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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004955

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004955

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004955
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMAZARS SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 août 2020 et 22 février 2021, Mme D A, représentée par Me Zimmermann et Me Stebler, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des prélèvements sociaux auxquels elle a été assujettie au titre des années 2014, 2015 et 2016 et des pénalités correspondantes ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de lui rembourser la somme de 42 807 euros qu'elle a acquittée à ce titre augmentée des intérêts moratoires ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les lois de financement de la sécurité sociale pour 2018 et 2019 ne sont applicables qu'à raison des revenus disponibles à compter de 2018 à l'exclusion des revenus antérieurs et quelle que soit la date d'émission des rôles correspondants ; dès lors, les prélèvements sociaux recouvrés par rôles émis à compter de 2016 relèvent du règlement n° 883/04 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 sur la coordination des systèmes de sécurité sociale et la décision du Conseil d'Etat du 27 juillet 2015 n° 334551 " de Ruyter " est applicable au litige ;

- toute interprétation contraire mettrait en cause l'égalité entre les contribuables au sens de l'article 6 de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789 ;

- les modalités d'entrée en vigueur de l'article 26 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2019 sont en contradiction avec le principe européen de confiance légitime ainsi qu'avec le principe européen de non-discrimination tels que reconnus par le droit de l'Union européenne ainsi que la Cour européenne des droits de l'Homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 décembre 2020, l'administratrice générale des finances publiques de la direction de contrôle fiscal centre-est conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 14 avril 2021, Mme A demande au tribunal de transmettre au Conseil d'Etat la question prioritaire de constitutionnalité relative à la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution du C du XIV de l'article 26 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2019.

Par un mémoire enregistré le 29 avril 2021, l'administratrice générale des finances publiques de la direction de contrôle fiscal centre-est conclut qu'il n'y a pas lieu à transmettre au Conseil d'Etat la question prioritaire de constitutionnalité présentée par Mme A le 14 avril 2021.

Par ordonnance du 11 février 2022, le président de la 4ème chambre du tribunal a jugé qu'il n'y avait pas lieu de transmettre au Conseil d'Etat la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par Mme A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son préambule ;

- le règlement (CE) n°883/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 2018-1203 du 22 décembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Coutarel, première conseillère,

- les conclusions de M. Journé, rapporteur public,

- et les observations de Me Stebler, avocat de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, résidente fiscale en France, a fait l'objet d'un examen contradictoire de situation fiscale personnelle au motif de défaillances déclaratives. A l'issue des opérations de contrôle, par deux propositions de rectifications du 27 décembre 2017 et du 16 novembre 2018, l'administration fiscale l'a assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, au titre des années 2014, 2015 et 2016, à raison de revenus locatifs pour des biens situés au Danemark, de pensions perçues de ce même pays et des produits de placements et de cessions de valeurs mobilières danois et luxembourgeois. Ces impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 31 janvier 2019 pour l'année 2014 et le 30 avril 2019 pour les années 2015 et 2016. Le 16 octobre 2019, Mme A a notamment contesté les prélèvements sociaux mis à sa charge au titre des années 2014 à 2016. Par une décision du 29 juin 2020, l'administration a partiellement accepté cette réclamation en matière de contribution sociale généralisée et de contribution au remboursement de la dette sociale en raison de son affiliation au régime de sécurité sociale danois. L'administration a toutefois laissé à sa charge les impositions supplémentaires correspondant au prélèvement social de 4,5%, à la contribution additionnelle au prélèvement social de 0,3% et au prélèvement de solidarité de 2%. Mme A demande au tribunal la décharge de ces impositions et des pénalités correspondantes ainsi que le remboursement de la somme de 42 807 euros qu'elle a acquittée à ce titre augmentée des intérêts moratoires.

2. L'article 26 de la loi du 22 décembre 2018 de financement de la sécurité sociale pour 2019 a supprimé le prélèvement de solidarité prévu à l'article 1600-0 S du code général des impôts dont le produit était affecté au Fonds de solidarité vieillesse puis, s'agissant des impositions dont le fait générateur est intervenu à compter du 1er janvier 2018, au budget général de l'Etat, les prélèvements sociaux mentionnés aux articles L. 245-14 et L. 245-15 du code de la sécurité sociale dont le produit était affecté au Fonds de solidarité vieillesse et à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie, et la contribution additionnelle à ces prélèvements mentionnée à l'article L. 14-10-4 du code de l'action sociale et des familles dont le produit était affecté à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie. L'article 26 de cette même loi a substitué à ces prélèvements, à compter du 1er janvier 2019, un prélèvement de solidarité prévu à l'article 235 ter du code général des impôts dont le produit est entièrement affecté au budget général de l'Etat. Ces dispositions s'appliquent, en vertu du A du IX de l'article 26 aux faits générateurs d'imposition intervenant à compter du 1er janvier 2019 et, pour ce qui concerne les prélèvements assis sur les revenus mentionnés à l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale, à compter de l'imposition des revenus de l'année 2018.

3. Toutefois, le C du XIV de ce même article dispose que : " () le produit des prélèvements prévus à l'article 1600-0 S du code général des impôts [prélèvement de solidarité de 2%], aux articles L. 245-14 et L. 245-15 du code de la sécurité sociale [prélèvement de 4,5%] et à l'article L. 14-10-4 du code de l'action sociale et des familles [contribution additionnelle de 0,3%], dans leurs rédactions antérieures à la présente loi, ainsi que des contributions additionnelles prévues au III de l'article L. 262-24 du code de l'action sociale et des familles dans sa rédaction résultant de l'article 3 de la loi n° 2008-1249 du 1er décembre 2008 généralisant le revenu de solidarité active et réformant les politiques d'insertion est affecté dans les mêmes conditions que celles prévues pour les prélèvements mentionnés à l'article 235 ter du code général des impôts, dans sa rédaction résultant de la présente loi ".

4. Ces dispositions ont ainsi pour effet d'affecter au budget général de l'Etat le produit des cotisations dues au titre de l'ancien prélèvement de solidarité prévu à l'article 1600-0 S du code général des impôts, des prélèvements sociaux mentionnés aux articles L. 245-14 et L. 245-15 du code de la sécurité sociale et de la contribution additionnelle à ces prélèvements mentionnée à l'article L. 14-10-4 du code de l'action sociale et des familles recouvrées par l'administration des impôts à compter du 1er janvier 2019, à raison de faits générateurs antérieurs à cette même date.

5. Il résulte de ces dispositions que les produits du prélèvement social de 4,5%, de la contribution additionnelle au prélèvement social de 0,3% et du prélèvement de solidarité de 2% en litige, ayant pour fait générateur les années 2014, 2015 et 2016, mais qui ont été mis en recouvrement en 2019, sont affectés, à compter de l'entrée en vigueur immédiate de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2019, et ce dans les mêmes conditions que celles prévues pour les prélèvements mentionnés à l'article 235 ter du code général des impôts, au budget général de l'Etat. Ces produits ne peuvent dès lors être regardé comme présentant un lien avec les lois qui régissent les branches de la sécurité sociale. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les prélèvements en litige entrent dans le champ d'application du règlement n° 883/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 sur la coordination des systèmes de sécurité sociale entré en vigueur le 1er mai 2010.

6. Mme A soutient, ensuite, que cette interprétation porterait atteinte au principe d'égalité devant la loi fiscale, garanti par l'article 6 de la Déclaration de 1789, en ce qu'elle instituerait une différence de traitement entre les contribuables percevant des revenus sur une même année. Toutefois, une telle différence de traitement, qui résulte de la seule faculté dont dispose à tout moment le législateur, statuant dans le domaine de sa compétence, de modifier les textes antérieurs, est insusceptible de porter atteinte au principe d'égalité devant la loi fiscale.

7. Enfin, il résulte de ce qui a été dit au 5 que les impositions contestées n'entrent pas dans le champ d'application du règlement n° 883/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 sur la coordination des systèmes de sécurité sociale. Mme A ne peut donc utilement se prévaloir de ce que ces rehaussements seraient en contradiction avec le principe de confiance légitime ainsi qu'avec le principe de non-discrimination, principes généraux du droit de l'Union européenne qui ne peuvent être invoqués qu'à l'occasion de la mise en œuvre du droit de l'Union européenne.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A aux fins de décharge des prélèvements sociaux auxquels elle a été assujettie au titre des années 2014, 2015 et 2016 ainsi que des pénalités correspondantes doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant au remboursement de la somme versée assortie des intérêts moratoires ne peuvent qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin d'en examiner la recevabilité, ainsi que celles présentées au titre des dépens et en application de l'article L. 761-1 du code de justice administratives.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme A est rejetée. Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme D A et à l'administratrice générale des finances publiques de la direction de contrôle fiscal Centre-Est

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme B et Mme C, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure,

A. C

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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