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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004517

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004517

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004517
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPAYET-MORICE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 août 2020, le 29 avril 2021 et le 20 mai 2022, la société Cars Faure, représentée par Me Delaire, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le lot nº2 " secteur Porte des Alpes " des marchés publics 2020 de transports non urbains de personnes par voie terrestre conclu entre le conseil départemental de l'Isère et le groupement " Union des transporteurs de Provence/Delta cars/Ampere/societé Autocars Martin/sas Ampere " ;

2°) de résilier ledit marché public ;

3°) de condamner le conseil départemental de l'Isère à lui verser une indemnité, à titre principal, de 21 221 558,40 euros ou, à titre subsidiaire, de 13 500 euros, augmentée des intérêts et de leur capitalisation, en réparation du préjudice causé par la perte de chance sérieuse d'obtenir le marché ;

4°) de mettre à la charge du département de l'Isère et de la région Auvergne-Rhône-Alpes une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Cars Faure soutient que :

-sa requête est recevable, dès lors qu'elle a un intérêt à agir en sa qualité de candidate évincée, que le recours a été formé dans le délai, et qu'une demande de communication du contrat de marché public a été adressée au département ;

-le département de l'Isère était incompétent pour conclure le marché en cause ;

-la durée du marché est excessive et méconnaît les dispositions de l'article L.2112-5 du code de la commande publique ;

-la pondération du critère " prix " méconnaît les règles de la charte de la commande publique du département de l'Isère ;

-la procédure de passation est entachée d'une définition manifestement insuffisante des besoins nés de la mise en œuvre de l'état d'urgence sanitaire ;

-la présentation de la candidature du groupement attributaire est irrégulière faute de révéler sa composition exacte et méconnaît les dispositions de l'article R.2143-12 du code de la commande publique ;

-la candidature du groupement attributaire aurait dû être écartée eu égard aux infractions et sanctions infligées à l'un de ses opérateurs économiques dissimulé ;

-les renseignements demandés aux candidats étaient insuffisants ;

-le dossier de candidature du groupement attributaire était incomplet ;

-la dissimulation de l'identité des candidats aux membres de la commission d'appel d'offres méconnaît le principe de transparence des procédures, garanti par l'article L.3 du code de la commande publique ; la commission d'appel d'offres n'a pas pu exercer pleinement sa compétence compte tenu de cette occultation des noms et de l'absence de communication des offres ;

-la notation des offres est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

-l'offre du groupement attributaire est anormalement basse ;

-les vices allégués sont à l'origine de son éviction ;

-classée en deuxième position, la société requérante disposait d'une chance sérieuse de se voir attribuer le marché ; elle a droit, à ce titre, à l'indemnisation du manque à gagner résultant de son éviction.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 février 2021, 21 avril 2022 et 5 avril 2023, le département de l'Isère représenté par Me Bory conclut au rejet de la requête et, subsidiairement, à ce que l'effet d'une annulation ou d'une résiliation soit différé, et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Cars Faure au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le département de l'Isère fait valoir :

- qu'il n'a commis aucun manquement et qu'en tout état de cause, il n'est pas établi que les manquements allégués seraient en rapport direct avec l'intérêt lésé dont se prévaut la société requérante ;

- à titre subsidiaire, que la poursuite des relations contractuelles est possible et doit, pour éviter toute atteinte excessive à l'intérêt général, être maintenue ;

- les conclusions indemnitaires doivent être rejetées, en l'absence de manquement et, en tout état de cause, faute pour la société requérante d'établir la réalité de ses préjudices.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 avril 2022 et 5 avril 2023, la région Auvergne-Rhône-Alpes, redevenue compétente à l'échéance de la convention la liant au département de l'Isère, représentée par Me Bory, conclut :

1°) Sur les conclusions visant le contrat :

- à titre principal, au rejet des conclusions en annulation comme en résiliation ;

- à titre subsidiaire, au maintien des relations contractuelles ;

- à titre plus subsidiaire, à ce qu'une résiliation ou une annulation soit assortie d'un effet différé qui ne pourra être inférieur à douze mois ;

2°) au rejet des conclusions indemnitaires ;

3°) à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Cars Faure au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La région Auvergne-Rhône-Alpes s'en rapporte aux écritures déposées par le département de l'Isère le 17 février 2021 en faisant valoir :

- que le département n'a commis aucun manquement et qu'en tout état de cause, il n'est pas établi que les manquements allégués seraient en rapport direct avec l'intérêt lésé dont se prévaut la société requérante ;

- à titre subsidiaire, que la poursuite des relations contractuelles est possible et devrait, pour éviter toute atteinte excessive à l'intérêt général, être maintenue ;

- les conclusions indemnitaires doivent être rejetées, en l'absence de manquement et, en toute état de cause, faute pour la société requérante d'établir la réalité de ses préjudices ;

Par ordonnance du 7 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 avril 2023.

Un avis de renvoi d'audience a été adressé aux parties le 13 novembre 2023.

En réponse à une mesure d'instruction, la région Auvergne-Rhône-Alpes a communiqué au tribunal, le 15 janvier 2024, des pièces qu'elle indique comme étant couvertes par le secret des affaires et devant être soustraites du contradictoires.

Par un mémoire distinct présenté au titre des dispositions de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, enregistré le 22 mars 2024, la région Auvergne-Rhône-Alpes a présenté les motifs du refus de transmission de ces pièces à la partie requérante.

Le 19 septembre 2024, le tribunal a, en application de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, invité la région Auvergne-Rhône-Alpes à verser dans la procédure contradictoire les données, non couvertes par le secret des affaires, relatives au chiffre d'affaires et aux références des candidats.

Le 23 septembre 2024, la région Auvergne-Rhône-Alpes a communiqué ces éléments au tribunal.

Inscrite au rôle de l'audience du 26 septembre 2024, l'audience a été renvoyée au 10 octobre 2024, par un avis de renvoi du 23 septembre 2024, pour permettre la communication à la requérante des pièces enregistrées le même jour.

La procédure a été communiquée à la société Union des transporteurs de Provence qui n'a pas présenté d'observations.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la commande publique ;

- l'ordonnance n°2020-319 du 25 mars 2020 portant diverses mesures d'adaptation des règles de passation, de procédure ou d'exécution des contrats soumis au code de la commande publique et des contrats publics qui n'en relèvent pas pendant la crise sanitaire née de l'épidémie de covid-19

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Triolet, présidente rapporteure,

- les conclusions de M. Callot, rapporteur public,

- et les observations de Me Millanvois, représentant la société Cars Faure, et de Me Bory, représentant la région Auvergne-Rhône-Alpes et la département de l'Isère.

Considérant ce qui suit :

1. Par un avis d'appel public à la concurrence paru le 19 décembre 2019, le département de l'Isère a lancé une procédure d'appel d'offres ouvert en vue de la passation de marchés publics portant sur l'exécution de services réguliers de transports publics non urbains de personnes par voie terrestre, allotie géographiquement en 7 lots et pour une durée de 8 ans s'agissant des lots 2 à 7. La société Cars Faure a répondu au lot n°2 " secteur Porte des Alpes " de cet appel d'offres. Par courrier du 28 avril 2020, elle a été informée du rejet de son offre et de l'attribution du lot n°2 au groupement composé des sociétés Union des transporteurs de Provence, Delta cars, société autocars Martin, Sas Ampère.

2. Par une ordonnance n°2002619 du 4 juin 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble, statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de la société Cars Faure tendant à l'annulation la procédure de passation de ce marché public pour le lot n°2. Par la présente requête, la société Cars Faure demande au tribunal d'annuler le contrat conclu entre le conseil départemental de l'Isère et le groupement " Union des transporteurs de Provence/Delta cars/Ampere/société Autocars Martin/sas Ampere " afférent au lot nº2. Elle formule également des conclusions indemnitaires destinées à réparer le préjudice financier résultant de son éviction.

Sur la mise en œuvre de la procédure prévue à l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative :

3. D'une part, si, en vertu de l'article R. 611-10 du code de justice administrative, le rapporteur peut demander aux parties, pour être jointes à la procédure contradictoire, toutes pièces ou tous documents utiles à la solution du litige, l'article L. 611-1 du même code prévoit cependant que : " Les exigences de la contradiction mentionnées à l'article L. 5 du présent code sont adaptées à celles de la protection du secret des affaires () ". D'autre part, aux termes de l'article R. 612-30 du même code : " Lorsqu'une partie produit une pièce ou une information dont elle refuse la transmission aux autres parties en invoquant la protection du secret des affaires, la procédure prévue par l'article R. 412-2-1 est applicable ". Aux termes de l'article R. 412-2-1 de ce code : " Lorsque la loi prévoit que la juridiction statue sans soumettre certaines pièces ou informations au débat contradictoire ou lorsque le refus de communication de ces pièces ou informations est l'objet du litige, la partie qui produit de telles pièces ou informations mentionne, dans un mémoire distinct, les motifs fondant le refus de transmission aux autres parties, en joignant, le cas échéant, une version non confidentielle desdites pièces après occultation des éléments soustraits au contradictoire. Le mémoire distinct et, le cas échéant, la version non confidentielle desdites pièces sont communiqués aux autres parties. / Les pièces ou informations soustraites au contradictoire ne sont pas transmises au moyen des applications informatiques mentionnées aux articles R. 414-1 et R. 414-6 mais sont communiquées au greffe de la juridiction sous une double enveloppe, l'enveloppe intérieure portant le numéro de l'affaire ainsi que la mention : " pièces soustraites au contradictoire-Article R. 412-2-1 du code de justice administrative ". / Si la juridiction estime que ces pièces ou informations ne se rattachent pas à la catégorie de celles qui peuvent être soustraites au contradictoire, elle les renvoie à la partie qui les a produites et veille à la destruction de toute copie qui en aurait été faite. Elle peut, si elle estime que ces pièces ou informations sont utiles à la solution du litige, inviter la partie concernée à les verser dans la procédure contradictoire, le cas échéant au moyen des applications informatiques mentionnées aux articles R. 414-1 et R. 414-6. Si la partie ne donne pas suite à cette invitation, la juridiction décide des conséquences à tirer de ce refus et statue sans tenir compte des éléments non soumis au contradictoire. / Lorsque des pièces ou informations mentionnées au premier alinéa sont jointes au dossier papier, celui-ci porte de manière visible une mention signalant la présence de pièces soustraites au contradictoire. Ces pièces sont jointes au dossier sous une enveloppe portant la mention : " pièces soustraites au contradictoire-Article R. 412-2-1 du code de justice administrative " ".

4. Dans le cadre de l'instruction de l'affaire, le tribunal a demandé à la région Auvergne-Rhône-Alpes de lui transmettre, dans une version non occultée, l'ensemble des dossiers de candidature ainsi que la pièce intitulée " notation des sous-critères ". Ces éléments ont été transmis au tribunal et ont fait l'objet d'un mémoire distinct communiqué à la société requérante en application de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative. Après avoir analysé les pièces produites, le tribunal a estimé que le secret des affaires ne s'appliquait pas aux pièces relatives au chiffre d'affaires des candidats et à leurs références et a invité la région Auvergne-Rhône-Alpes à verser ces pièces dans la procédure. En revanche, afin de ne pas révéler d'informations couvertes par le secret des affaires figurant dans les autres documents produits, la motivation du présent jugement a été adaptée, en particulier en ce qui concerne le point 25.

Sur les conclusions en contestation de validité du contrat :

5. Tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles. Cette action devant le juge du contrat est également ouverte aux membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné ainsi qu'au représentant de l'Etat dans le département dans l'exercice du contrôle de légalité. Si le représentant de l'Etat dans le département et les membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné, compte tenu des intérêts dont ils ont la charge, peuvent invoquer tout moyen à l'appui du recours ainsi défini, les autres tiers ne peuvent invoquer que des vices en rapport direct avec l'intérêt lésé dont ils se prévalent ou ceux d'une gravité telle que le juge devrait les relever d'office. Un concurrent évincé ne peut ainsi invoquer, outre les vices d'ordre public dont serait entaché le contrat, que les manquements aux règles applicables à la passation de ce contrat qui sont en rapport direct avec son éviction.

6. Aux termes de l'article 2 de la convention de délégation de compétence pour l'organisation des transports non urbains et des transports scolaires entre la région Auvergne-Rhône-Alpes et le département de l'Isère en date du 31 juillet 2017 : " La présente convention est conclue pour la période du 1er septembre 2017 au 31 décembre 2022. / A compter du 1er septembre 2017, la responsabilité de l'organisation et du fonctionnement des services délégués sera exercée de plein droit par le département au nom et pour le compte de la région. ". Aux termes de l'article 3.2 de cette convention : " Dans les limites fixées à la présente convention, et sauf dispositions contraires, les compétences déléguées sont, pendant la durée de la présente convention, exclusivement exercées par le département. ". Aux termes de l'article 5.2 de cette convention : " En concertation avec les différents acteurs qui concourent à l'organisation des transports, le département s'engage à assurer dans le respect des règles en vigueur (commande publique et sécurité notamment) : / () la passation, la gestion, l'exécution des contrats, la mise en œuvre des aides individuelles intégrées au transfert ; / ()Le département prend toutes les décisions permettant d'assurer la continuité de service public, y compris notamment les décisions opérationnelles pouvant avoir des impacts au-delà de la durée de la présente convention, ainsi que toutes les décisions visant à faire face à tous types d'aléas, en particulier en matière de sécurité et de sûreté des personnes et des biens, sans attendre l'accord de la région. / Le département agit librement (sans accord particulier de la région), dans le respect du cadre financier, fixé dans les articles 6, 7 et 8, et de la continuité des politiques engagées. / Le département agit avec accord de la région en cas de : / () renouvellement des contrats et conventions, s'agissant de leur définition y compris du choix de mode de gestion et de l'allotissement, dont l'échéance aurait des impacts au-delà du 31 décembre 2022 et dont l'impact financier irait au-delà des accords prévus dans le cadre du comité de suivi ; / ()L'arbitrage de la région sera sollicité par courrier argumenté faisant suite à un dialogue technique ; une fois l'arbitrage obtenu par courrier de la région, il sera automatiquement consigné à l'état récapitulatif (tableau de bord partagé avec la région) et pris en compte pour l'arrêt annuel du budget et des décisions modificatives ainsi que pour le calcul de la compensation régionale. / L'accord de la région sera réputé acquis à défaut de réponse dans les 30 jours suivant l'avis de réception. ".

7. Il résulte de la convention de délégation en matière de transports précitée que le département était compétent pour conclure le contrat en cause pour le compte de la région. Si la société requérante soutient qu'eu égard à la durée du contrat s'étendant au-delà du 31 décembre 2022, il appartenait au département de rechercher l'accord préalable de la région, ce moyen n'est pas en rapport direct avec son éviction et ne peut, par suite, être utilement soulevé. Au surplus, il résulte de l'instruction que la région Auvergne-Rhône-Alpes a implicitement donné son accord à la demande d'avis présentée par le département de l'Isère le 9 décembre 2019. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du département doit être écarté.

8. Aux termes de l'article L.2112-5 du code de la commande publique : " La durée du marché est définie en tenant compte de la nature des prestations et de la nécessité d'une remise en concurrence périodique, dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat, sous réserve des dispositions du présent livre relatives à la durée maximale de certains marchés. "

9. Si la société requérante soutient que la durée du contrat litigieux, fixée à huit ans, serait excessive, elle n'apporte pas de précision sur les conséquences de cette clause sur l'élaboration de son offre. Ainsi, le manquement allégué, à le supposer établi, n'est pas en lien direct avec l'éviction de la société requérante. Par suite, le moyen doit être écarté comme étant inopérant.

10. La requérante soutient que la pondération du critère prix à hauteur de 60% et le choix de retenir un groupement d'entreprises situées hors du département méconnaissent l'objectif " faciliter l'accès des TPE et PME à la commande publique, pour soutenir l'emploi local " et l'engagement départemental de " sélectionner les offres les mieux disantes () en adaptant les critères de sélection des offres aux spécificités du marché et en veillant à ce que le critère prix ne prévale pas de façon systématique " contenus dans la charte départementale de la commande publique approuvée par délibération du conseil départemental du 30 mars 2018. De telles préconisations d'ordre général, hors marché, sont toutefois dépourvues de toute portée normative et ne sauraient, en tout état de cause, avoir pour effet de restreindre l'accès à la commande publique d'entreprises situées en dehors du département ou d'imposer une pondération du critère prix. Le moyen doit, par suite, être écarté.

11. Aux termes de l'article L. 2111-1 du code de la commande publique : " La nature et l'étendue des besoins à satisfaire sont déterminées avec précision avant le lancement de la consultation en prenant en compte des objectifs de développement durable dans leurs dimensions économique, sociale et environnementale. "

12. A la date où il a procédé à la définition de ses besoins, nécessairement antérieure à la publication de l'avis d'appel public à candidatures intervenue le 19 décembre 2019, le département de l'Isère ne pouvait anticiper les protocoles sanitaires imposés dans les transports publics en raison de la pandémie de Covid 19. Par ailleurs, si l'article 3 de l'ordonnance susvisée du 25 mars 2020 a provisoirement permis aux autorités publiques d'aménager les modalités de mise en concurrence lorsqu'il leur était impossible de les mettre en œuvre, ces dispositions n'ont pas eu pour objet de permettre aux acheteurs publics de procéder à une nouvelle définition de leurs besoins après le lancement de la procédure de consultation et, comme en l'espèce, au stade la remise des offres. Enfin, la circonstance que des manquements au protocole sanitaire par le groupement attributaire aient été constatés relève de l'exécution du marché et est sans influence sur l'appréciation du caractère suffisant de l'analyse des besoins, qui sont librement définis par l'autorité publique. Le moyen tiré de l'insuffisante définition des besoins doit, par suite, être écarté.

13. Aux termes de l'article R.2143-12 du code de la commande publique : " Si le candidat s'appuie sur les capacités d'autres opérateurs économiques, il justifie des capacités de ce ou ces opérateurs économiques et apporte la preuve qu'il en disposera pour l'exécution du marché. Cette preuve peut être apportée par tout moyen approprié. "

14. Il résulte de l'instruction qu'une étroite relation existe entre la société Suma et les quatre sociétés membres du groupement attributaire qui partagent, pour trois d'entre elles, le même dirigeant ainsi que certains véhicules et qui sont, en outre, liées par un contrat de sous-traitance dans le cadre de l'exécution du présent marché. Toutefois, en dépit de ce lien et des manquements relevés par la société Faure en cours d'exécution du contrat, aucun élément ne permet de retenir que lors de l'élaboration de son offre, le groupement attributaire, composé de sociétés ayant une existence juridique propre et disposant de références et chiffres d'affaires dans le domaine du transport, entendait s'appuyer sur les capacités de la société Suma. Par suite, il n'appartenait pas au groupement attributaire de justifier des capacités de cette société. Il s'ensuit que la société Cars Faure n'est pas fondée à soutenir que la candidature du groupement attributaire a irrégulièrement été admise faute de justifier des capacités de la société Suma.

15. Il en résulte également que la société requérante ne peut utilement se prévaloir des sanctions frappant la société Suma, qui constitueraient selon elle un motif d'exclusion de la procédure de passation, pour soutenir que le groupement attributaire ne présentait pas les garanties professionnelles suffisantes pour exécuter le marché.

16. Aux termes de l'article R. 2143-11 du code de la commande publique : " Pour vérifier que les candidats satisfont aux conditions de participation à la procédure, l'acheteur peut exiger la production des renseignements et documents dont la liste figure dans un arrêté annexé au présent code. ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 22 mars 2019 fixant la liste des renseignements pouvant être demandés aux candidats aux marchés publics : " I. Dans la mesure où ils sont nécessaires à l'appréciation des capacités techniques et professionnelles des candidats, l'acheteur peut exiger un ou plusieurs renseignements ou documents figurant dans la liste ci-dessous. Pour les marchés publics autres que de défense ou de sécurité, cette liste est limitative. / 1° Une liste des travaux exécutés au cours des cinq dernières années () 2o Une liste des principales livraisons effectuées ou des principaux services fournis au cours des trois dernières années ou, pour les marchés publics de défense ou de sécurité, au cours des cinq dernières années, indiquant le montant, la date et le destinataire public ou privé. () 3o Une déclaration indiquant les effectifs moyens annuels du candidat et l'importance du personnel d'encadrement pendant les trois dernières années ; / () 6o Une description de l'outillage, du matériel et de l'équipement technique dont le candidat disposera pour la réalisation du marché public ; () ".

17. L'article 5-1-2 du règlement de la consultation, relatif aux pièces de candidature, prévoit que, pour justifier de leurs capacités techniques et professionnelles, les entreprises candidates devaient communiquer la liste des principales prestations effectuées au cours des trois dernières années, en indiquant le montant, la date et le destinataire, ainsi que le prévoit le 2° de l'article 3 de l'arrêté du 22 mars 2019 précité. La société requérante critique l'absence de demande d'informations relatives aux effectifs et équipements techniques du groupement attributaire. Toutefois elle n'établit pas, en se bornant à citer une offre d'emploi de la société UTP faisant état de la possibilité de garer son véhicule à proximité de son domicile, que de tels renseignements, prévus par les 3° et 6° du 22 mars 2020 susmentionné, seraient rendus nécessaires par l'objet du marché. Par ailleurs, la société requérante ne peut utilement soutenir qu'auraient dû être demandés les renseignements prévus par le 1° de l'article 3 de l'arrêté du 22 mars 2019 qui concernent les marchés de travaux. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que les renseignements demandés, qui permettaient d'évaluer la capacité des candidats à intervenir dans le champ du marché, auraient été insuffisants pour permettre au département de l'Isère d'apprécier les capacités techniques des candidats. La société requérante n'est donc pas fondée à soutenir que les informations demandées par le département étaient insuffisantes.

18. Aux termes de l'article R. 2142-23 du code de la commande publique : " Les candidatures et les offres sont présentées soit par l'ensemble des membres du groupement, soit par un mandataire qui justifie des habilitations nécessaires pour représenter les autres membres du groupement. Un même opérateur économique ne peut pas être mandataire de plus d'un groupement pour un même marché.". Aux termes de l'article R. 2142-25 du même code : " L'appréciation des capacités d'un groupement d'opérateurs économiques est globale. Il n'est pas exigé que chaque membre du groupement ait la totalité des capacités requises pour exécuter le marché. ".

19. Aux termes de l'article 5-1-2 du règlement de la consultation : " Identification du candidat : nom commercial, dénomination sociale, adresse de son établissement et de son siège social, adresse électronique, numéro de téléphone et de télécopie et numéro SIRET, à défaut numéro d'identification européen ou international ou propre au pays d'origine. Mention du fait que le candidat se présente seul ou en groupement, dans le cas d'un groupement, identification de la nature juridique du groupement (conjoint / solidaire et dans le cas d'un groupement conjoint, mention du fait que le mandataire soit solidaire), identification des membres du groupement et répartition des prestations (pour chaque membre du groupement reprendre les éléments d'identification précisés ci-avant et identifier les prestations réalisées par le membre (et ce, sauf dans le cas d'un groupement solidaire). Les candidats peuvent renseigner le DC 1. ".

20. Contrairement à ce que soutient la société requérante, le règlement de la consultation n'exige pas que la candidature d'un groupement solidaire précise la répartition des prestations entre ses membres. Il n'était pas davantage exigé que chaque société du groupement fournisse individuellement les renseignements demandés, les capacités d'un groupement d'opérateurs économiques s'appréciant à l'échelle globale. Enfin, si la société requérante soutient que deux des sociétés du groupement attributaire n'ont pas fourni l'attestation sur l'honneur prévue par l'article R.2143-3 du code de la commande publique, il ressort toutefois du dossier DC1 rempli par le groupement que le mandataire de celui-ci a coché la case de la rubrique F selon laquelle chaque membre atteste ne pas entrer dans un cas d'exclusion. Dans ces conditions, la société Cars Faure n'est pas fondée à soutenir que la candidature du groupement a irrégulièrement été admise faute pour celui-ci d'avoir fourni l'ensemble des pièces requises.

21. Aux termes de l'article L. 3 code de la commande publique : " Les acheteurs et les autorités concédantes respectent le principe d'égalité de traitement des candidats à l'attribution d'un contrat de la commande publique. Ils mettent en œuvre les principes de liberté d'accès et de transparence des procédures, dans les conditions définies dans le présent code. / Ces principes permettent d'assurer l'efficacité de la commande publique et la bonne utilisation des deniers publics. ".

22. L'identité des opérateurs économiques n'ayant pas d'influence dans la sélection de l'attributaire du contrat, la circonstance qu'aient été présentées à la commission d'appel d'offres des offres anonymisées, sans que cela ait été indiqué dans le règlement de la consultation, ne méconnaît pas le principe de transparence des procédures.

23. Aux termes de l'article L.1414-2 code général des collectivités territoriales : " Pour les marchés publics passés selon une procédure formalisée dont la valeur estimée hors taxe prise individuellement est égale ou supérieure aux seuils européens qui figurent en annexe du code de la commande publique, à l'exception des marchés publics passés par les établissements publics sociaux ou médico-sociaux, le titulaire est choisi par une commission d'appel d'offres composée conformément aux dispositions de l'article L. 1411-5. () ".

24. S'il résulte de l'article L. 1414-2 du code général des collectivités territoriales qu'il appartient à la commission d'appel d'offres de choisir le titulaire du marché, ces dispositions n'interdisent toutefois pas que l'analyse et la proposition de classement des offres soient matériellement réalisées par un service gestionnaire. Il ressort du rapport de la commission d'appel d'offres que la décision de cette dernière a été prise au vu d'un rapport d'analyse des candidatures et des offres présenté par une direction territoriale du département. La commission doit, ainsi, être regardée comme s'étant approprié l'analyse qui lui était soumise. Il ne résulte pas de l'instruction que le choix de l'attributaire aurait été arrêté avant la réunion de la commission d'appels d'offres ni que les membres de cette dernière auraient été empêchés de consulter les offres. Le moyen doit, par suite, être écarté.

25. Le règlement de la consultation prévoit que les offres sont appréciées selon trois critères : le prix des prestations noté sur 60 points, la valeur technique notée sur 5 points et examinée au regard de la qualité de la formation des personnels par rapport aux attentes de la collectivité ainsi que la valeur environnementale notée sur 35 points et examinée au regard des performances des véhicules en matière d'émissions polluantes et de la démarche environnementale de l'entreprise candidate. A l'appui de son moyen tiré de ce que la notation des offres serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation, la société requérante se prévaut de la satisfaction de sa clientèle ainsi que d'événements intervenus postérieurement à la procédure d'appel d'offres dans le cadre de l'exécution du contrat et se borne à formuler des allégations non étayées quant à l'absence de moyens du groupement attributaire. Toutefois ces éléments ne sont pas en lien avec les critères d'appréciation mentionnés plus haut. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment des éléments relatifs à l'analyse comparée des offres et plus particulièrement en ce qui concerne le critère environnemental, que l'appréciation des offres serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

26. Si la requérante soutient que le système de notation revient à neutraliser les critères valeur technique et valeur environnementale compte tenu de la prévalence du critère prix, elle n'apporte aucune précision suffisante permettant d'apprécier la portée de son moyen.

27. Aux termes de l'article L. 2152-5 du code de la commande publique : " Une offre anormalement basse est une offre dont le prix est manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché. ". Aux termes de l'article L.2152-6 du même code : " L'acheteur met en œuvre tous moyens lui permettant de détecter les offres anormalement basses. / Lorsque une offre semble anormalement basse, l'acheteur exige que l'opérateur économique fournisse des précisions et justifications sur le montant de son offre. / Si, après vérification des justifications fournies par l'opérateur économique, l'acheteur établit que l'offre est anormalement basse, il la rejette dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. "

28. Le fait, pour un pouvoir adjudicateur, de retenir une offre anormalement basse porte atteinte à l'égalité entre les candidats à l'attribution d'un marché public. Il résulte des dispositions précitées que, quelle que soit la procédure de passation mise en œuvre, il incombe au pouvoir adjudicateur qui constate qu'une offre paraît anormalement basse de solliciter auprès de son auteur toutes précisions et justifications de nature à expliquer le prix proposé. Si les précisions et justifications apportées ne sont pas suffisantes pour que le prix proposé ne soit pas regardé comme manifestement sous-évalué et de nature, ainsi, à compromettre la bonne exécution du marché, il appartient au pouvoir adjudicateur de rejeter l'offre.

29. La société Cars Faure soutient que le département aurait dû écarter l'offre du groupement attributaire ou lui demander des précisions sur le fondement des dispositions précitées. Toutefois, les écarts de prix constatés entre les deux offres en cause - celle du groupement étant inférieure d'environ 10% - ou entre l'offre du groupement attributaire et l'estimation du pouvoir adjudicateur, d'environ - 6%, ne sont pas, à eux seuls, de nature à faire suspecter le caractère anormalement bas de l'offre du groupement attributaire. Par ailleurs, la requérante ne peut utilement invoquer des manquements de ce groupement dans le cadre de l'exécution du marché pour démontrer que le prix retenu aurait été manifestement sous-évalué. Le moyen doit donc être écarté.

30. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de contestation de la validité du contrat doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions indemnitaires.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

31. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de l'Isère ou de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que la société Cars Faure demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

32. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Cars Faure une somme de 1 500 euros au profit de la région Auvergne-Rhône-Alpes au titre des frais exposés par cette dernière et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Cars Faure est rejetée.

Article 2 : La société Cars Faure versera à la région Auvergne-Rhône-Alpes une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Cars Faure, au département de l'Isère et à la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente rapporteure,

M. Doulat, premier conseiller,

Mme Rogniaux, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

A. Triolet

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

F. Doulat

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2004517

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