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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2005402

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2005402

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2005402
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantKUMMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés les 18 septembre 2020 et 14 octobre 2021, Mme A, représentée par Me Kummer, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 juillet 2020 par laquelle le maire de la commune de La Motte-Saint-Martin a rejeté sa demande indemnitaire préalable ;

2°) de condamner la commune à lui verser la somme 10 820 euros en réparation des préjudices subis suite à l'accident de service survenu le 8 janvier 2015 ;

3°) à titre subsidiaire d'ordonner une expertise afin de fixer les postes de préjudice invoqués ;

4°) de mettre à la charge de la commune de La Motte-Saint-Martin une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la responsabilité de la commune est engagée en application de la jurisprudence " Moya Caville " tant sur du terrain de la responsabilité pour faute que sans faute.

La commune a eu un comportement fautif en l'exposant à des brimades (modification de son régime indemnitaire, consignes contradictoires sur le travail et attitudes ambiguës de l'adjoint aux finances.)

Elle a subi des troubles dans ses conditions d'existence (ou ITT) qui doivent être indemnisés à hauteur de 200 euros sur 15 mois soit 3 000 euros ; des souffrances psychiques qui doivent être indemnisées à hauteur de 3 500 euros et une incapacité permanente de 3% qui doit être indemnisée à hauteur de 4 320 euros (1 440 euros *3%) compte tenu de son âge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2021, la commune de La Motte-Saint-Martin, représentée par Me Tissot, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à la réduction des prétentions indemnitaires de Mme C et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à sa charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir qu'elle n'a commis aucune faute et que la requérante ne justifie pas du quantum de l'indemnisation demandée.

Par lettre du 24 septembre 2021, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 15 octobre 2021, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 9 décembre 2021.

Vu :

- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme FOURCADE,

- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,

- et les observations de Me Tissot, représentant la commune de La Motte-Saint-Martin.

Considérant ce qui suit :

1. Le 8 janvier 2015 Mme C, adjointe administrative alors employée par la commune de La Motte-Saint-Martin a subi un choc émotionnel reconnu imputable au service. Cet accident a été suivi d'un placement en arrêt de travail pour syndrome dépressif réactionnel. Par la présente requête Mme C demande à être indemnisée des préjudices résultant de cet accident.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. La décision du 20 juillet 2020 rejetant la demande préalable formée par la requérante a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de Mme A, qui en formulant les conclusions susanalysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère de recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision de rejet est inopérant et les conclusions à fins d'annulation de celle-ci ne peuvent être que rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité :

3. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, déterminent forfaitairement la réparation des pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par l'accident de service ou la maladie professionnelle, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne.

4. L'imputabilité au service de l'accident survenu le 8 janvier 2015 ayant été reconnue par un arrêté du 23 septembre 2016, devenu définitif, la commune ne peut utilement faire valoir dans le cadre du présent contentieux son incertitude persistante quant à l'existence d'un lien direct entre l'état de santé de la requérante et le service.

5. L'accident engage donc la responsabilité sans faute de la collectivité à l'égard de la requérante en ce qui concerne la réparation des préjudices personnels et des préjudices patrimoniaux d'une autre nature que les pertes de revenus et l'incidence professionnelle survenus du fait de l'accident. Mme A ne demande pas réparation de dommages qui seraient uniquement indemnisables sur le fondement de la faute de la collectivité.

En ce qui concerne la réparation :

6. S'agissant du déficit fonctionnel permanent, l'expertise réalisée le 17 juin 2016 par le docteur B, à la demande de la collectivité fait état d'un taux d'invalidité permanente de 3% à la date de consolidation de l'accident fixée au jour de l'expertise et relève une absence d'état antérieur. Compte tenu de l'âge de la requérante (46 ans à la date de consolidation de l'accident), il y a lieu d'indemniser ce préjudice à hauteur de 4 740 euros en application du référentiel indicatif des cours d'appel.

7. S'agissant du déficit fonctionnel temporaire, en l'absence de données médicales détaillant le taux d'incapacité de la requérante entre la date de l'accident et la date de la consolidation, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui allouant la somme de 500 euros.

8. Compte tenu de la pathologie de la requérante, la réparation des souffrances psychiques endurées par la requérante entre le 8 janvier 2015 et le 17 juin 2016 est assurée par la somme qui lui est allouée au point précédent.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner la réalisation d'une expertise, qu'il y a lieu de condamner la commune de La Motte-Saint-Martin à verser à Mme A une indemnité totale de 5 240 euros.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de la commune de La Motte-Saint-Martin une somme de 1 500 euros à verser à Mme A. Les conclusions présentées par la commune, partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de La Motte-Saint-Martin est condamnée à verser à Mme A une indemnité de 5 240 euros.

Article 2 : La commune de La Motte-Saint-Martin versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de La Motte-Saint-Martin au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et à la Commune de la Motte- Saint-Martin.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, première conseillère,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

La rapporteure,

F. FOURCADE

Le président,

C. VIAL-PAILLERLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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