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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2005680

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2005680

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2005680
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantMITAUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 septembre 2020 et le 20 juin 2022, Mme C B, représentée par Me Mitaut, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 juillet 2020 par laquelle le département de la Haute-Savoie a rejeté son recours administratif relatif à ses demandes d'ouverture du droit au revenu de solidarité active ;

2°) d'enjoindre au département de la Haute-Savoie de lui verser rétroactivement, depuis le mois d'octobre 2019, le revenu de solidarité active ;

3°) de condamner le département de la Haute-Savoie à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices subis ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au profit de son conseil, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Mme B soutient que :

- sa requête est recevable ;

- les décisions attaquées méconnaissent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- précédemment à la décision attaquée, elle n'a bénéficié que d'une décision verbale ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur d'appréciation quant aux ressources qu'elle a perçues ;

- le département a commis une erreur dans le calcul de l'assiette ;

- elle a subi un préjudice moral et matériel.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 août 2022, le département de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir :

- à titre principal, que la requête est irrecevable, dès lors qu'elle ne remplit pas les conditions posées par l'article R. 411- 1 du code de justice administrative ;

- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le décret n°2019-400 du 2 mai 2019 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a sollicité le 13 avril 2019 le bénéfice du revenu de solidarité active qui lui a été refusé par la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie. À la suite de recours formés par la requérante les 10 et 12 février 2020, le département de la Haute-Savoie a, par la décision attaquée du 27 juillet 2020, confirmé le refus d'octroi de cette allocation à l'intéressée. Dans la présente instance, Mme B demande l'annulation de cette décision et à ce qu'il soit enjoint au département de la Savoie de lui verser rétroactivement le revenu de solidarité active à compter du mois d'octobre 2019, puis de l'indemniser à hauteur de 5 000 euros au titre des préjudices subis.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Mme B fait état de sa situation précaire et demande l'annulation de la décision du 27 juillet 2020 par laquelle le président du conseil départemental lui a refusé le bénéfice du revenu de solidarité active et au versement d'une indemnité en réparation de ses préjudices moral et matériels résultant de ce refus. Dès lors, cette requête comporte des conclusions visant à annuler une décision et des moyens qui permettent au tribunal d'en apprécier le bien-fondé, conformément à l'article R. 411-1 du code de justice administrative qui dispose que " () la requête () contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge ". Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le département de la Haute-Savoie doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies du présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. Il est complété, le cas échéant, par l'aide personnalisée de retour à l'emploi mentionnée à l'article L. 5133-8 du code du travail ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est fixé par décret. Il est revalorisé le 1er avril de chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. / L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat (). ". Aux termes de l'article 1er du décret du 2 mai 2019 portant revalorisation du montant forfaitaire du revenu de solidarité active : " Le montant forfaitaire mensuel du revenu de solidarité active pour un allocataire est de 559,74 euros à compter des allocations dues au titre du mois d'avril 2019 ".

4. Il résulte de l'instruction, notamment de la décision attaquée du 27 juillet 2020, que Mme B s'est vue refuser le bénéfice du revenu de solidarité active au motif que ses ressources dépassaient le plafond d'octroi. Pour refuser cette allocation à la requérante, la caisse d'allocations familiales de la Savoie a retenu dans les ressources mensuelles de l'intéressée la perception d'une somme de 806 euros au titre d'aides familiales et de 200 euros de pension alimentaire pour la période du 1er janvier 2019 au 31 mars 2019, puis, la même somme de 803 euros pour la période du 1er avril 2019 au 31 décembre 2019, puis, la somme de 1 656 euros provenant des salaires de son fils pour les mois d'octobre et novembre 2019 et enfin, la somme de 5 000 euros au titre d'un prêt consenti par le frère de la requérante.

5. Pour contester les sommes prises en compte, Mme B verse au débat l'intégralité de ses relevés bancaires au titre de l'année 2019, dont il n'est pas contesté que ceux-ci procèdent de son unique compte bancaire et lesquels font apparaître, comme elle le soutient, les seuls versements à son crédit de 520 euros en juin 2019, puis 115 euros en août 2019, puis 100 euros en septembre et novembre 2019 et enfin 300 euros, soit un total de 1 135 euros. En outre, il résulte de l'instruction que le fils de l'intéressée a perçu 1 964,03 euros de salaire de septembre 2019 à décembre 2019 qu'il convient de rajouter aux ressources de l'intéressée. Ainsi, et alors qu'il n'est pas contesté en défense que Mme B rembourse par mensualité de 30 euros le prêt consenti par son frère, tel qu'il ressort de l'échéancier qu'elle verse au débat et sur lequel est mentionné le remboursement de deux mensualités, les ressources de l'intéressée s'élèvent en 2019 à 3 099,03 euros. Par ailleurs, si le département verse au débat la décision manuscrite du 3 juillet 2019 mentionnant l'aide financière dont la requérante l'avait informé pour le paiement de son loyer, il ne justifie pas de la somme de 803 euros retenue. Enfin, si le rapport d'enquête mentionne une pension alimentaire de 200 euros prononcée par un jugement du Tribunal de Grande Instance de Thonon-Les-Bains en date du 27 septembre 2005, il n'est pas établi du versement de cette somme au profit de l'intéressée. Ainsi, au regard du montant des ressources de Mme B, il n'apparaît pas qu'il aurait conduit à un dépassement du plafond prévu par les dispositions susvisées. Par suite, Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision du 27 juillet 2020 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a confirmé le refus d'octroi du revenu de solidarité active à Mme B, doit être annulée, sans qu'il soit besoin de statuer sur le moyen tiré de la motivation de cette décision.

7. Dans la mesure où la juridiction n'est pas en mesure de calculer l'éventuel droit au revenu de solidarité active de Mme B, il y a lieu de renvoyer l'intéressée devant l'administration pour y procéder.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

8. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme B aurait formé une demande indemnitaire préalable tendant à l'indemnisation de son préjudice moral. Par suite, en l'absence de décision de l'administration prise sur une demande indemnitaire préalable à la date du présent jugement, ces conclusions doivent être rejetées comme étant irrecevables.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le présent jugement implique qu'il soit procédé à un nouveau calcul de l'éventuel droit au revenu de solidarité active de Mme B à compter du mois d'avril 2019, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

10. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mitaut, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du département de la Haute-Savoie le versement à Me Mitaut de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 27 juillet 2020 par laquelle le département de la Haute-Savoie a confirmé le refus d'octroi du revenu de solidarité active à Mme B est annulée.

Article 2 : Mme B est renvoyée devant le département de la Haute-Savoie pour le réexamen de ses droits au revenu de solidarité active à compter du mois d'avril 2019.

Article 3 : Il est enjoint au département de la Haute-Savoie de réexaminer les droits au revenu de solidarité active de Mme B à compter du mois d'avril 2019, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Il est mis à la charge du département de la Haute-Savoie la somme de 900 euros à verser à Me Mitaut, avocat de Mme B, sous réserve que Me Mitaut renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 6 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Mitaut et au département de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.

Le président,

J-P. A

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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