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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004527

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004527

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004527
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELAS GRAHAM STORRAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 5 août 2020 et le 2 février 2021, M. A C, représenté par Me Storrar, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre de l'année 2016 ;

2°) à défaut, de condamner l'Etat, ministère de la justice, au paiement de la somme de 37 190 euros majorée des pénalités au titre du préjudice qu'il a subi du fait du retard pris pour publier l'arrêté statuant sur le retrait de ses fonctions de notaire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- c'est pour des raisons indépendantes de sa volonté et étrangères au calendrier des opérations de cession qu'il n'a pas été mis en mesure de respecter le délai de 24 mois entre la première cession du 18 mars 2014 et l'entrée en jouissance de ses droits à la retraite ; c'est uniquement le délai de traitement de son dossier par la chancellerie qui est à l'origine du dépassement du délai de 24 mois ;

- les rappels mis en recouvrement constituent une rupture d'égalité devant les charges publiques puisque les officiers publics et ministériels qui dépendent pour leur nomination et leur retrait d'un arrêté du garde des sceaux, sont de ce fait soumis à des délais de traitement de leur dossier les privant de l'entier bénéfice des dispositions de l'article 151 septies A du code général des impôts ;

- l'administration a dénaturé la loi qui impose de faire valoir ses droits à la retraite et non d'entrer en jouissance de ses droits à la retraite, critère qui résulte uniquement du BOI-BIC-PVMV-40-20-20-30 paragraphes 100 et 101.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 décembre 2020, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées à titre subsidiaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,

- les conclusions de M. Journé, rapporteur public,

- et les observations de Me Storrar représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () "

2. M. C qui demande, à titre subsidiaire, l'indemnisation du préjudice qu'il a subi du fait du retard pris par les services du ministère de la justice pour publier l'arrêté statuant sur le retrait de ses fonctions de notaire n'a présenté aucune demande préalable en ce sens auprès des autorités concernées. Par suite, les conclusions indemnitaires qu'il présente sont irrecevables.

3. Aux termes de l'article 151 septies A du code général des impôts : " I.-Les plus-values soumises au régime des articles 39 duodecies à 39 quindecies, autres que celles mentionnées au III, réalisées dans le cadre d'une activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole, sont exonérées lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° L'activité doit avoir été exercée pendant au moins cinq ans () 3° Le cédant cesse toute fonction dans l'entreprise individuelle cédée ou dans la société ou le groupement dont les droits ou parts sont cédés et fait valoir ses droits à la retraite, dans les deux années suivant ou précédant la cession () ".

4. M. C a cédé les parts qu'il détenait dans la SCP " Pierre C et Marie-Dominique Messie-Rochette " dans le cadre de deux cessions de parts dont l'une, conclue le 10 juin 2013, a pris effet entre les parties le 18 mars 2014 et l'autre, conclue le 4 septembre 2015, a pris effet le 27 janvier 2016. Les plus-values résultant de ces deux cessions ont été exonérées d'impôt sur le revenu en application des dispositions de l'article 151 septies A du code général des impôts. Toutefois, l'administration a remis en cause l'exonération de la plus-value réalisée à l'occasion de la cession du 18 mars 2014 après avoir constaté qu'un délai de plus de deux ans s'était écoulé entre cette cession et la prise d'effet des droits à la retraite de M. C, intervenue le 1er avril 2016.

5. Le requérant reproche à l'administration d'avoir mis en œuvre un critère non prévu par la loi qui exige uniquement, selon lui, que le contribuable ait introduit une demande de liquidation de ses droits à la retraite dans le délai de deux ans, ce qu'il a fait dès lors que la caisse de retraite des notaires a accusé réception de sa demande par un courrier du 5 février 2016. Toutefois, l'administration qui a pris en compte la date à laquelle les droits à la retraite acquis par l'intéressé ont pris effet en application du code de la sécurité sociale, n'a pas dénaturé le texte cité au point 3 ni procédé à une interprétation irrégulière de la loi fiscale.

6. Il résulte de ce qui précède qu'un délai de plus de deux ans s'est écoulé entre la cession de ses parts en 2014 et la date à laquelle il a fait valoir ses droits à la retraite. Par conséquent, la condition de délai prévue par les dispositions du 3° de l'article 151 septies A du code général des impôts n'était pas remplie, sans que M. C puisse utilement faire valoir que le non-respect du délai ne serait pas de son fait mais serait imputable à la chancellerie qui a traité sa demande de retrait dans un délai anormalement long.

7. M. C se prévaut également des termes de la lettre du 20 septembre 2016 adressée par la direction générale des finances publiques au conseil supérieur du notariat selon lesquels : " dans l'hypothèse où un notaire serait dans l'impossibilité de respecter le délai de deux ans entre la cession de son activité et son départ à la retraite pour des motifs ne résultant pas de son fait mais imputables à la durée d'instruction de son dossier par les services du ministère de la justice, une demande d'application mesurée de la loi fiscale peut être sollicitée par l'intéressé ". Toutefois, selon cette même lettre du 20 septembre 2016, le délai de publication des arrêtés de retrait des notaires était de quatre mois, délai conforme à celui mis pour la publication de l'arrêté le concernant. En outre, le requérant n'établit pas qu'il serait concerné par cette mesure de tempérament alors qu'il résulte de l'instruction que le dépassement du délai de deux ans est notamment lié au choix de l'intéressé de céder les parts qu'il détenait dans la SCP à deux ans d'intervalle, et de limiter la décote de ses droits à pension en repoussant la demande de retrait de ses fonctions.

8. Enfin, le moyen selon lequel les rappels mis en recouvrement constituent une rupture d'égalité devant les charges publiques puisque les officiers publics et ministériels sont soumis à des délais de traitement de leur dossier les privant de l'entier bénéfice des dispositions de l'article 151 septies A du code général des impôts, qui a pour effet de mettre en cause la responsabilité sans faute de l'Etat du fait de sa législation et n'entre pas dans l'office du juge de l'impôt, est inopérant à l'appui de la demande de décharge des impositions.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. C est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme B et Mme D, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 202Le rapporteur,

C. B

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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