vendredi 29 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2005506 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL GALLIZIA DUMOULIN ALVINERIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 22 septembre 2020, le 22 février 2023 et le 3 avril 2023, M. C D, représenté par Me Bibal, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier d'Albertville-Moûtiers et son assureur à lui verser la somme de 234 471,40 euros, augmentée des intérêts au taux légal et capitalisation annuelle, en réparation des préjudices subis lors de sa prise en charge du 4 mai 2018 ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Albertville-Moûtiers et de son assureur la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier est engagée compte tenu de l'erreur de diagnostic fautive mise en évidence par le rapport d'expert ;
Ses préjudices sont évalués, dans le dernier état de ses écritures, de la manière suivante :
- 2 035,70 euros au titre des dépenses de santé actuelles ;
- 167 545,80 euros au titre des frais divers;
- 50 000 euros au titre de l'incidence professionnelle ;
- 1 089,90 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
- 3 000 euros au titre des souffrances endurées ;
- 5 800 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
- 5 000 euros au titre du préjudice d'agrément.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 mars 2023, le centre hospitalier d'Albertville-Moûtiers, représenté par Me Dumoulin, conclut à la réduction des prétentions indemnitaires du requérant.
Il fait valoir que :
- sa responsabilité n'est engagée qu'à hauteur de 20% ;
- les demandes d'indemnisation doivent être ramenées à de plus justes proportions.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Holzem,
- les conclusions de Mme E,
- et les observations de Me Servia, représentant M. D, et de Me Massal, représentant le centre hospitalier d'Albertville-Moûtiers.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a été victime d'un accident de ski le 4 mai 2008 ayant notamment entraîné une fracture ouverte des deux os de l'avant-bras droit. Il a été admis au centre hospitalier de Moûtiers et a été opéré le jour même de sa fracture. Dans les suites de cette opération, il a évoqué une perte de sensibilité et une hypomobilité des doigts avec déficit d'extension du poignet. M. D a quitté le centre hospitalier le 9 mai 2008 avec une prescription pour de la rééducation. Compte tenu de la persistance de ses troubles, une radiographie et un électromyogramme ont été réalisés à la suite desquels il a bénéficié d'une reprise chirurgicale à la clinique Saint-Louis de Poissy le 23 mai 2008 et a connu des suites difficiles en rééducation, notamment marqué par l'apparition d'un syndrome épaule/main. D demande au centre hospitalier d'Albertville-Moûtiers la réparation des préjudices subis.
Sur la responsabilité :
2. Le rapport d'expertise contradictoire du Dr B, en date du 7 octobre 2019, missionné à la demande de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) Rhône-Alpes, fait état de ce que les radiographies effectuées lors de la prise en charge de M. D au centre hospitalier de Moûtiers mettaient en évidence une luxation de la tête radiale qui n'a pas été diagnostiquée faute de recherche d'atteinte articulaire dans la diaphyse des os de l'avant-bras. Ce défaut de diagnostic fautif engage la responsabilité du centre hospitalier de Moûtiers sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.
Sur les préjudices indemnisables :
En ce qui concerne la date de consolidation :
3. Il y a lieu de retenir la date du 22 juillet 2010 comme date de consolidation, qui correspond au certificat médical de consolidation établit par le Dr A.
En ce qui concerne la perte de chance :
4. Le rapport d'expertise, comme la CCI, ont évalué la perte de chance de ne pas subir les préjudices dont M. D se prévaut à 20%, en lien avec l'erreur de diagnostic fautive commise par le centre hospitalier de Moûtiers. Il y a donc lieu de fixer cette perte de chance à 20%.
En ce qui concerne les dépenses de santé actuelles :
5. D'une part, le reste à charge correspond à l'hospitalisation du 4 mai 2018 n'est pas en lien avec la faute commise mais avec l'accident de ski dont a été victime M. D. Il ne peut être mis à la charge du centre hospitalier de Moûtiers.
6. D'autre part, le reste à charge de l'appareil Physiotim et des radiologies diagnostic représente un montant total de 2016,70 euros dont 20% est imputable à la faute du centre hospitalier de Moûtiers. La part de préjudice indemnisable, en l'absence de toute demande d'indemnisation formulée par la CPAM qui a été appelée en déclaration de jugement commun, s'élève donc à 403,34 euros.
En ce qui concerne les frais divers :
7. D'une part, les frais d'assistance à expertise engagés par M. D ont vocation à être indemnisés dans leur intégralité pour un montant de 5 450 euros.
8. D'autre part, il résulte du rapport d'expertise que l'état de santé de M. D a nécessité l'emploi, à compter de 2012, d'une orthoptiste afin de l'assister dans son travail de chirurgien ophtalmologiste. Contrairement à ce que soutient le centre hospitalier l'assistance dont M. D a besoin ne se limite pas aux gestes opératoires compte tenu de la perte de force et de la gêne à l'écriture qu'il décrit. L'emploi de cette salariée est à 20% en lien avec la faute.
9. Ainsi jusqu'à février 2023 il est établit que le coût d'emploi de l'orthoptiste représente un montant total de 476 273,78 euros. Jusqu'au jour du jugement, en tenant compte du coût mensuel de cette praticienne au cours de l'année 2022, le coût de cet emploi représente 70 097,70 euros. Le montant de ce préjudice devant être mis à la charge du centre hospitalier de Moûtiers, après application du taux de perte de chance, s'élève donc à 109 274,30 euros.
10. En revanche pour le futur, si M. D demande l'indemnisation de l'emploi de sa salariée jusqu'en juillet 2026, il apparaît que l'âge légal de départ à la retraite pour les chirurgiens-ophtalmologues nés après 1954 est fixée à 67 ans. M. D étant né le 30 octobre 1956, il n'est ni établi ni même allégué une quelconque nécessité de prolongement de son activité au-delà de l'âge légal de départ à la retraite, de sorte que ce préjudice pour l'avenir n'apparaît pas établi.
En ce qui concerne l'incidence professionnelle :
11. Ce poste de préjudice a pour objet d'indemniser les préjudices en lien avec la sphère professionnelle compte tenu, notamment de l'augmentation de la pénibilité du travail. M. D a vu son activité de chirurgien ophtalmologue rendue nettement plus pénible du fait des douleurs et de la perte de force décrits. Ce préjudice sera justement indemnisé par la somme de 2 000 euros, après application du taux de perte de chance.
En ce qui concerne le déficit fonctionnel temporaire :
12. Le déficit fonctionnel temporaire total, correspondant à la seconde hospitalisation de M. D du 23 au 26 mai 2008 est en lien direct et certain avec l'erreur de diagnostic commise, puisqu'elle correspond à la reprise chirurgicale nécessitée du fait de cette faute. Elle doit donc donner lieu à indemnisation dans son intégralité, soit une somme de 90 euros.
13. M. D a été atteint d'un déficit fonctionnel temporaire partiel de classe III du 10 mai 2008 au 22 mai 2008 puis du 27 mai 2008 au 3 octobre 2008, un déficit fonctionnel temporaire de classe II du 4 octobre 2008 au 15 mars 2009 et un déficit fonctionnel temporaire de classe I du 16 mars 2009 au 22 juillet 2010, dont 20% sont imputables à la faute du centre hospitalier de Moûtiers. Il doit être alloué à ce titre une somme de 450 euros.
En ce qui concerne les souffrances endurées :
14. A dire d'expert, les souffrances endurées au cours de la deuxième intervention, les soins et douleurs en rapport et l'attente entre ces deux interventions, peuvent être évaluées à 3,5 sur une échelle de 7 niveaux. Ces souffrances apparaissent en lien direct avec la faute commise, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'appliquer un taux de perte de chance pour ce préjudice. Il sera fait une juste évaluation de ce préjudice en le fixant à la somme de 6 000 euros.
En ce qui concerne le déficit fonctionnel permanent :
15. Ce préjudice a été évalué à 20% dont 4% imputables à la faute. Compte tenu de l'âge de M. D au jour de la consolidation, il y a lieu d'allouer à ce titre une somme de 5 080 euros.
En ce qui concerne le préjudice d'agrément :
16. M. D établit par les pièces qu'il produit qu'il pratiquait, avant l'intervention du 4 mai 2008, le tennis et le golf, activités dont la poursuite s'avère aujourd'hui impossible, compte tenu des séquelles dont il souffre. Il y a lieu d'allouer à ce titre une somme de 400 euros, après application du taux de perte de chance.
17. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Moûtiers doit être condamné à verser à M. D la somme de 129 147,64 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
18. En application de l'article 1231-6 du code civil, les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. En application de ces dispositions, M. D a droit aux intérêts de la somme mentionnée ci-dessus à compter du 1er septembre 2020, date de réception de la demande préalable par le centre hospitalier de Moûtiers. Il a également droit à la capitalisation annuelle des intérêts à compter du 1er septembre 2021.
Sur les frais de procès :
19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier d'Albertville-Moûtiers une somme de 1 500 euros à verser à M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :Le centre hospitalier d'Albertville-Moûtiers est condamné à verser à M. D une somme de 129 147,64 euros.
Article 2 :La somme versée en application de l'article précédent portera intérêts au taux légal à compter du 1er septembre 2020. Les intérêts échus le 1er septembre 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette dernière date seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 :Le centre hospitalier d'Albertville-Moûtiers versera à M. D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. C D, à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines, à la mutuelle Agipi, à Axa France IARD et au centre hospitalier d'Albertville-Moûtiers.
Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Holzem, première conseillère,
Mme Naillon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.
La rapporteure,
J. Holzem
Le président,
C. Sogno
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2005506
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026