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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004941

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004941

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004941
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELAS GRAHAM STORRAR

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 7 août 2020 sous le n°2004941, la SAS Asclepios, représentée par Me Storrar, demande au tribunal :

1°) de la décharger des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et pénalités auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2012 et 2013 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie des frais professionnels exposés par son dirigeant en 2012 et 2013 à hauteur de 70 932 euros pour 2012 et 86 032 euros pour 2013 ;

- l'administration fiscale ne prouve pas son intention délibérée d'éluder l'impôt.

Par un mémoire, enregistrés le 18 novembre 2020, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal centre est conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

II. Par un mémoire enregistré le 1er juillet 2021 sous le n°2104238, la SAS Asclepios, représentée par Me Storrar, demande au tribunal :

1°) de la décharger des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et pénalités auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 et 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration fiscale ayant validé, lors d'une vérification de comptabilité ayant porté sur son exercice 2012, les provisions pour créance douteuse qu'elle avait comptabilisées, seul le surplus comptabilisé en 2013 et 2014 peut être remis en cause ;

- le caractère irrécouvrable des créances dont elle a provisionné le montant en 2013 et 2014 était vraisemblable ;

- les pénalités qui lui ont été infligées sur le fondement du b du 1°) de articles 1728 et du D de l'article 1729 du code général des impôts ne sont pas justifiées.

Par un mémoire, enregistré le 10 septembre 2021, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal centre est conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Journé, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Ascplepios est une holding passive ayant pour objet la création et gestion d'établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Lui est fiscalement rattachée, par application de l'article 233 A du code général des impôts, la SARL Epione qui assure les fonctions dites " support " des autres sociétés du groupe. A la suite d'une vérification de comptabilité de cette SARL ayant porté sur ses exercices clos 2012 et 2013 étendue jusqu'au 28 février 2015 en matière de TVA, la SAS Asclepios a été notamment assujettie à des impositions supplémentaires d'impôt sur les sociétés et pénalités dont elle demande la décharge dans l'instance n°2004941. Elle a, par ailleurs, fait l'objet d'une vérification de comptabilité de ses exercices clos 2013 et 2014 à l'issue de laquelle elle a été assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et contributions sociales sur cet impôt au titre de ces deux années. Elle en demande la décharge dans l'instance n°2104238.

2. Les requêtes nos2004941 et 2104238 présentées par la SAS Asclepios concernent le même contribuable et le même impôt. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions présentées dans l'instance n°2004941 :

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

3. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges () celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () Toutefois les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Cette disposition s'applique à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris les indemnités, allocations, avantages en nature et remboursements de frais. ". La déduction des frais généraux mentionnés au 1° du 1 de l'article 39 précité du code général des impôts n'est admise que si ces frais constituent une charge effective, ont été exposés dans l'intérêt direct de l'entreprise et sont appuyés de justifications suffisantes. Il appartient à la société requérante de justifier de la déductibilité de ses charges, dans leur principe comme dans leur montant.

4. Pour la fixation de son bénéfice net imposable, la requérante a déduit de ses résultats les sommes de 140 000 et 150 000 euros qui correspondraient à des frais de déplacement exposés par ses dirigeants en 2012 et 2013. L'intéressée, qui les a fixées forfaitairement, en admet le caractère injustifié à hauteur respectivement de 69 018 euros au titre de 2012 et 63 968 euros au titre de 2013. S'agissant du reliquat, elle produit pour la première fois dans l'instance des tableaux censés en justifier. Toutefois, les mentions figurant dans ces documents ne sont appuyées d'aucun des justificatifs pourtant évoqués. Ne sont ainsi justifiés ni la réalité des déplacements effectués par les dirigeants de la SAS Asclepios ni leur caractère professionnel. Il s'ensuit que la réintégration de ces frais dans les résultats de la requérante doit être confirmée.

En ce qui concerne les pénalités :

5. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

6. Comme exposé précédemment, la SAS Asclepios a comptabilisé forfaitairement des frais dont elle admet le caractère injustifié à hauteur de près de la moitié des sommes en cause. Il ressort par ailleurs des constats opérés par la Cour administrative d'appel de Lyon dans un arrêt n°16LY02190 lu le 27 février 2018, que la requérante s'est livrée aux mêmes agissements au cours de ses exercices 2007 et 2008. Par suite, le caractère délibéré de ce manquement, et, partant, le bien-fondé des pénalités appliquées sont établis.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la SAS Asclepios dans l'instance n°2004941 doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées dans l'instance n°2104238 :

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :

8. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. () ".

S'agissant des impositions établies au titre de 2013 :

9. Les impositions en litige résultent, en premier lieu, de la remise en cause d'une provision de 1 647 501 euros constituée par la SAS Asclepios en raison du caractère douteux de la créance qu'elle détenait sur l'une de ses filiales, la SARL Acropole. Il résulte des indications fournies par l'intéressée qu'à la date de clôture de son exercice 2013, les capitaux propres de la SARL Acropole, sa débitrice, étaient négatifs et que les encours de production de cette dernière, comptabilisés à hauteur de 4 500 000 euros, étaient dépourvus de toute valeur réelle car correspondant aux travaux de construction d'un EHPAD interrompus puis abandonnés au cours de l'année 2010. Dans ces circonstances la SAS Asclepios a pu, à bon droit, regarder comme douteux le recouvrement de la créance qu'elle détenait sur cette SARL sans que puisse lui être opposée la circonstance qu'elle n'a pas engagé d'action en recouvrement contre sa filiale, action peu pertinente compte tenu des liens les unissant. L'intéressée est donc fondée à contester la réintégration, dans ses résultats, de la provision de 1 647 501 euros qu'elle a constituée par application des dispositions précitées et à demander la décharge des impositions supplémentaires d'impôts sur les sociétés qui en résultent.

10. La requérante n'établit en revanche pas le caractère irrécouvrable des créances qu'elle détenait sur les SCI Lippah, Tholos de Luèce, Tholos de Seignières et Tholos de la Pommeraye auprès des associés de ces sociétés. Elle n'est, par suite, pas fondée à contester la remise en cause, par l'administration fiscale, du caractère douteux du recouvrement de ces créances. Il s'ensuit que les rehaussements résultant de la réintégration, dans ses résultats imposables au titre de l'année 2013, des provisions qu'elle a ainsi constituées à tort sont justifiés.

S'agissant des impositions établies au titre de 2014 :

11. Selon les indications de l'administration fiscale, la requérante a souscrit la déclaration de ses résultats de l'année 2014 après expiration du délai légal. Dans ces circonstances, les provisions comptabilisées au titre de cet exercice ne peuvent être regardées comme ayant été régulièrement constituées au sens des dispositions citées au point 8. Il s'ensuit que les conclusions à fin de décharge des impositions établies sur la base des rehaussements dus à leur réintégration dans les résultats imposables de la SAS Asclepios doivent être rejetées.

En ce qui concerne les pénalités :

12. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ".

13. Aux termes de l'article 1729 D du même code : " I. - Le défaut de présentation de la comptabilité selon les modalités prévues au I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales entraîne l'application d'une amende égale à 5 000 € ou, en cas de rectification et si le montant est plus élevé, d'une majoration de 10 % des droits mis à la charge du contribuable ".

14. La SAS Asclepios ne peut utilement se borner à invoquer, en termes généraux, sa collaboration avec l'administration fiscale tout au long de la vérification dont sa comptabilité a fait l'objet pour contester l'application des pénalités instituées par les dispositions citées aux deux points précédents dès lors que la première a uniquement pour objet de sanctionner les carences déclaratives des contribuables et la seconde, le défaut de présentation d'une comptabilité régulière au regard de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales. Il s'ensuit que ses conclusions à fin de décharge des pénalités qui lui ont été infligées ne peuvent être accueillies que dans la limite de celles correspondant à l'imposition mentionnée au point 9.

Sur les frais du litige :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La base d'imposition à l'impôt sur les sociétés de la SAS Asclepios au titre de l'année 2013 est réduite de 1 647 501 euros.

Article 2 : La SAS Asclepios est déchargée de la différence entre les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie en 2013 et celles qui résultent de l'article 1er outre pénalités correspondantes.

Article 3 : L'Etat versera à la SAS Asclepios la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes de la SAS Asclepios est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Asclepios et à la direction spécialisée de contrôle fiscal centre est.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul, premier conseiller,

Mme Permingeat, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.

Le rapporteur,

F. PERMINGEAT

Le président,

T. PFAUWADEL

La greffière,

C. BILLON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s2004941 2104238

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