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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2005212

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2005212

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2005212
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL PHILIPPE PETIT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 septembre 2020 et des mémoires, enregistrés les 14 janvier 2021 et 29 janvier 2021, M. B A, représenté par Me Sevino, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) la nomination d'un médiateur ;

2°) de condamner la commune de Clonas-sur-Varèze à lui verser la somme de 182 400 euros au titre du préjudice qu'il estime avoir subi de ne pas avoir pu construire sur les parcelles n°AK 300, 298, 297, 290, 287, 155 et 154 dont il est propriétaire, en dépit du permis de construire PC 38 114 98 M 1009 qui lui a été délivré le 20 octobre 1998 ;

3°) d'enjoindre à la commune de " revalider " son permis de construire sous astreinte de 500 euros par jour et d'exécuter dans les 180 jours suivant la notification du jugement, avec pénalité de 500 euros par jour la viabilisation des divers réseaux d'eau, électricité, égouts et communication ;

4°) de lui accorder 4 000 euros au titre du nouveau code de procédure civile ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Clonas-sur-Varèze la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la commune de Clonas-sur-Varèze a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité ;

- il a subi un préjudice résultant de ce qu'il a déjà réalisé d'importants investissements, d'environ 50 000 euros, dans le cadre de l'aménagement de ses parcelles (réalisation d'un revêtement et équipements hydrauliques) et la création des accès ;

- il a été privé des travaux d'envergures prévus par l'arrêté de permis de construire obtenu en 1998 et s'est vu amputé de son droit de propriété inutilement ;

- il a été privé des sommes qu'il aurait dû percevoir au titre des différentes locations auxquelles étaient destinées son bien ;

- la construction de son projet, si elle avait lieu actuellement, représenterait un coût supplémentaire important par rapport aux prix fixés en 1998.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 janvier 2021, 23 avril 2021 et 30 avril 2021, la commune de Clonas-sur-Varèze, représentée par la SELARL Philippe petit et associés, agissant par Me Pyanet, conclut au rejet de la requête et demande la condamnation de M. A à une amende pour recours abusif dont le montant est laissé à la sagesse du tribunal et, que soit mise à la charge du requérant la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Clonas-sur-Varèze fait valoir que :

- aucune médiation ne peut être menée dès lors que le requérant ne parvient pas à démontrer une faute de la commune qui lui aurait causé un préjudice ;

- à titre principal, la requête est irrecevable :

° faute de décision ayant liée le contentieux en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

°pour défaut de ministère d'avocat obligatoire ;

°le requérant ayant déjà introduit une requête au contenu identique sous le n° 1903246, rejetée par ordonnance devenue définitive du 20 novembre 2020 ;

°la requête étant confuse ;

°la requête étant mal dirigée en ce qui concerne le préjudice tiré de l'immobilisation de bien fonciers à la suite de la décision préfectorale de 2014 ;

°les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 4 mars 2019 étant irrecevables, faute de produire la décision attaquée et tardives, faute d'avoir été introduites dans le délai de deux mois et dans le délai raisonnable d'un an ;

°les conclusions tendant à ce que le permis de construire délivré en 1998 " soit revalidé sous astreinte de 500 euros/jour " sont irrecevables ;

°les conclusions tendant à ce que le plan local d'urbanisme approuvé le 13 septembre 2018 soit modifié sont irrecevables ;

°les conclusions tendant à la nomination d'un expert étant irrecevables ;

°les conclusions tendant à sa condamnation à des frais de procès, présentées sur le fondement du code de procédure civile, étant irrecevables ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ; le requérant ne justifie pas l'existence d'un faute et ne justifie pas son préjudice par des pièces probantes.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée le 9 juin 2021.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Paillet-Augey,

- les conclusions de M. Lefebvre, rapporteur public,

- les observations de Me Ivanova, représentant M. A ;

- les observations de Me Frigière, représentant la commune de Clonas-sur-Varèze.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire des parcelles n°AK 300, 298, 297, 290, 287, 155 et 154, situées sur la commune de Clonas-sur-Varèze en Isère. Le 20 octobre 1998, il a obtenu un permis de construire pour la construction d'un abri mobile et d'un bloc sanitaire mobile sur l'une de ces parcelles. En 2004, le périmètre d'étude dans le cadre de la mise à l'étude du projet desserte du bassin annonéen pour la RN 7 et la RN 82 a été créé par l'arrêté préfectoral du 21 octobre 2004 pour une durée de 10 ans, incluant les parcelles du requérant. En 2016 notamment, il a souhaité valoriser ses parcelles, en les lotissant. A cette fin, il a sollicité plusieurs certificats d'urbanisme, invariablement rejetés par le maire de la commune de Clonas-sur-Varèze. Ces parcelles ont par la suite été classées inconstructibles par le plan local d'urbanisme de la commune approuvé le 13 septembre 2018. Le 28 janvier 2019, M. A a déposé une déclaration d'ouverture de chantier et le maire de la commune lui a indiqué par courrier du 3 mars 2019 que celle-ci était irrecevable, le permis de construire délivré en 1998 étant devenu caduc compte tenu de la date à laquelle il a été délivré, en application de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme. M. A demande au tribunal de condamner la commune de Clonas-sur-Varèze à lui verser la somme totale de 182 400 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subi.

Sur la recevabilité :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ". La faculté prévue par ces dispositions constituant un pouvoir propre du juge, les conclusions de la commune de Clonas-sur-Varèze tendant à ce que M. A soit condamné à une telle amende ne sont pas recevables.

3. En second lieu, la saisine d'un médiateur, sur le fondement des dispositions de l'article L. 213-7 du code de justice administrative, constitue un pouvoir propre du juge administratif et ne saurait être demandée par les parties à l'instance. Il s'ensuit que les conclusions du requérant à fin de nomination d'un médiateur ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. La requête de M. A ne permet d'identifier avec certitude aucune illégalité fautive et il n'apporte à l'appui de ses allégations aucune précision de nature à permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

5. Il résulte de tout ce qui précède que ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, notamment celle tirée du défaut de liaison du contentieux.

Sur l'amende pour recours abusif :

6. Compte tenu du fait que M. A saisit régulièrement le tribunal de requêtes manifestement irrecevables ou dépourvues de tout fondement. Dans ces circonstances et au regard de son caractère dépourvu de toute précision permettant d'en apprécier le bien-fondé, la présente requête revêt un caractère abusif. Il y a lieu, dans ces conditions, en application des dispositions de l'article R. 741-12 de condamner le requérant à payer une amende de 500 euros.

Sur les frais de l'instance :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ".

8. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Clonas-sur-Varèze, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. A au titre des frais qu'il a exposés dans la présente instance.

9. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de M. A le versement à la commune de Clonas-sur-Varèze d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions précitées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune de Clonas-sur-Varèze une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. A est condamné à payer une amende pour recours abusif de 500 euros.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Clonas-sur-Varèze.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Beytout, première conseillère,

Mme Paillet-Augey, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

C. Paillet-Augey

Le président,

P. ThierryLa greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 20052122

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