mardi 14 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2004515 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | JASPER AVOCATS ASSOCIATION D'AVOCATS À RESPONSABILITÉ PROFESSIONNELLE INDIVIDUELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 août 2020 et le 18 décembre 2022, M. A C, représenté par Me Bessy, demande au tribunal :
1°) d'ordonner une expertise au contradictoire du centre hospitalier régional de Grenoble, de son assureur, la Société hospitalière d'assurances mutuelles (devenue Relyens) et de l'ONIAM aux fins d'évaluer les préjudices résultant des soins qui lui ont été prodigués au centre hospitalier régional de Grenoble à compter du 23 septembre 2007 ;
2°) de condamner solidairement le centre hospitalier régional de Grenoble, son assureur et l'ONIAM à lui verser une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'expertise ordonnée par la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) a été menée dans des conditions non satisfaisantes et ne s'est pas déroulée au contradictoire de l'ONIAM ;
- l'infection qu'il a contractée présente un caractère nosocomial et ses conséquences n'ont pas été évaluées par les experts.
Par un mémoire enregistré le 31 août 2020, l'ONIAM, représenté par Me Roquelle-Meyer, ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée en demandant que la mission des experts soit étendue.
Par un mémoire enregistré le 6 octobre 2020, la caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée.
Par des mémoires en défense enregistrés les 23 et 30 avril 2021, le centre hospitalier régional de Grenoble et son assureur, représentés par Me Dumoulin, concluent au rejet de la requête et à la condamnation de M. C à leur verser une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que la responsabilité du centre hospitalier n'est pas engagée et que l'expertise demandée ne présente aucun caractère d'utilité.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sogno,
- les conclusions de Mme B,
- et les observations de Me Huard, substituant Me Bessy, représentant M. C et de Me Dumoulin, représentant le centre hospitalier régional de Grenoble et la société Relyens.
Considérant ce qui suit :
Sur les faits :
1. Lors d'un accident de la circulation survenu le 22 septembre 2007, M. C, alors âgé de 26 ans, a été victime d'une fracture ouverte du genou gauche avec rupture des ligaments. Il a été opéré le lendemain au centre hospitalier universitaire de Grenoble. Le 5 février 2008, une prothèse à charnière lui a été posée. Une nécrose cutanée est survenue au niveau de la cicatrice opératoire le 17 février 2008 et a nécessité des reprises chirurgicales les 25 février et 27 mars suivants. Les prélèvements peropératoires sont revenus positifs aux germes Staphylococcus epidermidis et Staphylococcus aureus, amenant à l'instauration d'une antibiothérapie. Les complications infectieuses ont perduré par la suite, amenant à l'ablation de la prothèse le 5 juillet 2011, avec instauration de plusieurs antibiothérapies successives puis à la pose d'une nouvelle prothèse le 31 octobre suivant.
2. Au mois de novembre 2017, est apparue, sans nouveau traumatisme, une fistule cutanée avec un écoulement permanent qui a évolué vers un syndrome infectieux. Le diagnostic d'un descellement septique de la prothèse a été posé le 1er août 2018 et celle-ci a fait l'objet d'une ablation le 16 août suivant, associée à la poursuite d'une antibiothérapie. A la suite de nouveaux prélèvements ayant mis en évidence la présence de germes, il a été renoncé à la pose d'une nouvelle prothèse et une amputation trans-fémorale a été pratiquée le 5 février 2019.
3. Une expertise a été ordonnée par la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) Rhône-Alpes. En suivant l'avis des experts, la CCI, dans son avis du 16 janvier 2020, a considéré que pour la première période, l'infection ne pouvait être qualifiée de nosocomiale, les complications infectieuses étant dues à la plaie initiale, et que, pour la seconde, il s'agissait d'une dissémination bactérienne par voie hématogène excluant cette qualification. Par la suite, M. C a présenté en référé une demande de nouvelle expertise qui a été rejetée le 25 mai 2020. Par la présente requête, il réitère sa demande d'expertise aux fins d'évaluer l'intégralité de ses préjudices, incluant ceux qui sont consécutifs à son amputation.
Sur la nécessité d'une nouvelle expertise et sur son étendue :
4. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère., les établissements de santé sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article () ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial, une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
5. Les experts commis par la CCI ont indiqué que le patient au jour de l'accident de la voie publique ne présentait aucune infection en cours signalée et que l'infection faisait suite à la contamination de la plaie nécrosée par des germes de l'environnement immédiat du patient. Même s'il s'agit de la réalisation d'un risque connu se réalisant dans au moins 5% des cas en pareilles circonstances, la contamination présente le caractère d'une infection nosocomiale dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge au centre hospitalier régional de Grenoble où M. C était hospitalisé depuis la pose de sa prothèse le 5 février 2008 et qu'elle est donc intervenue au cours ou au décours de sa prise en charge.
6. Sur ce point comme sur l'évaluation des préjudices résultant de cette infection qui ont déjà été évalués, une nouvelle expertise ne présenterait aucun caractère d'utilité. En particulier, même si l'ONIAM n'était pas présent lors des opérations d'expertise, il n'existe pas de débat sur l'enchaînement des faits et leur analyse, l'affaire ne nécessitant que de procéder à une qualification juridique, ce qui est l'office du juge et non d'un expert médical.
7. En revanche, compte tenu des conclusions de l'expertise ordonnée par la CCI, il n'existe pas au dossier d'éléments permettant de rattacher les complications survenues depuis novembre 2017 et leurs conséquences à l'infection nosocomiale contractée en 2008. Il y a donc lieu d'ordonner une expertise aux fins précisées ci-dessous qui sera confiée à des spécialistes en orthopédie et en infectiologie.
D E C I D E :
Article 1er :Avant-dire-droit sur la requête de M. C, il sera procédé à une expertise médicale.
Article 2 :Les experts seront désignés par le président du tribunal. Ils accompliront leur mission au contradictoire du centre hospitalier régional de Grenoble, de la société Relyens, de la caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF et de l'ONIAM dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-4 du code de justice administrative.
Article 3 :Les experts auront pour mission :
1°) de prendre connaissance de l'entier dossier médical de M. C ;
2°) de donner leur avis sur l'origine des complications survenues depuis novembre 2017 et, en particulier, de dire si celles-ci peuvent être rattachées à l'infection nosocomiale contractée en 2008 ;
3°) de dire si l'état de santé de M. C est actuellement consolidé ; dans l'affirmative, de préciser la date de consolidation ;
4°) d'évaluer les préjudices subis par M. C du fait de ces complications en se référant à la nomenclature dite " Dintilhac " ;
5°) d'une manière générale, de porter à la connaissance du tribunal tous éléments qu'il pourrait estimer utiles à la résolution du litige.
Article 4 :Tous droits et moyens sur lesquels il n'est pas statué par la présente décision sont et demeurent réservés.
Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF, au centre hospitalier régional de Grenoble, à la société Relyens et à l'ONIAM.
Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Holzem, première conseillère,
Mme Naillon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.
Le président, rapporteur,
C. Sogno
La première assesseure,
J. Holzem
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026