mercredi 5 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2004425 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL PRAGMA JURIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 août 2020 et 12 octobre 2021, la SAS Logis Home, représentée par Me Tauleigne, demande au tribunal :
1°) d'annuler le marché conclu le 10 juin 2020 entre la commune de Val-Cenis et la société Jacquet portant sur la réalisation du lot 2 " enduits - peintures murales intérieures " dans le cadre de l'opération de restauration des peintures murales et des façades de l'église Saint- Laurent de Sardières ;
2°) à titre subsidiaire de prononcer la résiliation de ce marché ;
3°) en tout état de cause, de condamner la commune de Val-Cenis à lui verser la somme de 21 700 euros à titre de dommages et intérêts ;
4°) de mettre à la charge de la Commune de Val-Cenis une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SAS Logis Home soutient que :
- sa requête est recevable ;
- un délai raisonnable aurait dû être respecté entre la notification du rejet de sa candidature et la signature du contrat ;
- l'imprécision des critères de sélection des offres caractérise un manquement aux règles de publicité et de mise en concurrence ;
- elle n'a pas bénéficié d'une réelle information sur les motifs de rejet de son offre ;
- l'attributaire du marché ne possédait pas les qualifications requises pour répondre au lot 2 ;
- dès lors qu'elle disposait de chances sérieuses de remporter le marché, elle est fondée à solliciter l'indemnisation de son manque à gagner soir 21 700 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 juin et 29 octobre 2021, la commune de Val-Cenis, représentée par Me Tissot, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet au fond et à ce que soit mis à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune soutient que :
- le contrat attaqué n'est pas produit et que le contentieux indemnitaire n'est pas lié ;
- les autres moyens soulevés par Logis home ne sont pas fondés.
Par lettre du 24 septembre 2021, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 15 octobre 2021, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 9 décembre 2021.
Vu :
- Le code des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fourcade,
- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,
- et les observations de Me Tauleigne, représentant la société Logis Home, et de Me Tissot, représentant la commune de Val-Cenis.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Val-Cenis a conclu, le 10 juin 2020, un marché de travaux avec la société Jacquet, en vue de la réalisation du lot 2 " enduits- peintures murales intérieures " dans le cadre d'une opération de restauration de l'Eglise Saint-Laurent de Sardières. La société Logis Home, candidat classé en deuxième position, demande l'annulation de ce contrat et la condamnation de la commune au paiement d'une indemnité destinée à compenser le manque à gagner qu'elle a subi en raison de son éviction.
Sur les conclusions aux fins de contestation de la validité du contrat et les conclusions indemnitaires:
2. Tout concurrent évincé de la conclusion d'un contrat administratif est recevable à former devant le juge du contrat, dans un délai de deux mois à compter de l'accomplissement des mesures de publicité appropriées, un recours de pleine juridiction contestant la validité de ce contrat ou de certaines de ses clauses qui en sont divisibles, afin d'en obtenir la résiliation ou l'annulation. Dans ce cadre, le concurrent évincé ne peut toutefois utilement invoquer, outre les vices d'ordre public, que les manquements aux règles applicables à la passation de ce contrat qui sont en rapport direct avec son éviction. En vue d'obtenir réparation de ses droits lésés, le concurrent évincé a la possibilité de présenter devant le juge du contrat des conclusions indemnitaires, à titre accessoire ou complémentaire à ses conclusions à fin de résiliation ou d'annulation du contrat.
3. En premier lieu, les moyens tirés d'une part, du non-respect par le pouvoir adjudicateur d'un délai de suspension entre la notification aux candidats évincés du rejet de leur offre et la signature du contrat et, d'autre part, de la communication insuffisamment précise des motifs du rejet de l'offre en méconnaissance de l'article R. 2181-2 du code de la commande publique sont relatifs à des irrégularités, qui au stade de la procédure auquel elles se rapportent, n'ont pas d'incidence sur la sélection des candidatures ou le choix de l'offre économiquement la plus avantageuse et par conséquent ne sont pas en rapport direct avec l'éviction de la requérante. Par suite, ces moyens doivent être écartés comme inopérants.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2152-1 du code de la commande publique : " L'acheteur écarte les offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées ". Aux termes de l'article L. 2152-2 du même code : " Une offre irrégulière est une offre qui ne respecte pas les exigences formulées dans les documents de la consultation, en particulier parce qu'elle est incomplète, ou qui méconnaît la législation applicable notamment en matière sociale et environnementale ".
7. Selon l'article 6.1 " Elimination des candidats " du règlement de la consultation : " Lors de l'ouverture de l'enveloppe, les critéres d'élimination des offres seront les suivants : - candidats dont les garanties professionnelles et financières par rapport à la prestation (importance des références de travaux similaires), objet de la consultation auront été jugées insuffisante. Référence en matière de restauration des bâtiments anciens et de peinture murale. - candidat dont l'attestation d'assurance n'offre pas les garanties en rapport avec les prestations qu'ils s'engagent à exécuter. "
4. La requérante n'est pas fondée à soutenir que la candidature de l'attributaire aurait dû être écartée au motif que son code NAF 4399C (travaux de maçonnerie générale et gros œuvre de bâtiment) l'aurait disqualifiée pour exécuter les prestations du marché en litige. Au demeurant, il ressort du rapport d'analyse des offres que l'attributaire d'un marché est une entreprise de taille importante disposant de moyens humains et d'un chiffre d'affaires supérieurs à ceux de la requérante, qu'elle dispose des assurances nécessaires et qu'elle peut s'appuyer sur les compétences d'un spécialiste s'agissant de la restauration des peintures intérieures.
5. En troisième lieu, pour assurer le respect des principes de liberté d'accès à la commande publique, d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, l'information appropriée des candidats sur les critères d'attribution d'un marché public est nécessaire, dès l'engagement de la procédure d'attribution du marché, dans l'avis d'appel public à concurrence ou le cahier des charges tenu à la disposition des candidats. Dans le cas où le pouvoir adjudicateur souhaite retenir d'autres critères que celui du prix, l'information appropriée des candidats doit alors porter également sur les conditions de mise en œuvre de ces critères.
6. Les critères d'appréciation de l'offre économiquement la plus avantageuse mentionnés par le règlement de consultation étaient le prix, affecté d'un coefficient de pondération de 40 pour 100 et la valeur technique de l'offre affectée d'un coefficient de pondération de 60 pour 100. La détermination de la valeur technique est appréciée au vu du contenu du mémoire justificatif établi par l'entrepreneur en tenant compte des capacités et moyens techniques et humains de l'intervenant, du mode opératoire proposé, des références similaires, de la prise en compte de la sécurité du chantier et de la prise en compte des nuisances sonores, environnementales. Une note de 1 à 5 sera attribuée à chaque critère et multipliée par le coefficient attribué. Par suite, les critéres ainsi exposés satisfont aux exigences rappelées au point 5. La requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir qu'ils seraient imprécis.
7. En quatrième lieu, la requérante fait valoir que le cahier des clauses techniques particulières (CCTP) ne mentionnait pas expressément qu'il convenait de traiter le salpêtre, de même rien n'était indiqué à ce titre dans la décomposition des prix globale et forfaitaire. Toutefois, le CCTP prévoyait en sont point C) " Etat et préparation des supports " que " la surface des supports doit être propre, exempte de trace de suie, de salpêtre, de plâtre, de poussières et de produits de décoffrage ". Une visite sur place de l'Eglise n'ayant pas été possible compte tenu de la période de confinement, les entreprises ont été rendues destinataires de photographies sur lesquelles des traces de salpêtres étaient visibles. La requérante a d'ailleurs demandé des précisions par mail sur ce point. Par suite, contrairement à ce que soutient la requérante, elle disposait d'informations suffisamment précises sur les travaux à effectuer et les attentes du pouvoir adjudicateur pour établir son offre.
8. En cinquième lieu, l'attributaire du marché a obtenu la note maximale de 5/5 au critère de la valeur technique, tandis que la requérante a obtenu la note de 4,5. S'agissant du critère du prix, la requérante a obtenu la note maximale de 5/5 tandis que l'attributaire du marché a obtenu la note de 4,9.
9. En attribuant 0,5 points de plus que la requérante à l'attributaire du marché au motif que la société Jacquet disposait de moyens humains plus importants et que la solution technique qu'elle proposait, incluant un drainage des pieds de façade et l'usage d'enduit de qualité, était propre à remédier au remontées capillaires affectant l'église, sans recourir au procédé onéreux du pouzzolane, le pouvoir adjudicateur n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions aux fins de contestation de la validité du contrat doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions indemnitaires.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Les conclusions présentées par la société Logis Home, la partie perdante, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Val-Cenis.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Logis Home est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Val-Cenis au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Logis Home, à la commune de Val-Cenis et à la société Jacquet.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
M. d'Argenson, premier conseiller,
Mme Fourcade, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2023.
La rapporteure,
F. FOURCADE
Le président,
C. VIAL-PAILLERLe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026