vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2006188 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | ADP AFFAIRES DROIT PUBLIC IMMOBILIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces et un mémoire, enregistrés les 21 octobre 2020, 3 décembre 2020 et 25 mars 2022, ce dernier étant récapitulatif, M. A B, représenté par Me Py, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'enjoindre à la commune de Sallanches de communiquer l'ensemble des primes versées à ses agents à l'exception de celles qui sont seulement destinées à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions ;
2°) d'annuler la décision implicite du 23 août 2020 par laquelle le maire de la commune de Sallanches a refusé de faire droit à sa demande de réintégration du 26 mars 2020 ;
3°) de condamner la commune de Sallanches à lui verser la somme de 15 775,02 euros en réparation de son préjudice financier et de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral et de ses troubles dans les conditions d'existence ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Sallanches une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été illégalement maintenu en disponibilité jusqu'au 25 janvier 2021, soit pendant plus d'une année à compter de sa demande de réintégration du 27 septembre 2018 ; ce délai est en effet déraisonnable dans la mesure où il était en disponibilité seulement depuis le 1er juillet 2016 et que plusieurs postes correspondant à son grade étaient à pourvoir ;
- il est fondé à demander la réparation du préjudice financier qu'il a subi du fait de cette illégalité fautive, pour un montant correspondant à la différence entre, d'une part, le traitement qu'il aurait perçu en tant qu'agent de la commune de Sallanches, et, d'autre part, les ressources dont il a pu disposer au cours de la même période, ainsi que la réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 janvier 2022 et 9 septembre 2022, la commune de Sallanches, représentée par Me Fyrgatian, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune fait valoir que la requête n'est pas fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n°86-68 du 13 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. d'Argenson, premier conseiller,
- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,
- les observation de Me Py, représentant M. B ;
- et les observations de Me Metzger, représentant la commune de Sallanches.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, technicien principal de 2ème classe, a intégré les effectifs de la commune de Sallanches le 1er décembre 2002. Il a été placé en disponibilité à sa demande pour convenances personnelles, du 1er juillet 2013 au 31 juin 2014, puis pour création d'entreprise du 1er juillet 2014 au 31 juin 2016, enfin, de nouveau, pour convenances personnelles, du 1er juillet 2016 au 31 décembre 2018. Par courrier du 27 septembre 2018, Monsieur B a sollicité sa réintégration à compter du 1er janvier 2019. Faute d'emploi vacant, Monsieur B a été maintenu en disponibilité à compter du 1er janvier 2019, par un arrêté du 21 février 2019. Par courrier du 21 mars 2020, Monsieur B a demandé sa réintégration " sans délai ", considérant que son maintien en disponibilité faute d'emploi vacant serait illégal au regard des emplois vacants dans la commune. Il a finalement réintégré les effectifs de la commune de Sallanches le 25 janvier 2021. Dans la présente instance, il demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de la décision implicite du 23 août 2020 par laquelle le maire de la commune de Sallanches a refusé de faire droit à sa demande de réintégration du 26 mars 2020, et l'indemnisation du préjudice né de son maintien en disponibilité entre le 1er janvier 2019 et le 25 janvier 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 72 de la loi du 26 janvier 1984, dans sa version applicable au litige : " () Le fonctionnaire mis en disponibilité, soit d'office à l'expiration des congés institués par les 2°, 3° et 4° de l'article 57 de la présente loi, soit de droit, sur demande, pour raisons familiales, est réintégré à l'expiration de sa période de disponibilité dans les conditions prévues aux premier, deuxième et troisième alinéas de l'article 67 de la présente loi. Dans les autres cas, si la durée de la disponibilité n'a pas excédé trois années, une des trois premières vacances dans la collectivité ou l'établissement d'origine doit être proposée au fonctionnaire. " Aux termes de l'article 26 du décret du 13 janvier 1986, dans sa version applicable à l'espèce : " () Le fonctionnaire qui a formulé avant l'expiration de la période de mise en disponibilité une demande de réintégration est maintenu en disponibilité jusqu'à ce qu'un poste lui soit proposé dans les conditions prévues à l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 précitée. () "
3. Il résulte de ces dispositions que le fonctionnaire mis en disponibilité pour convenances personnelles a le droit, sous réserve de la vacance d'un emploi correspondant à son grade, d'obtenir sa réintégration à l'issue d'une période de disponibilité. Si ces textes n'imposent pas à l'autorité dont relève le fonctionnaire de délai pour procéder à cette réintégration, celle-ci doit intervenir, en fonction des vacances d'emplois qui se produisent, dans un délai raisonnable.
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que lorsque M. B a sollicité sa réintégration à compter du 1er janvier 2019, puis " sans délai " à compter de sa demande du 26 mars 2020, il était, contrairement à ce qu'il soutient, en position de disponibilité à sa demande et pour un motif n'entrant pas dans la catégorie des placements en disponibilité de droit depuis près de 5 ans et demi, et ne pouvait ainsi bénéficier des dispositions précitées imposant à l'administration de lui proposer une des trois premières vacances dans la collectivité.
5. Toutefois, il est constant que le poste auparavant occupé par M. B était, à la date où il a demandé sa réintégration, occupé par un agent contractuel. Si la commune soutient que M. B ne disposait pas d'un droit à être réaffecté dans l'emploi qu'il occupait avant son départ mais seulement dans un emploi correspondant à son grade, il n'en demeure pas moins que le poste précédemment occupé par M. B avait vocation à être pourvu par un agent titulaire et devait donc être regardé comme vacant. Si, eu égard aux circonstances exposées au point précédent, M. B ne disposait pas d'un droit à être immédiatement réintégré à la date de sa première demande, que ce soit dans son précédent poste ou dans tout autre poste correspondant à son grade, la commune n'établit pas qu'elle était dans l'impossibilité de réintégrer M. B, à tout le moins dans son précédent emploi, à l'issue d'un délai raisonnable, en l'espèce d'une année à compter de sa première demande, soit au 1er janvier 2020, qui correspond à la durée réglementaire pendant laquelle un contractuel peut être recruté afin de pourvoir à un remplacement. Dans ces conditions, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite du 23 août 2020 par laquelle la commune de Sallanches a refusé de le réintégrer.
Sur l'engagement de la responsabilité de la commune :
6. M. B ayant sollicité sa réintégration à compter du 1er janvier 2019, il est fondé à soutenir, pour les motifs exposés au point précédent, que la commune de Sallanches, en s'abstenant de le réintégrer à compter de l'expiration d'un délai raisonnable d'une année, soit au 1er janvier 2020, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
Sur les préjudices :
7. Pour l'évaluation du montant de l'indemnité due au requérant, doit être prise en compte la perte du traitement ainsi que celle des primes et indemnités dont l'intéressé avait, pour la période en cause, une chance sérieuse de bénéficier, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser les frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions. Enfin, il y a lieu de déduire, le cas échéant, le montant des rémunérations que l'agent a pu se procurer par son travail ou les diverses allocations ou indemnités versées du fait de son inactivité au cours de la période d'éviction.
8. M. B est ainsi en droit de prétendre à une indemnité déterminée d'après le montant des traitements, primes et indemnités diverses dont il a été privé entre le 1er janvier 2020, date à laquelle sa réintégration aurait pu avoir lieu, et le 25 janvier 2021, date de sa réintégration par la commune, diminuée des revenus de toute nature qu'il a perçus durant cette même période.
9. L'état de l'instruction ne permettant pas de déterminer le montant de la somme due à M. B, il y a lieu de renvoyer le requérant devant la commune de Sallanches pour qu'il soit procédé à la liquidation de celle-ci, sans qu'il y ait lieu d'ordonner à la commune de produire le montant des primes versées à ses agents.
10. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. B du fait de son absence de réintégration dans un délai raisonnable en lui accordant à ce titre une indemnisation de 500 euros.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à la commune de Sallanches la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle non compris dans les dépens. Il y a en revanche lieu de mettre à la charge de la commune de Sallanches, au même titre, une somme de 1 500 euros au profit de M. B.
DECIDE :
Article 1er : La décision implicite du 23 août 2020 par laquelle le maire de la commune de Sallanches a refusé de faire droit à la demande de réintégration de M. B du 26 mars 2020 est annulée.
Article 2 : La commune de Sallanches est condamnée à payer à M. B une somme correspondant à la différence entre la rémunération qu'il aurait dû percevoir à compter du 1er janvier 2020 et jusqu'au 25 janvier 2021 au titre de son traitement de technicien principal de 2ème classe dans les conditions précisées aux points 7 et 8 et les allocations-chômage et revenus de toute nature que l'intéressé a perçus pendant la même période, calculée selon le principe posé dans le présent jugement, ainsi qu'une somme de 500 euros au titre du préjudice moral.
Article 3 : M. B est renvoyé devant la commune de Sallanches pour le calcul de la somme indiquée à l'article 2.
Article 4 : La commune de Sallanches versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 6 : Les conclusions présentées par la commune de Sallanches sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Sallanches.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
M. d'Argenson, premier conseiller,
Mme Frapolli, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
Le rapporteur,
P.-H. D'ARGENSON
Le président,
C. VIAL-PAILLERLe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2006188
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026