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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004456

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004456

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004456
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDURAFFOURD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 juillet 2020 et le 4 octobre 2022, la société Rent Paradise, représentée par Me Duraffourd, demande au tribunal :

1°) de lui accorder la décharge des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016 ;

2°) de prononcer la décharge du supplément d'impôt sur les sociétés mis à sa charge au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2014 ;

3°) de lui accorder la décharge de l'amende fiscale de 5 000 euros infligée sur le fondement de l'article 1729 D du code général des impôts ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'article 279 du code général des impôts dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017 n'était pas conforme à la directive TVA et imposait des contraintes non justifiées susceptibles de fausser le jeu de la libre concurrence ;

- elle a assuré sa publicité grâce au site Booking.com dont les prestations publicitaires sont assorties d'une prestation de réservation et ses dépenses sont largement supérieures à 1,5% de son chiffre d'affaires ;

- elle n'était pas tenue de délivrer une note pour bénéficier du taux intermédiaire de 10 % puisqu'elle n'est pas exploitante d'un terrain de camping mais loue des mobil-homes à ses clients ; elle a fourni des notes à ses clients conformes au modèle préconisé par l'administration ; l'instruction du 25-6-1979 opposable à l'administration sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales précise que la perte du taux intermédiaire concerne l'absence de mention des dates de séjour ou le montant de la somme due ; l'application du taux de 20 % au lieu de 10 % au motif de notes incomplètes s'analyse en une sanction qui doit bénéficier du principe de rétroactivité de la loi plus douce ;

- le compte courant de messieurs A n'a pas été crédité au 31 décembre 2014 contrairement à ce que soutient l'administration ; le redressement fondé sur des écritures qui n'existaient pas est insuffisamment motivé ; en ce qui concerne M. D A l'administration n'établit pas la minoration de résultat puisque le compte créditeur de 40 715,44 euros au 1er janvier 2014 est intangible et le solde de 25 522,11 euros au 31 décembre 2014 est ainsi justifié ; l'administration ne produit pas l'écriture de débit constituant la contrepartie de l'écriture de crédit des comptes courants ;

- l'absence de fichier des écritures comptables au titre de l'exercice 2014 est liée à une panne informatique indépendante de sa volonté.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 janvier 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Journé, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

Sur la taxe sur la valeur ajoutée :

1. Aux termes de l'article 279 du code général des impôts dans sa version alors en vigueur : " La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 10 % en ce qui concerne : a. Les prestations relatives : () A la fourniture de logement dans les terrains de camping classés, lorsque l'exploitant du terrain de camping délivre une note dans les conditions fixées au a ter, assure l'accueil et consacre 1,5 % de son chiffre d'affaires total hors taxes à des dépenses de publicité, ou si l'hébergement est assuré par un tiers lorsque celui-ci consacre 1,5 % de son chiffre d'affaires total en France à la publicité () ".

2. La société Rent Paradise a signé au cours de la période vérifiée avec une société exploitant un terrain de camping à Port Grimaud (Var), un contrat lui conférant un droit d'occupation des emplacements du terrain de camping listés dans le contrat, à charge pour elle de donner en location à des particuliers ses propres installations mobiles. Elle a ainsi, pour l'application des dispositions citées au point précédent, la qualité de tiers fournissant un hébergement et peut prétendre à l'application du taux de 10 % si elle consacre 1,5% de son chiffre d'affaires en France à la publicité.

3. Il résulte de l'instruction que la société a rémunéré au cours des trois années en litige la société Booking.com pour des montants excédant le pourcentage exigé par le a. de l'article 279 du code général des impôts. Toutefois, les factures de la société Booking.com consultées par le vérificateur lors du contrôle concernent des commissions sur réservations et la requérante n'est pas en mesure d'isoler, parmi les sommes versées à cette société, le montant afférent aux dépenses de publicité. Si elle fait valoir que les prestations de réservation assurées par Booking.com sont accessoires et ont surtout pour objet de faire connaître son activité sur internet, elle ne justifie d'aucun site personnel de réservation ni d'aucun élément comptable démontrant le caractère accessoire des commissions versées sur les réservations. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a estimé que la société Rent Paradise ne remplissait pas les conditions pour bénéficier du taux intermédiaire de taxe sur la valeur ajoutée.

4. Il résulte de ce qui précède que le moyen selon lequel elle a fourni des notes à ses clients conformes au modèle préconisé par l'administration et celui par lequel elle invoque l'instruction du 25 juin1979 sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales sont inopérants.

5. Le moyen tiré de ce que l'article 279 du code général des impôts dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017 n'était pas conforme à la directive TVA et imposait des contraintes non justifiées susceptibles de fausser le jeu de la libre concurrence, est dépourvu des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

6. Par ailleurs, la taxation au taux normal ne constitue pas une sanction. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration aurait dû lui appliquer la loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017 postérieure à la période d'imposition en litige, n'est pas fondé.

Sur l'impôt sur les sociétés :

7. Selon l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () " Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon utile.

8. La proposition de rectification du 11 décembre 2017 qui comporte la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, énonce le texte sur lequel le rehaussement est fondé ainsi que le montant des soldes créditeurs des comptes d'associés qui n'ont pas été justifiés. Elle est ainsi suffisamment motivée.

9. Aux termes du 2. de l'article 38 du code général des impôts : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés ".

10. Il résulte de l'instruction que la société Rent Paradise n'a pas présenté de comptabilité pour l'exercice clos le 31 décembre 2014 et n'a pas justifié du solde créditeur des comptes des deux associés d'un montant total de 79 549 euros au 31 décembre 2014. La société qui n'a pas été en mesure de fournir l'ensemble de ses éléments comptables ni d'établir l'exactitude des sommes inscrites au passif, n'est pas fondée à demander que l'administration justifie de la contrepartie au débit de l'écriture comptable en litige.

11. Par ailleurs, la circonstance que le solde créditeur de l'un des deux comptes d'associé était, à l'ouverture de l'exercice, supérieur au solde créditeur du même compte à la clôture est sans incidence dès lors que la société n'a justifié du montant d'aucune des sommes inscrites au passif et que le rehaussement est limité au montant du solde créditeur à la clôture de l'exercice.

Sur l'amende :

12. Aux termes de l'article 1729 D du code général des impôts : " Le défaut de présentation de la comptabilité selon les modalités prévues au I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales entraîne l'application d'une amende égale à 5 000 € ou, en cas de rectification et si le montant est plus élevé, d'une majoration de 10 % des droits mis à la charge du contribuable ". Selon l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales : " I.-Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contribuable satisfait à l'obligation de représentation des documents comptables mentionnés au premier alinéa de l'article 54 du code général des impôts en remettant au début des opérations de contrôle, sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables définies aux articles 420-1 et suivants du plan comptable général. Le premier alinéa du présent article s'applique également aux fichiers des écritures comptables de tout contribuable soumis par le code général des impôts à l'obligation de tenir et de présenter des documents comptables autres que ceux mentionnés au premier alinéa du même article 54 et dont la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés. L'administration peut effectuer des tris, classements ainsi que tous calculs aux fins de s'assurer de la concordance entre la copie des enregistrements comptables et les déclarations fiscales du contribuable. L'administration détruit, avant la mise en recouvrement, les copies des fichiers transmis ".

13. Il est constant que la société n'a pas remis au vérificateur le fichier des écritures comptables de la période du 1er janvier au 31 décembre 2014. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a infligé à la société une amende de 5 000 euros sur le fondement de l'article 1729 D du code général des impôts.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par la société Rent Paradise doivent être rejetées ainsi que celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de la société Rent Paradise est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à la société Rent Paradise et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme B et Mme C, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

Le rapporteur,

C. B

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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