mardi 25 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2006150 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP FAYOL & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés les 21 octobre 2020 et 31 mai 2021, Mme B épouse A, représentée par la SELARL Armajuris, demande au tribunal :
1°) d'ordonner une expertise médicale ayant pour objet de :
- décrire son parcours professionnel et ses multiples affectations,
- décrire les conditions dans lesquelles se sont produits l'accident de service du 3 décembre 2013 et la rechute du 29 février 2016,
- fixer une date de consolidation si elle est intervenue,
- dire s'il est possible d'imputer les arrêts postérieurs au 22 janvier 2020 à l'absence de proposition de poste adapté,
- fixer le taux d'incapacité en déterminant avec précision l'incapacité corporelle et psychique,
- dire si son état de santé actuel est lié à une faute de l'administration (affectations multiples et/ou inadaptées et absence de proposition de poste adapté),
- décrire son préjudice du fait de ses agissements.
2°) d'annuler les décisions des 15 et 25 mai 2020 par lesquelles le centre hospitalier de Valence l'a placée en congé maladie ordinaire, à plein traitement à compter du 22 janvier 2020 puis à mi-traitement à compter du 21 avril 2020 ;
3°) d'enjoindre au centre hospitalier de reconstituer sa carrière sur la base d'un poste de secrétaire médicale (catégorie B) plutôt que d'aide-soignante ;
4°) d'enjoindre au centre hospitalier de lui accorder le bénéfice d'un plein traitement jusqu'à l'attribution d'un poste de travail adapté ;
5°) de condamner le centre hospitalier à lui verser la somme de 65 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de la faute de l'administration et du préjudice réparé autrement que forfaitairement ;
6°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Valence une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Les décisions des 15 et 25 mai 2020 sont illégales faute d'avoir été précédées d'un avis de la commission de réforme en méconnaissance de l'article 13 du décret du 14 mars 1986.
La responsabilité de l'administration est engagée en raison d'un défaut fautif d'aménagement de son poste et du fait de comportements fautifs constitutifs de faits de harcèlement moral et de discrimination. Elle est également engagée à raison de l'accident de service survenu le 3 décembre 2013 en application de la jurisprudence " Moya Caville ".
Elle a subi un préjudice financier tenant à la perte de primes et un préjudice moral qui doivent être indemnisés à hauteur de 65 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 janvier et 15 juin 2021, le centre hospitalier de Valence, représenté par Me Blanc, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme B une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le centre hospitalier conteste les moyens invoqués.
Par lettre du 19 avril 2021, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 31 mai 2021, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 1er octobre 2021.
Un mémoire présenté pour Mme B a été enregistré le 11 octobre 2021, postérieurement à la clôture d'instruction et n'a pas été communiqué.
Vu :
- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réformes, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;
- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,
- et les observations de Me Dupriez, représentant Mme B, et de Me Breysse, représentant le centre hospitalier de Valence.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, aide-soignante, est employée par le centre hospitalier de Valence depuis 1998. Elle a été victime d'un premier accident de service le 3 février 2006, dont on ignore les circonstances, mais qui a été regardé comme consolidé au 29 mai 2006 sans séquelles. Le 2 avril 2007 elle a été victime d'un deuxième accident de service. Elle a trébuché, entraînant un traumatisme costal. Son état de santé a été regardé comme consolidé au 3 octobre 2007 avec un taux d'IPP de 1%. Elle bénéficie de la reconnaissance de travailleur handicapé depuis le 5 mars 2010. Le 3 décembre 2013, elle est victime d'un troisième accident de service en glissant sur le sol mouillé de sanitaires. Sa chute a occasionné des contusions au niveau du rachis cervical et du genou gauche. A compter de cette date, hormis un bref retour à mi-temps thérapeutique, de 13 jours au cours du mois de février 2016, la requérante n'a pas repris le travail. A la suite de deux expertises réalisées par les docteurs Maubert et Griguer les 22 janvier et 20 avril 2020 fixant au 22 janvier 2020 la date de consolidation de l'état de santé de l'intéressée, le centre hospitalier l'a placée en congé maladie ordinaire, à plein traitement du 22 janvier 2020 au 21 avril 2020 puis à mi-traitement à compter de cette date par décisions des 15 et 25 mai 2020. Par la présente requête, Mme B, demande l'annulation de ces deux décisions et présente des conclusions indemnitaires.
Sur les conclusions en annulation des décisions des 15 et 25 mai 2020 la plaçant en congé maladie ordinaire :
2. Mme B ne saurait utilement faire valoir que les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure faute d'avoir été précédées d'un avis de la commission de réforme en méconnaissance des dispositions de l'article 13 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986, dès lors que ces dispositions ne sont pas applicables aux fonctionnaires hospitaliers.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne l'engagement de la responsabilité du centre hospitalier au titre en raison d'un défaut fautif de proposition de poste adapté.
3. La requérante fait valoir que suite à l'avis de la commission de réforme du 7 mars 2017 au terme duquel " la reprise du travail doit intervenir sur un poste impérativement adapté par le médecin de prévention ", le centre hospitalier a commis une faute en l'abstenant de lui proposer un tel poste. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'en vue de la mise en œuvre de l'avis de la commission de réforme, le centre hospitalier, par un courrier du 16 aout 2017, a convoqué la requérante à un rendez-vous avec le médecin du travail pour le 25 septembre 2017 auquel la requérante n'a pas donné suite. Dans ces circonstances, le centre hospitalier, qui justifie des difficultés rencontrées pour entrer en contact avec la requérante, n'a pas commis de faute en s'abstenant de lui proposer un nouveau poste.
En ce qui concerne l'engagement de la responsabilité du centre hospitalier au titre de faits de harcèlement moral et la discrimination au handicap.
4. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 susvisée : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ()". Aux termes de l'article 6 de la même loi " " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race. ".
5. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral ou d'une discrimination, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement ou discrimination. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement ou discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement ou discrimination sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
6. Les faits de harcèlement et discrimination invoqués par Mme B sont afférents à l'absence répétée d'affectation sur un poste adapté à son handicap.
7. D'une part, et s'agissant de la période antérieure à l'accident du 3 décembre 2013, il résulte de l'instruction que la requérante a été affectée dès 2007 sur un poste de secrétaire médicale, ce qui constitue une première adaptation de poste s'agissant d'une aide-soignante. Si le service de médecine préventive a émis des réserves sur l'ergonomie du poste de secrétaire au pôle secrétariat médical occupé en 2010, la requérante a quitté ce poste en mars 2011. S'il n'est pas contesté que la requérante a occupé plusieurs postes entre 2011 et 2013, il ne ressort nullement des pièces du dossier qu'ils n'étaient pas adaptés, la requérante disposant depuis 2010 d'un matériel bureautique adapté.
8. D'autre part, la circonstance, regrettable, que Mme B n'ait pas retrouvé, à son retour à mi-temps thérapeutique en février 2016, le matériel de bureau adapté dont elle disposait avant l'accident de décembre 2013 ne permet pas à elle-seule de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral ou d'une discrimination.
9. Enfin, compte tenu de ce qui a été dit au point 3, l'absence de réaffectation de la requérante postérieurement à l'avis de la commission de réforme du 7 mars 2017 n'est pas de nature à caractériser une situation de harcèlement ou de discrimination.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requérante fondées sur l'existence des faits de harcèlement moral ou d'une discrimination au handicap doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'engagement de la responsabilité du centre hospitalier au titre de la jurisprudence Moya Caville.
11. En troisième lieu, les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite qui instituent en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions instituant ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.
12. S'il est constant que Mme B a été victime le 3 décembre 2013 d'une chute qualifiée d'un accident de service, cette chute survenue sur le sol mouillé de sanitaires ne trouve pas son origine dans un éventuel défaut d'aménagement de son poste. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que cette chute serait imputable à une faute commise dans le fonctionnement ou l'organisation du service. Par conséquent, Mme B pas fondée à demander l'indemnisation de la perte de primes qui n'est pas distincte des pertes de revenus indemnisés forfaitairement en application des principes décrits au point précédent.
13. Si Mme B a souffert de troubles anxio-dépressifs à compter de 2014, il ne ressort pas des pièces du dossier que ceux-ci soient en lien avec la chute survenue en décembre 2013. Au contraire il résulte des propres déclarations de l'intéressée faites aux médecins experts que c'est la contrariété générée par la gestion de sa carrière par le centre hospitalier qui serait à l'origine de ce mal-être, ce qui est distinct de l'accident en lui-même.
14. Il résulte de ce qui précède que, Mme B ne justifie pas de préjudices indemnisables au titre de la jurisprudence Moya Caville.
Sur les conclusions tendant à ce que soit ordonnée une expertise.
15. L'état de santé de la requérante a fait l'objet, entre 2020 et 2021, de 4 expertises, émanant de deux médecins généralistes et de deux psychiatres dont les constatations médicales sont concordantes. En outre, la demande tendant à ce que l'expert décrive sa carrière et ses conditions de travail ne relève pas du champ de compétence d'un médecin. Il s'agit, en outre, d'informations nécessairement détenues par l'intéressée elle-même. Par suite, et compte tenu des conclusions présentées par la requérante, la réalisation d'une nouvelle expertise n'est pas utile à la résolution du litige.
16. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner la réalisation d'une expertise, que les conclusions à fins d'annulation et indemnitaires présentées par Mme B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fins d'injonction.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
17. Les conclusions présentées par Mme B, la partie perdante, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du centre hospitalier de Valence.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Valence au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B épouse A et au centre hospitalier de Valence.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
M. d'Argenson, premier conseiller,
Mme Fourcade, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.
La rapporteure,
F. C
Le président,
C. VIAL-PAILLERLe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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01/06/2026