jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2006136 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP FAYOL & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 octobre 2020 et 10 juin 2022, M. A D, représentée par Me Blanc du cabinet Fayol et associés, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice moral que lui ont causé les fautes commises par le rectorat, du fait de la sanction illégale dont il a fait l'objet en 2005 et de l'inaction de cette administration dans l'exécution des différentes décisions de justice intervenues par la suite en sa faveur ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a découvert en 2019 lors de son admission à la retraite que sa carrière n'avait pas été correctement reconstituée à la suite de l'annulation de la sanction disciplinaire dont il avait fait l'objet en 2005, par un jugement du tribunal de céans du 12 juin 2009 confirmé par un arrêt de la Cour administrative d'appel de Lyon du 1er avril 2010 ;
- de 2005 et 2007, il a été affecté sur un poste de remplaçant sans avoir été consulté, ce qui constitue une deuxième sanction disciplinaire déguisée et illégale ; le rectorat a refusé de le réaffecter en EREA alors que dix postes étaient vacants ;
- il a subi de multiples contrôles de l'inspection d'académie en 2006 et 2007 ;
-il a été contraint de multiplier les recours administratifs et juridictionnels pour faire valoir ses droits ;
- l'administration a refusé de reconstituer ses droits à la retraite, malgré l'annulation de la sanction d'exclusion qui lui avait été infligée ; elle n'a accepté de le faire qu'après qu'il ait saisi la CAA de Lyon d'une demande d'exécution de son arrêt de 2010 par une lettre du 11 juillet 2019 ;
-il a subi un préjudice moral du fait de la sanction illégale qui lui a été infligée et du retard pris par le rectorat pour exécuter le jugement de 2009 du tribunal de céans.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 30 mars 2021 et 7 juillet 2022, la rectrice de l'académie de Grenoble conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
-l'affectation de M. D sur un poste de remplaçant de 2005 à 2007 n'est pas fautive ;
-elle n'a pas fait preuve d'acharnement envers M. D ; il lui appartenait d'adopter un comportement irréprochable insusceptible d'être sanctionné ;
-le jugement du 12 juin 2009 n'était assorti d'aucune mesure d'exécution ; dès juillet 2010, l'inspecteur d'académie a tout fait pour rétablir M. D dans ses droits ; sa carrière a finalement été reconstituée ;
-la réalité du préjudice moral invoqué n'est pas établi ;
-les créances invoquées par M. D sont prescrites.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- les conclusions de M. B,
- et les observations de Me Breysse, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1.M. A D, instituteur spécialisé, a fait l'objet, par une décision du 2 février 2005 de l'inspecteur d'académie de la Savoie, d'une sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans assortie d'un sursis de dix-huit mois, confirmée par une décision du 1er septembre 2006 du ministre de l'éducation nationale. Par un jugement du 12 juin 2009, le tribunal de céans a prononcé l'annulation de cette sanction au motif qu'elle était manifestement disproportionnée par rapport aux fautes commises. La cour administrative d'appel de Lyon a confirmé ce jugement par un arrêt rendu le 1er avril 2010. Par un jugement du 22 juin 2012, le tribunal de céans a condamné l'Etat à verser à M. D une somme de 10 000 euros en réparation du préjudice financier correspondant aux six mois de traitement qui ne lui ont pas été versés en application de la sanction disciplinaire annulée. Par un courrier du 9 décembre 2016, M. D a demandé au recteur de l'académie de Grenoble à ce que la période de six mois où il a été illégalement suspendu de ses fonctions soit incluse dans son relevé de carrière. Celui-ci a refusé de faire droit à cette demande par une décision du 4 janvier 2017, confirmée par le ministre en charge de l'éducation nationale par une décision du 2 octobre 2017. Par un courrier du 11 juillet 2019, M. D a alors saisi la Cour administrative d'appel de Lyon d'une demande d'exécution de son arrêt du 1er avril 2010. Par un arrêté du 7 octobre 2019, la rectrice de l'académie de Grenoble a finalement reconstitué la carrière de M. D pour y intégrer la période de six mois en cause. Par la présente requête, M. D demande au tribunal, suite au rejet implicite de sa demande préalable en ce sens formulée par un courrier du 23 juin 2020, de condamner l'Etat à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation du préjudice moral qui lui a été causé par le comportement fautif de l'académie de Grenoble.
2.Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'État, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'État, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis () ". Aux termes de l'article 2 de cette même loi " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. / Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance. (). / Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée ". Aux termes de l'article 3 de la même loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ". Aux termes du premier alinéa de son article 7 : " L'administration doit, pour pouvoir se prévaloir, à propos d'une créance litigieuse, de la prescription prévue par la présente loi, l'invoquer avant que la juridiction saisie du litige au premier degré se soit prononcée sur le fond ". Lorsque la responsabilité d'une personne publique est recherchée, les droits de créance invoqués en vue d'obtenir l'indemnisation des préjudices doivent être regardés comme acquis, au sens de ces dispositions, à la date à laquelle la réalité et l'étendue de ces préjudices ont été entièrement révélées, ces préjudices étant connus et pouvant être exactement mesurés.
3.En premier lieu, et en tout état de cause, s'agissant des préjudices moraux invoqués par M. D et résultant de l'illégalité de la sanction dont il a fait l'objet en 2005, de ses affectations à titre provisoire sur des postes de remplaçants au cours des années scolaires 2005-2006 et 2006-2007, ainsi que des inspections dont il a fait l'objet durant cette période, la réalité et l'étendue de ces chefs de préjudices lui étaient entièrement révélées au plus tard dans le courant de l'année 2007. La prescription des créances y afférentes a été interrompue pour la dernière fois et au plus tard par le jugement du tribunal de céans du 22 juin 2012 ayant condamné l'Etat à indemniser M. D du préjudice financier subi du fait de l'illégalité de la sanction dont il avait fait l'objet, et était donc acquise au 1er janvier 2017. De même, la réalité et l'étendue du préjudice moral résultant des différentes démarches qu'il a entreprises à la suite de la sanction qui lui avait été infligée était nécessairement connues de M. D au plus tard à cette même date du 22 juin 2012. Il s'ensuit qu'à la date d'introduction de sa demande préalable, le 23 juin 2020, les créances invoquées par M. D et afférentes aux chefs de préjudices moraux susmentionnés étaient prescrites, et l'exception de prescription quadriennale soulevée par le ministre de l'éducation nationale à leur encontre doit être accueillie.
4.En second lieu, en revanche, en n'intégrant pas la période de six mois où il avait été illégalement suspendu de ses fonctions au relevé de carrière de M. D, et en refusant initialement de faire droit à sa demande en ce sens, formulée par un courrier du 11 juillet 2019, la rectrice de l'académie de Grenoble et le ministre en charge de l'éducation nationale ont commis des fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat. De plus, ces fautes ont nécessairement causé un préjudice moral à M. D, qui a notamment dû saisir la Cour administrative d'appel de Lyon d'une demande d'exécution de son arrêt du 1er avril 2010 pour obtenir que l'administration procède finalement à la reconstitution de sa carrière par un arrêté du 7 octobre 2019. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que M. D aurait eu connaissance que l'administration avait omis de procéder à la reconstitution de sa carrière avant le 9 décembre 2016, date à laquelle il a vainement demandé à ce que cette reconstitution soit réalisée. Il s'ensuit qu'à la date d'introduction de sa demande préalable, le 23 juin 2020, les créances invoquées par M. D et afférentes à ces chefs de préjudice n'étaient pas prescrites, et l'exception de prescription quadriennale soulevée par le ministre de l'éducation nationale doit être écartée. Enfin, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. D du fait des fautes susmentionnées commises par la rectrice de l'académie de Grenoble et le ministre en charge de l'éducation nationale en condamnant l'Etat à lui verser une somme de 1 000 euros en réparation.
5.Il résulte de ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander à ce que l'Etat soit condamné à lui verser une somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral subi du fait que la reconstitution de sa carrière devant être opérée en exécution du jugement du 12 juin 2009 ne l'a été que par un arrêté du 7 octobre 2019.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. D au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. D une somme de 1 000 euros.
Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Copie en sera adressé à la rectrice de l'académie de Grenoble.
Mme Triolet, présidente,
M. C et M. E, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
Le rapporteur,
N. E
La présidente,
A. TRIOLET
La greffière,
J. BONINO
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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01/06/2026