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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004948

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004948

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004948
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS BARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 août 2020, la SELARL A et associés, représentée par son liquidateur M. C A, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 18 mars 2013 au 31 décembre 2015 ainsi que la décharge d'une amende de 5000 euros qui lui a été infligée sur le fondement de l'article 1729 D du code général des impôts ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'impôt sur les sociétés :

- une comptabilité afférente à l'exercice 2015 a été déposée en retard mais le résultat n'est pas contesté par l'administration ;

- le calcul des suppléments d'impôt sur les sociétés réclamés pour les années 2013 et 2014 n'a jamais été explicité ni justifié ;

- le cumul des trois exercices fait apparaître qu'aucun bénéfice imposable n'est dû ;

Sur la taxe sur la valeur ajoutée :

- le calcul d'un nouveau revenu imposable au titre de l'impôt sur les sociétés a entraîné une créance de taxe sur la valeur ajoutée contestée pour les mêmes raisons que celles exposées précédemment ;

- l'intégralité des pièces afférentes à la taxe sur la valeur ajoutée déductible ont été produites mais rejetées par l'agent vérificateur qui a estimé ces éléments trop tardifs sans avoir pour autant fixé de date butoir ;

- Sur l'amende : les dispositions de l'article 1729 D et de l'article 47 du code général des impôts ne trouvent pas à s'appliquer dès lors que le texte sanctionne le défaut de production de l'intégralité de la comptabilité et non d'une partie ; seuls manquaient les fichiers afférents à la TVA pour la période du 1er janvier au 31 juillet 2015.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Un courrier a été adressé le 15 juin 2022 aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Par lettre du 7 juillet 2022, la SELARL A et associés a informé le tribunal qu'elle souhaitait produire de nouvelles pièces.

Par lettre du 12 juillet 2022, reçue le 18 juillet, un délai supplémentaire d'un mois lui a été accordé.

La clôture de l'instruction est intervenue par ordonnance du 13 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Journé, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) A et associés, créée le 18 mars 2013, qui avait pour associé unique et gérant, M. C A, a été dissoute par une décision du 23 novembre 2015 et M. A est devenu le liquidateur de la société. A la suite d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 18 mars 2013 au 30 juin 2015, période étendue au 31 décembre 2015 s'agissant du contrôle de la taxe sur la valeur ajoutée, des suppléments d'impôt sur les sociétés et de TVA ont été mis à sa charge ainsi qu'une amende de 5 000 euros infligée sur le fondement de l'article 1729 D du code général des impôts. La réclamation présentée par M. A le 31 décembre 2019 ayant été rejetée par une décision du 2 juin 2020, la société demande, dans la présente instance, la décharge des impositions supplémentaires et de l'amende mises en recouvrement le 16 décembre 2016.

2. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () ". Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie excessive dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

3. Il résulte des termes de la proposition de rectification adressée le 29 septembre 2016 à M. A en sa qualité de liquidateur de la société A et associés que les rectifications apportées au résultat imposable de la société au titre des exercices clos le 30 juin 2013 et le 30 juin 2014 correspondent à des charges déduites sans justificatifs. En outre, contrairement à ce qu'il soutient dans sa requête, la proposition de rectification qui détaille les motifs de ces rehaussements et dresse la liste des charges concernées ainsi que leur montant, est suffisamment motivée.

4. S'agissant de l'exercice clos en 2015, la société a remis au service vérificateur lors du contrôle le fichier des écritures comptables de l'exercice clos le 30 juin 2015 faisant apparaître un déficit. Toutefois, en l'absence de dépôt de la déclaration des résultats de ce même exercice malgré l'envoi d'une mise en demeure reçue par la société le 18 mars 2016, l'administration a refusé la prise en compte du déficit. Par ailleurs, après application des dispositions de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales, le résultat rectifié de l'exercice clos en juin 2015 était nul. Par suite, en se bornant à faire valoir qu'une comptabilité afférente à l'exercice 2015 a été déposée en retard mais que le résultat n'est pas contesté par l'administration, la société requérante ne développe aucun moyen utile.

5. Enfin, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que les résultats des exercices clos en 2013 et en 2014 ont été rectifiés et ont donné lieu à la mise en recouvrement de suppléments d'impôt sur les sociétés et à des intérêts de retard. Ainsi, le moyen selon lequel le cumul des trois exercices fait apparaître qu'aucun bénéfice imposable n'est dû, est dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

6. S'agissant de la TVA, il résulte de l'instruction que, sur la période vérifiée, l'administration a comparé le montant du chiffre d'affaires encaissé par la société à celui inscrit sur ses déclarations de TVA et a procédé au rappel des insuffisances constatées. Elle a en outre remis en cause la TVA qui a été déduite en l'absence de facture justificative ainsi qu'une somme déduite par anticipation au cours de la période vérifiée.

7. En se bornant à faire valoir, sans l'établir, que l'intégralité des pièces afférentes à la TVA déductible ont été produites mais rejetées par l'agent vérificateur qui a estimé ces éléments trop tardifs sans avoir pour autant fixé de date butoir, la société ne conteste pas utilement le montant de TVA déductible remis en cause.

8. Enfin, il résulte de ce qui précède que le motif de rehaussement des résultats imposables à l'impôt sur les sociétés qui est lié à la remise en cause des charges déductibles, est différent des motifs fondant les rappels de TVA collectée. Ainsi, le moyen tiré de ce que le calcul d'un nouveau revenu imposable au titre de l'impôt sur les sociétés a entraîné une créance de taxe sur la valeur ajoutée contestée pour les mêmes raisons que celles exposées précédemment, est dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

9. Aux termes de l'article 1729 D du code général des impôts : " Le défaut de présentation de la comptabilité selon les modalités prévues au I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales entraîne l'application d'une amende égale à 5 000 € ou, en cas de rectification et si le montant est plus élevé, d'une majoration de 10 % des droits mis à la charge du contribuable ". Selon l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales : " I.-Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contribuable satisfait à l'obligation de représentation des documents comptables mentionnés au premier alinéa de l'article 54 du code général des impôts en remettant au début des opérations de contrôle, sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables définies aux articles 420-1 et suivants du plan comptable général. Le premier alinéa du présent article s'applique également aux fichiers des écritures comptables de tout contribuable soumis par le code général des impôts à l'obligation de tenir et de présenter des documents comptables autres que ceux mentionnés au premier alinéa du même article 54 et dont la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés. L'administration peut effectuer des tris, classements ainsi que tous calculs aux fins de s'assurer de la concordance entre la copie des enregistrements comptables et les déclarations fiscales du contribuable. L'administration détruit, avant la mise en recouvrement, les copies des fichiers transmis ".

10. Il est constant que la société n'a pas remis au vérificateur le fichier des écritures comptables de la période du 1er juillet 2015 au 31 décembre 2015 lui permettant d'exercer le contrôle des déclarations de TVA de la période. Par suite, l'amende est fondée malgré la remise par la société du fichier des écritures comptables des exercices clos en 2013, 2014 et 2015.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par la SELARL A et associés doivent être rejetées ainsi que celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de la SELARL A et associés est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à la SELARL A et associés représentée par son liquidateur M. C A et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme B et Mme D, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 202Le rapporteur,

C. B

Le président,

J-P Wyss

La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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