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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2005318

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2005318

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2005318
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP MILLIAND ALBERTVILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 septembre 2020, Mme B F, représentée par Me Milliand, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier Métropole Savoie à lui verser 10 105 euros ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Métropole Savoie la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité du centre hospitalier Métropole Savoie est engagée en raison d'un défaut de diagnostic de sa fracture déplacée de la malléole postérieure du tibia et de l'absence du docteur C à ses interrogations concernant l'évolution de son état de santé et ses douleurs persistantes ;

- ses préjudices doivent être évalués ainsi :

*déficit fonctionnel temporaire : 275 euros ;

*souffrances endurées : 5 000 euros ;

*déficit fonctionnel permanent : 4 830 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés les 6 avril 2021, 18 janvier 2023 et 20 janvier 2023, le centre hospitalier Métropole Savoie, représenté par Me Ligas-Raymond, conclut à la réduction à de plus justes proportions des sommes demandées au titre des conclusions indemnitaires ainsi qu'à ce que les prétentions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soient ramenées à la somme de 1 000 euros.

Il fait valoir que :

- il s'en remet à la sagesse du tribunal s'agissant de sa responsabilité ;

- les indemnités ne pourront excéder :

*déficit fonctionnel temporaire : 168 euros ;

*souffrances endurées : 2 000 euros ;

*déficit fonctionnel permanent : 3 000 euros ;

Par des mémoires enregistrés les 1er et 4 décembre 2020, la caisse primaire d'assurance maladie demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier Métropole Savoie et le docteur C à lui verser la somme de 3 059,63 euros avec intérêt au taux légal au jour de son mémoire ;

2°) de condamner le centre hospitalier Métropole Savoie et le docteur C à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

3°) de lui réserver le droit de réclamer ultérieurement le remboursement de plus amples débours ;

4°) de condamner le centre hospitalier Métropole Savoie et le Docteur C à lui verser une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que sa créance correspond aux indemnités journalières.

Par courrier du 12 janvier 2023, les parties ont été informées, qu'en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le tribunal était susceptible de soulever un moyen d'ordre public tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions présentées contre le docteur C, praticien hospitalier au centre hospitalier Métropole Savoie.

Le centre hospitalier Métropole Savoie et le docteur C ont présenté des observations sur ce moyen d'ordre public le 18 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la demande préalable ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme A,

- et les observations de Me Flambant pour la requérante et de Me Petit pour le centre hospitalier Métropole Savoie et le docteur C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, née en 1982 et victime d'une chute à son domicile le 28 juin 2015, a été prise en charge au centre hospitalier de Chambéry. Le 29 juin 2015, le Docteur C, praticien hospitalier, a effectué une ostéosynthèse par plaque visée à foyer ouvert en raison d'une fracture des deux os de la jambe gauche. Mme F entend engager la responsabilité du centre hospitalier Métropole Savoie et du docteur C en raison d'un défaut de diagnostic de sa fracture déplacée de la malléole postérieure du tibia et de l'absence de réponse du Docteur C à ses interrogations concernant l'évolution de son état de santé et ses douleurs persistantes.

Sur les conclusions dirigées à l'encontre du Docteur C :

2. Si les fautes commises par les agents publics dans l'exercice de leurs fonctions peuvent constituer des fautes de service de nature à engager la responsabilité de l'administration et si, dans cette mesure, la juridiction administrative est compétente pour apprécier la gravité de ces fautes et condamner la personne publique dont relève l'agent, il ne lui appartient pas en revanche de se prononcer sur les conclusions qui mettent en cause la responsabilité personnelle de ces agents publics. Ainsi, les conclusions de la CPAM du Puy-de- Dôme dirigées contre le docteur C, praticien hospitalier au centre hospitalier Métropole Savoie, doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les conclusions dirigées à l'encontre du centre hospitalier Métropole Savoie :

3. A dire d'experts, à la suite de sa chute, Mme F présentait une fracture des deux os de la jambe mais également une fracture déplacée de la malléole postérieure du tibia qui n'a pas été diagnostiquée par le docteur C. Si ce trait de fracture pouvait être difficilement identifiable sur les clichés radiographiques initiaux réalisés en urgence, il était parfaitement visible sur les clichés ultérieurs successifs en particulier sur le contrôle post-opératoire du 30 juin 2015 qui imposait une reprise opératoire précoce pour réduire cette fracture. Or, la reprise opératoire n'a été réalisée que le 19 janvier 2016 par le docteur E au sein du Médipôle de Savoie. Il résulte de ce qui précède que le défaut de diagnostic de la fracture déplacée de la malléole postérieure du tibia, qui a entraîné un retard de prise en charge, présente un caractère fautif. La responsabilité du centre hospitalier Métropole Savoie est ainsi engagée à raison d'une faute médicale, ce que, du reste, il ne conteste pas.

Sur les préjudices de Mme F :

4. En premier lieu, Mme F a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel à 10% en lien avec le manquement retenu du 29 septembre 2015 à la consolidation le 18 janvier 2016 (112 jours). Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 260 euros.

5. En deuxième lieu, les souffrances endurées par Mme F découlant de la faute retenue peuvent être évaluées à 2,5 sur une échelle qui comporte 7 niveaux. Elles seront justement réparées par le versement d'une indemnité de 3 000 euros.

6. En troisième lieu, le docteur G désigné par le tribunal évalue le taux de déficit fonctionnel permanent en lien avec le manquement retenu à 3%. Compte tenu de l'âge de Mme F à la date de consolidation, il sera fait une juste évaluation de ce préjudice en le fixant à 5 340 euros.

7. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier Métropole Savoie doit être condamné à verser à Mme F une indemnité totale de 8 600 euros.

Sur les demandes de la CPAM du Puy-de-Dôme :

8. La CPAM du Puy de Dôme, qui demande le remboursement de ses débours, produit à cet effet un décompte récapitulant les indemnités journalières versées pour un montant de 3 059,63 euros. Dans ces conditions, la CPAM du Puy-de-Dôme est en droit d'être indemnisée d'un montant de 3 059,63 euros.

9. En revanche, la CPAM du Puy-de-Dôme demande au tribunal de lui réserver le droit de réclamer ultérieurement le remboursement de plus amples débours. Toutefois, il n'appartient pas au tribunal de donner acte de réserves s'agissant de préjudices non susceptibles d'être évalués à la date de la décision.

10. La somme mentionnée au point 8 portera intérêts au taux légal à compter du 1er décembre 2020, date d'enregistrement du premier mémoire de la CPAM du Puy de Dôme.

11. Le centre hospitalier Métropole Savoie versera en outre l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, correspondant au tiers de la somme de 3 059,63 euros, soit 1 020 euros.

Sur les frais d'instance :

12. En premier lieu, les frais et honoraires des expertises réalisées par le docteur G, qui ont été liquidés et taxés à la somme de 750 euros par ordonnance du président du tribunal administratif en date du 14 février 2020, ont été mis à la charge du centre hospitalier Métropole Savoie. Il y a lieu, en application de ces dispositions et de tout ce qui précède, de les laisser à sa charge définitive.

13. En deuxième lieu, il y a lieu, de mettre à la charge du centre hospitalier Métropole Savoie une somme de 1 200 euros à verser aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

14. En dernier lieu, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du centre hospitalier Métropole Savoie une quelconque somme au titre des frais exposés par la CPAM du Puy-de-Dôme et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :Les conclusions dirigées contre le docteur C sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 :Le centre hospitalier Métropole Savoie est condamné à verser à Mme F une somme de 8 600 euros.

Article 3 :Le centre hospitalier Métropole Savoie est condamné à verser une somme de 3 059,63 euros à la CPAM du Puy-de-Dôme en indemnisation des débours exposés pour le compte de Mme F, assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er décembre 2020.

Article 4 :Le centre hospitalier Métropole Savoie est condamné à verser à la CPAM du Puy-de-Dôme une somme de 1 020 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 5 :Les frais d'expertise sont mis à la charge définitive du centre hospitalier Métropole Savoie.

Article 6 :Le centre hospitalier Métropole Savoie versera à Mme F une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 :Le présent jugement sera notifié à Mme B F, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy de Dôme et au centre hospitalier Métropole Savoie.

Copie en sera adressée au docteur G.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Holzem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

La rapporteure,

A. D

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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