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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2005921

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2005921

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2005921
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP FAYOL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2020, Mme A B, représentée par Me Jolivet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le syndicat intercommunal de fourrière animale a rejeté son recours gracieux du 26 juin 2020 ;

2°) de condamner le syndicat intercommunal de fourrière animale (SIFA) à lui verser une somme de 4 596,96 euros au titre des demi-traitements non versés depuis le 1er avril 2020, somme à parfaire, ainsi qu'une somme de 1 500 euros au titre du préjudice moral ;

3°) d'enjoindre au SIFA de lui verser la totalité des demi-traitements auquel elle a droit et de " régler sa situation administrative ", dans un délai de 7 jours, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du SIFA une somme de 2 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la suspension de son demi-traitement a été prise en méconnaissance des articles 27 et 47 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 et de l'article du 17 décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;

- en s'abstenant de toute décision suite à l'avis du comité médical, le syndicat ne lui a pas permis d'être placée dans une position régulière ;

- ces fautes sont de nature à engager la responsabilité du syndicat et à justifier le versement des demi-traitements réclamés, ainsi que l'indemnisation de son préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2022, le syndicat intercommunal de fourrière animale, représenté par Me Blanc, conclut au rejet de la requête.

Le syndicat fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. d'Argenson, premier conseiller,

- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,

- et les observations de Me Breysse, représentant le SIFA.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, adjoint technique territoriale titulaire, exerce les fonctions d'agent de fourrière animale au sein du syndicat intercommunal de fourrière animale (SIFA), dont le siège est situé à Pierrelatte. Elle a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 27 novembre 2018, à plein traitement pour une durée de 3 mois puis à demi-traitement. Les arrêts de travail s'étant prolongés au-delà d'une durée de 6 mois, le comité médical départemental a été saisi et, par un avis du 6 novembre 2019, il a constaté l'inaptitude temporaire à toute fonction de l'intéressée et son maintien en arrêt de maladie ordinaire à demi-traitement à compter du 23 mai 2019 et jusqu'au mois de mai 2020. De nouveaux arrêts de travail ayant été transmis par Mme B à compter du 24 mai 2020, le comité médical départemental a de nouveau été saisi et a rendu le 4 mars 2021 un avis d'aptitude à la reprise du travail et de placement rétroactif en disponibilité d'office du 23 mai 2020 au 4 mars 2021, lequel a été mis en œuvre par un arrêté du 8 mars 2021. Par un courrier du 30 mars 2021, le SIFA a enjoint à l'intéressée de reprendre son service. Par un courrier du 24 juin 2020, Mme B a, par l'intermédiaire de son conseil, saisi son employeur aux fins de versement du demi-traitement auquel elle estime avoir droit à compter du 1er avril 2020, date à partir de laquelle ses demi-traitements ne lui ont plus été versés, et d'indemnisation de son préjudice moral. Dans la présente instance, elle conteste la décision implicite rejetant cette demande et demande à ce que le SIFA reprenne le versement de ses demi-traitements à compter du 1er avril 2020.

2. Aux termes de l'article 57 de la loi susvisée du 26 janvier 1984, dans sa version applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants () ". Aux termes de l'article 17 du décret susvisé du 30 juillet 1987, dans sa version applicable au litige : " () / Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical. En cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret du 30 septembre 1985 susvisé, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. () ".

3. En l'espèce, il est constant que Mme B, placée en congé de maladie ordinaire à compter du 27 novembre 2018, avait, en application des dispositions précitées, épuisé ses droits à congé de maladie ordinaire à compter du 27 novembre 2019. Si Mme B invoque l'article 47 du décret 14 mars 1986 à l'appui de ses prétentions à voir son demi-traitement maintenu, ces dispositions ne sont pas applicables à la fonction publique territoriale. Elle ne peut donc utilement se prévaloir de ces dispositions. Toutefois, il est également constant que, postérieurement à l'expiration de ses droits à congé de maladie ordinaire à compter du 1er avril 2020, aucune décision de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite n'a été prise avant le 8 mars 2021. Ainsi Mme B est fondée à soutenir qu'elle était en droit de continuer de percevoir un demi-traitement jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa situation, conformément aux dispositions de l'article 17 du décret susvisé du 30 juillet 1987. Il y a donc lieu de condamner le SIFA à verser à Mme B la somme correspondant à ses demi-traitements non versés entre le 1er avril 2020 et le 8 mars 2021, date à laquelle elle a été rétroactivement placée en disponibilité. Mme B est renvoyée devant le syndicat intercommunal de fourrière animale pour la liquidation de cette somme, le tribunal ne disposant pas des éléments de calcul afférents.

4. Le courrier du 26 juin 2020 adressé par le conseil de la requérante à l'employeur de celle-ci doit s'analyser essentiellement comme une demande tendant à ce qu'il lui fasse part de ses intentions, notamment en vue d'une reprise de fonctions, ceci à la suite de l'avis rendu par le comité médical. En ce sens, l'absence de réponse à cette demande de renseignement doit être regardée comme un acte préparatoire ne faisant pas grief à la requérante, laquelle n'est donc pas fondée à en demander l'annulation. Toutefois, il est constant qu'en s'abstenant de toute démarche visant à informer Mme B de ses intentions quant à sa reprise, le SIFA a de fait maintenu cette dernière en dehors de toute position statutaire légale. Eu égard à l'obligation pour la commune de placer ses agents dans une situation régulière, la commune a ainsi, par son inaction à l'issue de l'expiration des droits à congé de maladie ordinaire de l'intéressée et au recours de cette dernière, commis une faute de nature à engager sa responsabilité. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi, compte tenu de l'incertitude qui en est résulté pour l'intéressée, qui a été contrainte de saisir la CADA afin d'obliger son administration à l'informer sur sa démarche de saisine du comité médical, en lui allouant une somme de 500 euros.

5. Les conclusions à fin d'injonction de versement des demi-traitements ayant le même objet que les conclusions pécuniaires, elles ne peuvent qu'être rejetées. Il y a également lieu de rejeter les conclusions aux fins de " régler la situation administrative " de la requérante, ces conclusions étant présentées à titre principal, en l'absence de toute décision faisant grief dont Mme B aurait obtenu l'annulation, ainsi qu'il a été dit au point précédent.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du SIFA une somme de 1 500 euros à verser à Mme B.

DECIDE :

Article 1er : Le syndicat intercommunal de fourrière animale versera à Mme B la somme correspondant à ses demi-traitements non versés entre le 1er avril 2020 et le 8 mars 2021. Mme B est renvoyée devant le syndicat intercommunal de fourrière animale pour la liquidation de cette somme.

Article 2 : Le syndicat intercommunal de fourrière animale est condamné à verser à Mme B une somme de 500 euros en réparation du préjudice moral.

Article 3 : Le syndicat intercommunal de fourrière animale versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au syndicat intercommunal pour la construction et l'exploitation d'un chenil et au syndicat intercommunal de fourrière animale.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

M. d'Argenson, premier conseiller,

Mme Frapolli, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le rapporteur,

P.-H. D'ARGENSON

Le président,

C. VIAL-PAILLERLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2005921

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