jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2005724 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ARCANE JURIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 septembre et le 22 décembre 2020, la SAS Cinémonde, représentée par Me Mourot, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge partielle des cotisations de taxe sur les salaires et les pénalités correspondantes qui lui ont été réclamées au titre des années 2016, 2017 et 2018 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les délibérations des assemblées générales du 26 décembre 2014 et 2 janvier 2017 apportent la preuve d'une délimitation des fonctions entre le président et le directeur général confiant à ce dernier l'exclusivité du secteur financier ; l'analyse de l'administration transforme une présomption simple en présomption irréfragable ; il y a lieu de distinguer entre le pouvoir général de représentation à l'égard des tiers et les fonctions dévolues à chacun des dirigeants ; la mission de gestion et de contrôle des finances est une fonction globale qui ne peut être ventilée entre le président et le directeur général, et le fait que le président ait signé des contrats de travail est sans incidence sur la gestion et le contrôle des finances ;
- elle revendique l'application des paragraphes 260 à 280 du BOI-TPS-30, soit un coefficient de 51,47% pour l'année 2016, 23,12% pour l'année 2017 et 18,86% pour l'année 2018 ; le BOFIP peut être appliqué au regard de la TVA sensiblement modifiée.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 novembre 2020, la direction de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de commerce ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Journé, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'une vérification de comptabilité, la SAS Cinémonde a été assujettie à des cotisations de taxe sur les salaires au titre des années 2016, 2017 et 2018. Sa réclamation ayant été rejetée par une décision du 30 juillet 2020, elle demande, dans la présente instance, la réduction du montant de ces cotisations.
Sur l'assiette de la taxe :
2. Aux termes du 1. de l'article 231 du code général des impôts, les employeurs doivent payer une taxe sur les salaires "lorsqu'ils ne sont pas assujettis à la TVA ou ne l'ont pas été sur 90'% au moins de leur chiffre d'affaires au titre de l'année civile précédant celle du paiement desdites rémunérations. L'assiette de la taxe due par ces personnes ou organismes est constituée par une partie des rémunérations versées, déterminée en appliquant à l'ensemble de ces rémunérations le rapport existant, au titre de cette même année, entre le chiffre d'affaires qui n'a pas été passible de la TVA et le chiffre d'affaires total ()".
3. D'une part, lorsque les activités d'une entreprise sont, pour l'exercice de ses droits à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée, réparties en plusieurs secteurs distincts au sens de l'article 209 de l'annexe II au code général des impôts, la taxe sur les salaires doit être déterminée par secteur d'activité, en appliquant aux rémunérations des salariés affectés spécifiquement à chaque secteur le rapport d'assujettissement propre à ce secteur. Toutefois, la taxe sur les salaires des personnels concurremment affectés à plusieurs secteurs doit être établie en appliquant à leurs rémunérations le rapport existant pour l'entreprise dans son ensemble entre le chiffre d'affaires qui n'a pas été passible de la taxe sur la valeur ajoutée et le chiffre d'affaires total.
4. D'autre part, les fonctions de président d'une société par action simplifiée confèrent à leurs titulaires, en vertu de l'article L. 227-6 du code de commerce, les pouvoirs les plus étendus dans la direction de l'entreprise. En vertu du même article, un directeur général peut être nommé afin d'exercer les pouvoirs du président. Il résulte des articles L. 225-51 et L. 222-51-1 du même code, auxquels renvoie l'article L. 227-8 de ce code, que le président et le directeur général d'une société par actions simplifiées sont investis d'une responsabilité générale.
5. S'agissant d'une société holding, les pouvoirs visés au point précédent s'étendent en principe au secteur financier, même si le suivi des activités est sous-traité à des tiers ou confié à des salariés spécialement affectés à ce secteur et si le nombre des opérations relevant de ce secteur est très faible. Toutefois, s'il résulte des éléments produits par l'entreprise que certains de ses dirigeants n'ont pas d'attribution dans le secteur financier, notamment lorsque, compte tenu de l'organisation adoptée, l'un d'entre eux est dépourvu de tout contrôle et responsabilité en la matière, la rémunération de ce dirigeant doit être regardée comme relevant entièrement des secteurs passibles de la taxe sur la valeur ajoutée et, par suite, comme placée hors du champ de la taxe sur les salaires.
6. La SAS Cinémonde est une société holding qui, outre l'activité de gestion de ses titres de participation, réalise des prestations pour ses filiales et exploite trois cinémas. Elle est dirigée par M. Philippe Baud, président de la société, et M. B A, directeur général. Pour le calcul des cotisations en litige, l'administration a appliqué au montant des rémunérations des deux dirigeants, le rapport d'assujettissement énoncé au point 3. La société qui fait valoir que les rémunérations de M. Philippe Baud, président de la société, ne pouvaient être intégrées au calcul de la taxe sur les salaires, se prévaut des délibérations du 26 décembre 2014 et du 2 janvier 2017 par lesquelles l'assemblée générale décide que le président réalise toutes les fonctions techniques au sein de la société et, que compte tenu de sa forte implication dans ce domaine, il n'assure pas la fonction de gestion et de contrôle du secteur financier, et délègue la totalité de cette fonction au directeur général. Toutefois, le président qui, selon les termes mêmes des procès-verbaux joints à la procédure, délègue la fonction de gestion et de contrôle du secteur financier au directeur général, ne peut être regardé comme privé de ses pouvoirs de contrôle et d'intervention dans le secteur délégué. Par suite, c'est à bon droit que les rémunérations perçues par M. D A ont été incluses dans la base imposable à la taxe sur les salaires.
Sur la détermination du rapport d'assujettissement :
7. Il résulte des dispositions du 1. de l'article 231 du code général des impôts citées au point 2 que le rapport d'assujettissement est déterminé en fonction des recettes et produits de l'année civile précédant celle du paiement des rémunérations imposables.
8. Il ne résulte pas des termes du BOI-TPS-TS-30 que les paragraphes 260 à 280 visés par la société requérante s'appliqueraient à sa situation. En outre, si elle demande l'application du rapport d'assujettissement déterminé au cours de l'année de versement des rémunérations et évoque une modification sensible du taux d'assujettissement, son moyen est dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge doivent être rejetées ainsi que celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de la SAS Cinémonde est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à la SAS Cinémonde et à l'administratrice générale des finances publiques en charge de la direction de contrôle fiscal Centre-Est.
Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme C et Mme E, assesseurs.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.
Le rapporteur,
C. C
Le président,
T. Pfauwadel
La greffière,
V. Barnier
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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