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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2005245

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2005245

mardi 27 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2005245
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantGONDOUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 septembre 2020 et le 3 février 2021, M. D C, représenté par Me Gondouin, doit être regardé comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 18 mai 2020 par laquelle le département de l'Isère a rejeté son recours gracieux contre un indu de revenu de solidarité active ;

2°) d'annuler la décision du 8 juillet 2020 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocation familiales de l'Isère a rejeté son recours gracieux contre un indu de prime d'activité ;

3°) d'annuler la décision du 16 juillet 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Isère a rejeté sa demande de remise de dette et a cédé cette dette au département de l'Isère ;

4°) de le rétablir rétroactivement dans ses droits au revenu de solidarité active ;

5°) de lui restituer les sommes indûment perçues ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat ou la caisse d'allocations familiales de l'Isère la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 18 mai 2020 est entachée d'incompétence ;

- la décision du 8 juillet 2020 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Isère a rejeté son recours gracieux contre l'indu de prime d'activité est entachée d'un vice de procédure dès-lors que la commission n'a pas statué dans le délai de deux mois ;

- la décision du 8 juillet 2020 est entachée d'incompétence ;

- l'indu litigieux n'est pas fondé.

Par des mémoires en défense enregistrés le 29 décembre 2020 et le 10 juin 2021, le département de l'Isère, conclut au rejet de la requête :

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès-lors que M. C n'a pas effectué de médiation préalable auprès du défenseur des droits ;

- les conclusions aux fins de rétablissement de ses droits au revenu de solidarité active sont irrecevables dès-lors qu'il n'a pas fait de recours préalable obligatoire en ce sens ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2021, la caisse d'allocations familiales de l'Isère informe le tribunal qu'elle ne produira pas d'observations.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience publique.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, entendu :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Mme B, représentant le département de l'Isère.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur l'étendue du litige :

1. Il résulte de l'instruction que la caisse d'allocations familiales de l'Isère a notifié un indu de revenu de solidarité active et de prime d'activité à M. C le 17 janvier 2019. Par un recours gracieux notifié à la caisse le 15 juillet 2019 l'intéressé a contesté le bien-fondé de ces indus, ce recours a été rejeté par le conseil départemental de l'Isère le 18 mai 2020 et par la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales le 8 juillet 2020 qui se sont dès-lors substitués à la décision initiale. Enfin, M. C a sollicité une remise gracieuse de sa dette auprès des services de la caisse qui l'ont informé de la transmission de sa dette au département de l'Isère lequel, par une décision du 1er juin 2021, lui a accordé une remise de sa dette de revenu de solidarité active d'un montant de 3 007,78 euros.

2. En l'espèce, M. C conteste le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 5 738,46 euros pour la période d'avril 2017 à décembre 2018 mis à sa charge au motif qu'il n'a pas déclaré percevoir une pension alimentaire durant les années 2017 et 2018. Dès-lors la requête de l'intéressé doit être regardée comme dirigée contre les décisions du 18 mai 2020 et du 1er juin 2021 par lesquelles le département de l'Isère a d'une part rejeté son recours gracieux contestant le bien-fondé de l'indu litigieux et d'autre part, lui a accordé une remise partielle de son indu litigieux.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par le département de l'Isère

3. Aux termes de l'article 2 du décret n°2018-101: " I. - A titre expérimental, dans un nombre limité de circonscriptions départementales choisies en raison de la diversité des situations qu'elles présentent, comprises dans quatre régions au plus et dont la liste est fixée par un arrêté (), sont, à peine d'irrecevabilité, précédés d'une médiation, les recours contentieux formés contre : 1° Les décisions relatives au revenu de solidarité active, prévu à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, prises par le président du conseil départemental sur le recours préalable prévu par l'article L. 262-47 du même code, y compris les refus totaux ou partiels de remise d'indu à titre gracieux ; 2° Les décisions relatives aux aides exceptionnelles de fin d'année qui peuvent être accordées par l'Etat aux allocataires du revenu de solidarité active sur le fondement de l'article L. 121-7 du code de l'action sociale et des familles ; () " Aux termes de l'article 3 du même décret : " Lorsqu'un tribunal administratif est saisi dans le délai de recours contentieux d'une requête dirigée contre une décision entrant dans le champ des articles 1er et 2 et qui n'a pas été précédée d'un recours préalable à la médiation, son président ou le magistrat qu'il délègue rejette cette requête par ordonnance et transmet le dossier au médiateur compétent. II.- La médiation préalable obligatoire est assurée : / 1° Pour les décisions prévues aux 1° à 3° du I, par le Défenseur des droits () ". Aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 6 mars 2018 : " Les départements et circonscriptions départementales dans lesquels les recours devant le tribunal administratif doivent, en application des 1° à 3° du I de l'article 2 du décret du 16 février 2018 susvisé, être précédés d'une médiation sont les suivants : () Isère ; (). "

4. Il résulte de l'instruction que M. C a saisi le Défenseur des droits le 25 septembre 2020, lequel a mis fin à la médiation préalable le 18 juin 2021. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que M. C n'aurait pas saisi le Défenseur des droits en vue de procéder à une médiation préalable manque en fait et doit être écartée.

Sur le bien-fondé de l'indu de prime d'activité :

5. M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 8 juillet 2020 par laquelle la commission de recours amiable a implicitement rejeté son recours gracieux et confirmé un indu de prime d'activité. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. C ne développe aucun moyen à l'encontre du bien-fondé de cet indu. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 8 juillet 2020 doivent être rejetées.

Sur le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active :

6. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge administratif d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

7. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux () ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. (). "

8. Il résulte de l'instruction que si le département de l'Isère soutient qu'il a été informé par l'administration fiscale de la circonstance selon laquelle le requérant a perçu une pension alimentaire durant les années 2017 et 2018 et qu'il n'a pas déclaré ces ressources auprès de ses services, ces allégations ne sont étayées d'aucune pièce permettant de justifier le bien-fondé de l'indu litigieux. Dès-lors, M. C est fondé à demander l'annulation de l'indu litigieux.

Sur la demande de rétablissement de ses droits au revenu de solidarité active :

9. Aux termes de l'article L. 262-37 du code de l'action sociale et des familles : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental : 1° Lorsque, du fait du bénéficiaire et sans motif légitime, le projet personnalisé d'accès à l'emploi ou l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas établis dans les délais prévus ou ne sont pas renouvelés () "

10. En l'espèce, par une décision du 23 août 2019, le département de l'Isère a informé M. C de son intention de suspendre ses droits au revenu de solidarité active au motif qu'il n'a pas signé de contrat d'engagement réciproque. M. C ne conteste pas utilement cette décision et ne fournit aucun élément au dossier justifiant le rétablissement de ses droits au revenu de solidarité active.

Sur la demande d'injonction :

11. La présente décision implique qu'il soit enjoint au département de l'Isère de restituer les sommes éventuellement perçues au titre de l'indu de revenu de solidarité active de 5 738,46 euros mis à sa charge pour la période d'avril 2017 à décembre 2018.

Sur les frais liés au litige :

12. Il n'y a pas lieu, eu égard aux circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 18 mai 2020 et du 1er juin 2021 par lesquelles le département de l'Isère a rejeté le recours gracieux de M. C et lui a accordé une remise gracieuse partielle de cet indu, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales de l'Isère de rembourser les sommes correspondant aux indus de revenu de solidarité active recouvrées, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au département de l'Isère.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2022.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au préfet de l'Isère en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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