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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2005284

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2005284

lundi 20 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2005284
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantPELLICANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 septembre 2020, le 21 septembre 2021, le 31 janvier 2023 et le 15 février 2023, Mme D B, représentée par Me Pellicano, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 26 mai 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Drôme a mis fin à ses droits au revenu de solidarité active, ensemble la décision du 29 septembre 2020 par laquelle la caisse a rejeté son recours préalable ;

2°) d'enjoindre au département de la Drôme de rétablir ses droits au revenu de solidarité active à compter du mois d'août 2018 ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Drôme une somme de 800 euros au titre de son préjudice moral.

Elle soutient que

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- la caisse ne produit aucun élément prouvant l'existence d'une vie de couple avec M. C qu'elle n'aurait pas déclaré.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2022, la caisse d'allocations familiales de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que

- les conclusions indemnitaires de Mme B sont irrecevables car elle n'a pas réalisé de demande préalable ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2023 et le 21 février 2023, le département de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par Mme B dirigés contre le bien-fondé de l'indu ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

M. A a présenté son rapport au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 26 mai 2020, la caisse d'allocations familiales de la Drôme a suspendu les droits de Mme B au revenu de solidarité active. A la suite d'un recours préalable formé par la requérante le 6 juillet 2020, le département de la Drôme a, par une décision du 29 septembre 2020, confirmé la décision initiale du 26 mai 2020. Dans la présente instance, Mme B demande au tribunal d'annuler ces décisions, qu'il soit enjoint au département de la Drôme de rétablir ses droits à l'allocation de revenu de solidarité active à compter d'août 2018 et de l'indemniser à hauteur de 800 euros au titre de son préjudice moral.

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

3. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". Aux termes de l'article R. 262-37 dudit code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ".

4. Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ".

5. Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

6. Pour contester la décision du département de la Drôme, Mme B se limite à la production d'une facture d'eau et soutient que sa consommation, qui serait largement inférieure à la moyenne annuelle, démontrerait qu'elle vit seule à son domicile, situé à Baume-de-Transit (26790). Elle avance également que M. C dispose d'un logement à son nom dans le département des Bouches-du-Rhône et que le logement situé à Baume-de-Transit n'est pour lui qu'une résidence secondaire dans laquelle il ne réside pas régulièrement. Toutefois, il résulte des enquêtes réalisées par les caisses d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône et de la Drôme que M. C et Mme B ont acquis en indivision la maison située à Baume-de-Transit en 2004, que M. C reçoit régulièrement des virements de Mme B et qu'il dispose d'une procuration sur le compte de la requérante. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que M. C réalise de nombreux aller-retour entre Baume-de-Transit et son logement situé à Alleins dans les Bouches-du-Rhône de sorte qu'il ne peut être considéré comme ayant une résidence stable à cette dernière adresse. Par suite, c'est par juste appréciation que le département de la Drôme a pu considérer qu'il existait un faisceau d'indices concordant permettant d'établir l'existence d'une vie de couple entre Mme B et M. C et rejeté son recours préalable contestant la décision mettant fin à ses droits au revenu de solidarité active.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée dans toutes ses conclusions, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le département aux conclusions indemnitaires de Mme B.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à Me Pellicano, au département de la Drôme et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Copie en sera adressée à la caisse familiales de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2023.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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