mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2005989 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BILLEAU & PANTEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 octobre 2020 et 6 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Pantel, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes (CHUGA) à lui verser une somme de 46 250 euros en réparation du préjudice résultant du harcèlement moral qu'il a subi ;
2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise ;
3°) de mettre à la charge du CHUGA une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a subi des faits de harcèlement moral à l'origine de sa pathologie imputable au service ; ce harcèlement présente le caractère d'une faute ouvrant droit à indemnisation ;
- la responsabilité sans faute du CHUGA doit également être engagée ;
- son préjudice moral et psychique s'élève à une somme de 46 250 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 janvier 2022 et 18 octobre 2022, le centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes (CHUGA), représenté par Me Bracq, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le CHUGA fait valoir que :
- dans ses dernières écritures, le requérant a renoncé à sa demande au titre de l'indemnisation du préjudice moral à hauteur de 20 000 euros, qui correspond à sa réclamation préalable du 13 octobre 2020 ; le contentieux n'ayant pas été lié à hauteur de la somme de 46 250 euros, ces conclusions, relatives à de nouveaux chefs de préjudice, sont irrecevables ;
- aucun agissement constitutif de harcèlement moral n'a été commis.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. d'Argenson, premier conseiller,
- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,
- les observations de Me Pantel, représentant M. B ;
- et les observations de Me Teston, représentant le CHUGA.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, adjoint administratif principal, est employé depuis 1976 par le centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes (CHUGA). Depuis le 1er janvier 2007, il assure les fonctions de chef du standard du CHUGA. Suite à une réorganisation du service et à des difficultés rencontrées dans l'exercice de ses fonctions, M. B a été nommé adjoint du chef du standard à compter du 1er janvier 2017, avant d'être réintégré dans un poste de standardiste à compter de mars 2017. Le 7 juillet 2017, il a formé une déclaration d'accident de service pour un syndrome dépressif réactionnel ayant commencé le 8 février 2017, pour lequel il a été placé en arrêt de travail à compter du 13 mars 2017. Après avoir, dans un premier temps, refusé de reconnaître cet " accident " comme imputable au service, le CHUGA, par un arrêté du 26 février 2019, a accepté de prendre en charge au titre des accidents des service les arrêts de travail qui en ont résulté à compter du 13 mars 2017. Dans la présente instance, M. B sollicite la réparation du préjudice né de sa pathologie liée au service pour la période comprise entre le 13 mars 2017 et le 13 octobre 2020, date de sa réclamation préalable.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Le CHUGA soutient que dans ses dernières écritures, le requérant a renoncé à sa demande au titre de l'indemnisation du préjudice moral à hauteur de 20 000 euros, qui correspond à sa réclamation préalable du 13 octobre 2020 et qu'il se borne, dans ses dernières écritures, à demander l'indemnisation à hauteur d'une somme de 46 250 euros de ses souffrances psychiques et de ses troubles dans ses conditions d'existence. Le contentieux n'ayant pas été lié pour ces nouveaux chefs de préjudice, les conclusions afférentes seraient irrecevables. Toutefois, il résulte de l'instruction que le préjudice de M. B a été déterminé dans son entièreté par une expertise médicale du 10 décembre 2020, postérieure à sa réclamation préalable et à l'introduction de sa requête et que les chefs de préjudice retenus de souffrance psychique, morale et de troubles dans les conditions d'existence, portent sur le même fait générateur et se rattachent suffisamment à la notion de " préjudice moral " pour estimer que le contentieux a été lié par sa réclamation préalable du 13 octobre 2020 à hauteur de la somme finale demandée de 46 250 euros. La fin de non-recevoir doit donc être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
Sur la responsabilité pour faute :
3. M. B reproche en premier lieu à son employeur de l'avoir affecté dans un emploi non conforme à son grade, ce qui aurait contribué à l'apparition du syndrome anxio-dépressif déclaré le 7 juillet 2017 et reconnu imputable au service à compter de ses arrêts de travail initiés le 13 mars 2017. Il résulte de l'instruction qu'à compter d'octobre 2015, M. B a été reclassé dans le corps des adjoints administratifs hospitaliers, au grade d'adjoint administratif principal de 1ère classe. Si M. B soutient qu'il était titulaire du grade de chef de standard par décision du 4 octobre 2007, cette circonstance ne lui donnait aucun droit à conserver les fonctions de chef de standard à l'issue de son reclassement dans le corps des adjoints administratifs hospitaliers intervenu en 2015, qu'il ne conteste pas. L'article 10 alors en vigueur du décret n°90-839 du 21 septembre 1990 portant statuts particuliers des personnels administratifs hospitaliers de la fonction publique hospitalière dispose que " Les adjoints administratifs hospitaliers sont chargés de tâches administratives d'exécution comportant la connaissance et l'application de dispositions législatives ou réglementaires. Ils peuvent également être chargés de fonctions d'accueil et de secrétariat et être affectés à l'utilisation des matériels de communication. ". Les fonctions d'adjoint au chef du standard, puis de standardiste, dans lesquelles M. B a été nommé à compter respectivement de janvier et mars 2017, correspondent à son grade. Aucune faute ne peut donc être imputée à ce titre au CHUGA.
4. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. () ".
5. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral sur le fondement de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
6. En l'espèce, M. B soutient qu'il a subi un harcèlement moral qui a conduit à l'apparition du syndrome anxio-dépressif déclaré le 7 juillet 2017. Il reproche à son employeur, comme il a été dit précédemment, de l'avoir affecté dans un emploi non conforme à son grade, et d'avoir ainsi restreint considérablement ses responsabilités sans raison valable, puisqu'il donnait toute satisfaction, et de l'avoir rabaissé en laissant des agents qui avaient été ses subordonnés devenir ses supérieurs, alors qu'il était en outre âgé de 63 ans. Il indique avoir fait l'objet d'une attitude négative de la part de ses collègues et de sa hiérarchie, qui s'est traduite par de mauvaises évaluations, et n'exclut pas que sa situation puisse avoir un lien avec ses origines antillaises. Toutefois, il résulte de l'instruction et des éléments produits en défense que M. B rencontrait des difficultés de management apparues peu après sa nomination en 2007 comme chef du standard, qui se sont poursuivies et qui ont donné lieu à une proposition d'accompagnement, puis d'un accord pour la mise en œuvre d'une validation des acquis de l'expérience à fin d'obtention d'un bac professionnel accueil clients usagers. Durant cette période, l'intéressé a été trois fois candidat au grade d'adjoint des cadres hospitaliers, sans être retenu. Dans ce contexte, une réflexion sur la réorganisation de plusieurs services techniques a conduit le CHUGA à modifier les fonctions de M. B dans l'intérêt du service. Aucune pièce du dossier ne permet en outre de supposer que M. B aurait été victime d'une quelconque discrimination liée à ses origines. Si la diminution des responsabilités de M. B a pu être légitimement mal ressentie par ce dernier compte tenu de son expérience et de son ancienneté, les faits invoqués ne présentent pas, au vu de l'argumentation exposée par l'administration, le caractère d'un harcèlement moral. M. B ne saurait donc rechercher la responsabilité de son employeur au titre de la faute qu'il aurait commise à ce titre.
Sur la responsabilité sans faute :
7. Les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions instituant ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager sa responsabilité. Toutefois, la circonstance que le fonctionnaire victime d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle ne remplit pas les conditions auxquelles les dispositions mentionnées ci-dessus subordonnent l'obtention d'une rente ou d'une allocation temporaire d'invalidité fait obstacle à ce qu'il prétende, au titre de l'obligation de la collectivité qui l'emploie de le garantir contre les risques courus dans l'exercice de ses fonctions, à une indemnité réparant des pertes de revenus ou une incidence professionnelle. En revanche, elle ne saurait le priver de la possibilité d'obtenir de cette collectivité la réparation de préjudices d'une autre nature, dès lors qu'ils sont directement liés à l'accident ou à la maladie.
8. En l'espèce, la maladie dont a été victime M. B est imputable au service. Ce dernier est donc fondé à demander à son employeur, même en l'absence de faute de celui-ci, la réparation des préjudices personnels subis tels que les souffrances physiques ou morales, le préjudice esthétique ou d'agrément ou les troubles dans les conditions d'existence, pour les différents arrêts de travail imputables au service à compter du 13 mars 2017.
9. Il ressort des termes du rapport médical du docteur C, expert psychiatre, établi le 10 décembre 2020, que le syndrome anxio-dépressif de M. B s'est notamment manifesté, durant la période en litige, par des troubles de l'humeur, des troubles cognitifs et des épisodes d'angoisse. Si M. B indique qu'un taux d'IPP de 15% lui a été reconnu en conséquence de la pathologie imputable au service, il n'invoque pas de préjudice spécifique lié à son déficit fonctionnel permanent et ne donne aucune précision sur les troubles dans les conditions d'existence qui en auraient résulté. Ainsi, il sera fait une juste appréciation du préjudice psychique de M. B en l'évaluant à la somme de 2 000 euros.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner le CHUGA à verser à M. B une somme de 2 000 euros, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise avant dire droit.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHUGA une somme de 1 500 euros à verser à M. B. Les conclusions présentées par le CHUGA sont rejetées.
DECIDE :
Article 1 : Le centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes est condamné à verser à M. B une somme de 2 000 euros en réparation des préjudices consécutifs à sa maladie reconnue imputable au service.
Article 2 : Le centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes.
Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
M. d'Argenson, premier conseiller,
Mme Frapolli, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.
Le rapporteur,
P.-H. D'ARGENSON
Le président,
C. VIAL-PAILLERLe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2005989
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026