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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2005859

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2005859

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2005859
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELAS ABOCAP CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 octobre 2020 et 8 avril 2021, M. et Mme A B, représentés par la Selas Abocap Conseil, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que les interventions des procédures de vérifications diligentées à l'encontre de l'activité individuelle de M. B ont eu lieu dans les services de l'administration sans qu'il ait donné son accord écrit, que l'administration n'a pas établi une liste des pièces qu'il a remises et n'a pas procédé à la restitution de ces pièces en fin de contrôle et qu'aucun débat oral et contradictoire n'a eu lieu ;

- l'application de la procédure de taxation d'office découle des seules constations opérées par le vérificateur dans le cadre du contrôle ; au demeurant, la mise en œuvre de cette procédure n'a pas été précédée d'une mise en demeure de déposer les déclarations requises ;

- le montant du chiffre d'affaires reconstitué par l'administration fiscal est exagéré dès lors qu'elle n'a pas neutralisé les mouvements de compte à compte et elle n'aurait donc pas dû retenir les versements en espèce ;

- l'intention délibérée pour l'application de la majoration de 40 % prévue par l'article 1729 du code général des impôts n'est pas établie par l'administration ;

- la majoration de 10 % prévue par l'article 1758 A du code général des impôts n'est pas motivée.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 février 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Coutarel, première conseillère,

- et les conclusions de M. Journé, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B exerce une activité individuelle de pose de cloisons et de travaux de peinture depuis l'année 2016. Il a fait l'objet de deux vérifications de comptabilité au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018. Au cours des opérations de contrôle, l'administration a remis à M. B un procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité. Le service a alors procédé à une évaluation du chiffre d'affaires réalisé sur ces trois exercices. Par une proposition de rectification du 26 août 2019, l'administration fiscale a notifié à M. B des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2016 et 2017. Ces rectifications ont été assorties d'une pénalité de 40 % pour manquement délibéré en application de l'article 1729 du code général des impôts et d'une pénalité de 10 % en application de l'article 1758 A du même code. La réclamation de M. et Mme B ayant fait l'objet d'une décision de rejet le 3 août 2020, ils demandent au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables. ". Si ces dispositions ont pour conséquence que toute vérification de comptabilité doit, en principe, se dérouler dans les locaux de l'entreprise vérifiée, la vérification n'est toutefois pas nécessairement entachée d'irrégularité du seul fait qu'elle ne s'est pas déroulée dans ces locaux. Il en est ainsi, lorsque, notamment, dans le cas où le siège de l'entreprise est au domicile du contribuable, les opérations de vérification se déroulent, à la demande du contribuable, dans les locaux de l'administration dès lors que cette circonstance ne fait, par elle-même, pas obstacle à ce que la possibilité d'engager avec le vérificateur un débat oral et contradictoire soit offerte au représentant de l'entreprise vérifiée.

3. Il résulte de l'instruction, d'une part, que la première intervention de contrôle dont M. B a fait l'objet au titre des exercices clos en 2016 et 2017 s'est déroulée au siège social, fixé par le contribuable à son domicile. Les deux autres interventions ont, en revanche, eu lieu dans les locaux de l'administration comme convenu entre le vérificateur et M. B. Dès lors, et contrairement aux allégations du requérant, non corroborées par les pièces du dossier, M. B a bien donné son accord pour que les vérifications de comptabilité aient lieu dans les locaux de l'administration sans que cette dernière n'ait à justifier en pareil cas d'une demande écrite du contribuable. D'autre part, il résulte de l'instruction que M. B ne détenait aucun document comptable, comme en témoigne le procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité qu'il a signé le 7 juin 2019. Le mail du vérificateur du 22 juillet 2019, dont l'intéressé entend se prévaloir, se borne d'ailleurs à demander la copie de factures adressées aux clients. Dès lors, et contrairement à ce que le requérant soutient, le vérificateur n'a emporté aucun document qu'il aurait omis de lister ou de restituer. Au cours de la réunion de synthèse clôturant les opérations de contrôle fiscal, le vérificateur a exposé au requérant les motifs de droit et de fait qui justifient les rectifications proposées ainsi que les pénalités appliquées, préalablement présentés tout au long des procédures de contrôle. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction, et alors même que la vérification de comptabilité de M. B a eu lieu en partie dans les bureaux de l'administration, que celui-ci aurait été privé de la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales : " Peuvent être évalués d'office : / 1° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus provenant d'entreprises industrielles, commerciales ou artisanales, ou des revenus d'exploitations agricoles imposables selon un régime de bénéfice réel, lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 53 A du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal ; / 1° bis Les résultats imposables selon le régime d'imposition défini à l'article 50-0 du code général des impôts dès lors : / a. Qu'un des éléments déclaratifs visé au 3 de l'article précité n'a pas été indiqué ; / () 2° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus non commerciaux ou des revenus assimilés lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 97 du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal ; / () Les dispositions de l'article L. 68 sont applicables sans les cas d'évaluation d'office prévus aux 1° et 2° ". Aux termes de l'article L. 68 du livre des procédures fiscales : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. () ". Aux termes de l'article 50-0 du code général des impôts relatif au régime des micro entreprises : " () / 3. Les contribuables concernés portent directement le montant du chiffre d'affaires annuel et des plus ou moins-values réalisées ou subies au cours de cette même année sur la déclaration prévue à l'article 170. / () ".

5. M. B n'ayant pas déclaré au titre de l'impôt sur le revenu pour les années 2016 et 2017 le montant de ses recettes, c'est à bon droit que l'administration fiscale a évalué d'office ce montant en application du 1 bis de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales qui est exclu du champ d'application des dispositions précitées de l'article L. 68 de ce livre prévoyant la notification d'une mise en demeure. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure d'évaluation d'office doit dès lors être écarté.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

6. En l'absence de comptabilité, l'administration fiscale a reconstitué le chiffre d'affaires de M. B en se fondant sur les informations communiquées directement par l'intéressé ainsi que sur les informations, relevés bancaires et factures obtenus par droit de communication. Les requérants soutiennent que la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires utilisée par l'administration fiscale pour les périodes en litige conduit à un résultat exagéré.

7. Il résulte de l'instruction que les opérations de contrôle ont permis d'établir que M. B encaissait des recettes issues de son activité professionnelle sur son compte bancaire professionnel mais également sur son compte bancaire personnel où des dépôts réguliers d'espèces ont été constatés à hauteur de 680 euros en 2016 et 13 500 euros en 2017. Si les requérants soutiennent que l'administration fiscale a omis de neutraliser des versements intervenus entre ses deux comptes bancaires, ils ne produisent aucun justificatif à l'appui de leur argumentation se bornant à lister quelques retraits et dépôts intervenus à des dates et pour des montants sans concordance exacte. Dans ces conditions, ils ne sont pas fondés à soutenir que les versements d'espèces ne pouvaient être pris en compte pour déterminer le chiffre d'affaires reconstitué au titre de la période vérifiée.

Sur les pénalités :

8. Selon l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

9. Pour assortir les droits supplémentaires réclamés à M. B au titre de l'année 2016 d'une majoration de 40%, l'administration a relevé que l'intéressé a omis de déclarer les revenus tirés de son activité professionnelle alors qu'il ne pouvait ignorer qu'ils étaient imposables à l'impôt sur les revenus. Elle a ainsi suffisamment motivé la pénalité appliquée et démontré l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.

10. Aux termes de l'article 1758 A du code général des impôts : " I. - Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits mis à la charge du contribuable ou de la créance indue. () "

11. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 26 août 2019 reprend les termes de l'article 1758 A, précise le taux de 10 % de la majoration appliquée, son assiette, ainsi que son fondement juridique. Ainsi, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la pénalité est suffisamment motivée.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par M. et Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. et Mme B est rejetée. Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme C B et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme E et Mme D, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023

La rapporteure,

A. D

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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