département de l'Isère a rejeté son recours préalable obligatoire relatif au revenu de solidarité active ;
3°) d'annuler la décision du 9 mars 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Isère a rejeté son recours préalable obligatoire relatif à la prime d'activité ;
4°) de prononcer la décharge de l'indu ou à défaut prononcer l'échelonnement du remboursement des dettes ;
5°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de l'Isère de restituer les sommes retenues dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
6°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Isère et du département de l'Isère une somme de 3 072 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions litigieuses sont insuffisamment motivées ;
- elles ont été signées par une autorité incompétente ;
- la caisse d'allocations familiales ne justifie pas de la composition régulière de la commission de recours amiable ;
- la caisse d'allocations familiales ne l'a pas informé de l'usage de son droit de communication ;
- l'indu n'est pas fondé ;
- il n'est à l'origine d'aucun comportement frauduleux ;
- il est dans une situation financière difficile.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 juin 2021, la caisse d'allocations familiales de l'Isère conclut au non-lieu à statuer sur la requête en tant qu'elle concerne la prime d'activité et, à titre subsidiaire, à son rejet.
Il soutient que :
- la situation de M. B a été révisée et une somme de 1 607,73 euros lui a été reversée ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par des mémoires enregistrés le 2 novembre 2021, le 1er juin 2022 et le 1er juillet 2022, le département de l'Isère conclut au rejet de la requête :
Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- les conclusions dirigées contre la décision du 24 octobre 2018 sont irrecevables dès-lors que la décision du 18 janvier 2019 s'y est substitué ;
- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 2 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 1er juillet 2022.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 février 2020.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2018-101 du 16 février 2018 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, entendu :
- la rapport de M. A ;
- et les observations de M. C, représentant le département de l'Isère.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est connu par les services de la caisse d'allocations familiales comme bénéficiaire de la prime d'activité, du revenu de solidarité active et de la prime de fin d'année. Le 18 octobre 2018, suite à un contrôle de situation, la commission des fraudes de la caisse lui a notifié un trop perçu de prestations familiales de 8 734,02 euros comprenant 6 851,88 euros d'indu au titre du revenu de solidarité active, 274,41 au titre de la prime de fin d'année et 1 607,73 euros au titre de la prime d'activité.
Sur les fins de non-recevoir soulevées par le département de l'Isère :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article 4 du décret n°2018-101 du 16 février 2018 portant expérimentation d'une procédure de médiation préalable obligatoire en matière de litiges de la fonction publique et de litiges sociaux " En application des dispositions de l'article L. 213-6 du code de justice administrative, la saisine du médiateur interrompt le délai de recours contentieux et suspend les délais de prescription, qui recommencent à courir à compter de la date à laquelle soit l'une des parties ou les deux, soit le médiateur déclarent, de façon non équivoque et par tout moyen permettant d'en attester la connaissance par l'ensemble des parties, que la médiation est terminée () ".
3. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance ; qu'en une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable ; qu'en règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance
4. Il résulte des termes mêmes des dispositions précitées du décret du 16 février 2018 que les recours contentieux formés par les bénéficiaires des aides sociales concernés par l'expérimentation de la procédure de médiation préalable obligatoire doivent être précédés, à peine d'irrecevabilité, d'une médiation, qui proroge les délais de recours contentieux à compter de notification de la décision du médiateur.
5. Il résulte de l'instruction que si le département de l'Isère soutient que la requête est tardive, il n'apporte aucune preuve de la notification de la décision par laquelle le médiateur a mis fin à la procédure de médiation préalable. Par suite, le département qui n'apporte aucun élément permettant d'établir la tardiveté du recours, n'est pas fondé à soutenir que M. B est forclos.
Sur l'étendue du litige :
6. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ". Ensuite, aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. () ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue en principe à la décision initiale, et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge.
7. En l'espèce, d'une part, la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Isère a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par M. B contre l'indu de prime d'activité le 9 mars 2020. D'autre part, le département de l'Isère a rejeté le recours de l'intéressé dirigé contre les indus de revenu de solidarité et de prime de fin d'année par décision du 28 janvier 2019. Dès-lors, ces décisions se sont substituées à la décision initiale du 18 octobre 2018 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Isère a notifié les indus litigieux à M. B.
8. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, de prime d'activité ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge administratif d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
Sur la prime d'activité
9. Il résulte de l'instruction que, le 4 juin 2021, la caisse d'allocations familiales de l'Isère a annulé l'indu de prime d'activité de 1 607,73 euros réclamé à M. B et a procédé au reversement des sommes prélevées. Par suite, les conclusions de M. B dirigées contre l'indu de prime d'activité et contre la décision du 9 mars 2020 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse a rejeté son recours gracieux ont perdu leur objet en tant qu'elles portent sur cet indu. Dans cette mesure, il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur le revenu de solidarité active :
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
10. Aux termes de l'article L. 114-12 du code de la sécurité sociale : " Les organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale, du recouvrement des cotisations de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code, les caisses assurant le service des congés payés, Pôle emploi et les administrations de l'Etat se communiquent les renseignements qui : (); 3° Sont nécessaires au contrôle, à la justification dans la constitution des droits et à la justification de la liquidation et du versement des prestations dont sont chargés respectivement ces organismes ; (). ". Aux termes de l'article L. 114-19 du même code : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : ()/ 3° Aux agents de contrôle des organismes de sécurité sociale pour recouvrer les prestations versées indûment à des tiers ou des prestations recouvrables sur la succession ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande "
11. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement d'un indu, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit tant de la teneur que de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Toutefois, la méconnaissance de ces articles par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
12. En l'espèce, si M. B soutient qu'il n'aurait pas été informé par la caisse de la mise en œuvre de son droit de communication auprès de la banque dans laquelle il a son compte professionnel, il résulte de l'instruction que pour retenir l'existence de l'absence de déclaration de l'ensemble des revenus du requérant, l'administration s'est fondée sur les relevés bancaires de celui-ci, soit des éléments qui étaient nécessairement connus de M. B, lequel n'a, du seul fait d'une éventuelle absence d'information sur l'exercice de ce droit, ainsi pas été privé d'une garantie.
En ce qui concerne le bien fondé des indus :
13. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L 262-34 ou L 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Enfin, aux termes de l'article
R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
14. En l'espèce, M. B a exercé une activité d'autoentrepreneur jusqu'en mars 2017. Par la suite, il a liquidé son entreprise et a perçu des revenus au titre de cette activité jusqu'en décembre 2017. Il a ensuite réalisé plusieurs missions d'intérim entre août 2017 et janvier 2018. Il résulte de l'instruction que M. B a largement minoré tant les revenus tirés de son ancienne activité d'autoentrepreneur que ses salaires perçus dans le cadre de ses missions d'intérim. Il résulte notamment du rapport d'enquête et de ses déclarations trimestrielles de ressources réalisées qu'il n'a déclaré que 375 euros et 23 euros de revenus au titre de son activité d'autoentrepreneur pour les années 2016 et 2017 alors que son compte professionnel fait apparaître qu'il a perçu 3 600 euros sur l'année 2016 et 2 326 euros en 2017. Enfin, l'enquête réalisée par la caisse d'allocations familiales met en lumière qu'il a minoré ses salaires pour les mois d'août, novembre et décembre 2017. Dès lors M. B n'est pas fondé à contester le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active.
En ce qui concerne le montant des indus :
15. Aux termes de l'article R. 262-19 du code de l'action sociale et des familles : " pour les travailleurs indépendants mentionnés à l'article L. 613-7 du code de la sécurité sociale et pour les travailleurs indépendants mentionnés à l'article L. 382-1 du même code bénéficiant du régime prévu à l'article 102 ter du code général des impôts, le calcul prévu à l'article R. 262-7 du présent code prend en compte le chiffre d'affaires réalisé au cours des trois mois précédant la demande d'allocation ou la révision en lui appliquant, selon les activités exercées, les taux d'abattement forfaitaires prévus aux articles 50-0 et 102 ter du code général des impôts () ".
16. Aux termes de l'article 1586 sexies du code général des impôts : " I. - Pour la généralité des entreprises, () : 1. Le chiffre d'affaires est égal à la somme : des ventes de produits fabriqués, prestations de services et marchandises ; des redevances pour concessions, brevets, licences, marques, procédés, logiciels, droits et valeurs similaires ; des plus-values de cession d'immobilisations corporelles et incorporelles, lorsqu'elles se rapportent à une activité normale et courante ; des refacturations de frais inscrites au compte de transfert de charges. "
17. Il résulte de ces dispositions que d'une part, pour le calcul du droit à l'allocation de revenu de solidarité active d'un travailleur indépendant relevant du régime fiscal des bénéfices industriels et commerciaux, il est pris en compte le chiffre d'affaire réalisé au cours des trois mois précédant la demande d'allocation ou la révision pour les personnes ayant opté pour le régime prévu à l'article L. 133-6-8 du code de la sécurité sociale. D'autre part, si l'entrepreneur qui, après avoir arrêté son activité, procède à la liquidation des stocks de son entreprise doit être regardé comme continuant l'exercice de sa profession, même s'il a obtenu sa radiation du registre du commerce et des sociétés. Il convient alors de distinguer les revenus tirés de l'activité de l'entreprise, qui sont pris en compte dans le chiffre d'affaire et se rattachent aux revenus " non-salariés ", des sommes résultant de la liquidation des stocks qui ne peuvent être compris dans un tel chiffre.
18. En l'espèce, si M. B n'a pas déclaré l'ensemble des revenus tirés de son ancienne activité d'autoentrepreneur, il résulte toutefois de l'instruction que la caisse d'allocations familiales de l'Isère a réintégré ces revenus au seul titre de la rubrique " autres revenus ". Toutefois, il est constant que l'ensemble des sommes perçues par l'intéressé sur son compte professionnel proviennent tant de la vente de son stock que des factures au titre de son ancienne activité. Ainsi, si la caisse pouvait utilement intégrer les revenus tirés de la liquidation des stocks dans la rubriques " autres revenus ", elle ne pouvait en faire autant pour celles tirées des factures qui composent logiquement le chiffre d'affaire de son entreprise et doivent être prises en compte au titre des revenus professionnels non-salariés après application du taux d'abattement forfaitaires prévus aux articles 50-0 et 102 ter du code général des impôts prévus aux dispositions précitées.
19. Il résulte de ce qui précède que la caisse d'allocations familiales et le département de l'Isère ont fait une inexacte applications des dispositions du code de l'action sociale et des familles dans la réintégration des ressources de M. B pour le calcul des indus litigieux.
Sur l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année pour l'année 2017 :
20. Il résulte du décret n°2017-1785 du 27 décembre 2017 qu'une aide exceptionnelle, à la charge de l'État et versée par la caisse d'allocations familiales, est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont, sous certaines réserves, droit à cette allocation au titre du mois de novembre de l'année en cours ou, à défaut, du mois de décembre.
21. Aux termes de l'article 6 du décret précité : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue ".
22. Il résulte de ce qui précède que la caisse d'allocations familiales et le département de l'Isère ont fait une mauvaise évaluation des droits au revenu de solidarité active de l'intéressé en réintégrant ses revenus tirés de son activité d'autoentrepreneur pour l'année 2017. Dès-lors, le versement de la prime exceptionnelle de fin d'année étant conditionnée au droit au revenu de solidarité active, et la caisse d'allocations familiales et le département n'établissant pas que l'intéressé n'avait effectivement pas droit à cette allocation pour l'année 2017, il y a lieu d'annuler l'indu de prime de fin d'année mis à sa charge.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
23. Il y a lieu, eu égard aux circonstances de l'espèce d'enjoindre au département de l'Isère et à la caisse d'allocations familiales de l'Isère de réexaminer les droits au revenu de solidarité active et à la prime exceptionnelle de fin d'année de M. B pour la période du 1er janvier 2016 au 31 août 2018, conformément au présent jugement, dans un délai de trois mois à compter de sa notification.
Sur les frais liés au litige :
24. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Isère et du département de l'Isère la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus de statuer sur les conclusions dirigées contre des décisions relatives à la prime d'activité.
Article 2 : La décision du 18 janvier 2019 par laquelle le département de l'Isère a confirmé l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de M. B est annulée.
Article 3 : M. B est renvoyé devant l'administration pour déterminer le montant de ses droits au revenu de solidarité active pour la période du 1er janvier 2016 au 31 août 2018. L'administration devra se prononcer dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Sous réserve de ses droits au revenu de solidarité active pour l'année 2017, M. B est déchargé de l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 274,41 euros.
Article 5 : Le surplus des conclusions de M. B sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Vigneron, au ministre des solidarité, de l'autonomie et des personnes handicapées et au département de l'Isère.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.
Le président,
J-P. ALa greffière,
L. BOURECHAK
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au préfet de l'Isère, chacun en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026