jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2006246 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | PALOMARES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 octobre 2020, la société SLN, représentée par Me Palomares, demande au tribunal :
1°) de lui accorder la décharge des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 mars 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la méthode de reconstitution des encaissements intégrant le compte du factor est nécessairement viciée car elle est contraire aux règles d'exigibilité de la TVA ;
- la seconde méthode utilisant les bordereaux d'encaissement délivrés par la société d'affacturage ne reflète pas les encaissements réels puisque le factor applique à chaque avance qu'il consent et à chaque créance cédée, une retenue de garantie qui n'est débloquée que plus tard.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 février 2021, la direction de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable s'agissant des rappels de TVA portant sur l'application erronée du taux réduit ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Journé, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société SLN qui exerce une activité de location d'engins de terrassement et de travaux de terrassement, a fait l'objet d'une vérification portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 mars 2017, à l'issue de laquelle elle a notamment été assujettie à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) dont elle demande la décharge dans la présente instance.
2. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. () ". Aux termes du 2. de l'article 269 du même code: " La taxe est exigible : () c) Pour les prestations de services () lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits. En cas () de transmission de créance, l'exigibilité intervient () à la date du paiement () de la dette transmise entre les mains du bénéficiaire de la transmission. () "
3. En l'absence de remise en cause du caractère régulier, sincère et probant de la comptabilité de la société, l'administration fiscale ne peut, pour apporter la preuve qui lui incombe de ce que celle-ci n'aurait pas déclaré la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) grevant l'ensemble des recettes encaissées, recourir à une méthode d'évaluation moins précise que les écritures comptabilisées. En particulier, le recours exclusif à une méthode susceptible de révéler l'existence d'anomalies dans les déclarations de la société contribuable ne saurait apporter, faute d'établir que la source des écarts ainsi révélés résulte d'une dissimulation de recettes et non de pratiques commerciales régulières pouvant les expliquer, la preuve que les écarts ainsi relevés doivent faire l'objet de rappels de taxe. Il est en revanche loisible à l'administration de procéder à des tests de cohérence des déclarations de TVA en les rapprochant d'autres éléments tirés de la comptabilité de la société, tels les soldes des comptes de produits et ceux des comptes des clients, corrigés de leurs variations entre l'ouverture et la clôture de la période considérée.
4. Pour déterminer le montant de TVA collectée exigible au 30 mars 2017, l'administration a pris en compte les encaissements inscrits en comptabilité dans les journaux de banque, d'opérations diverses et ceux comptabilisant les créances cédées à une société d'affacturage. Le montant de TVA exigible ainsi déterminé étant supérieur au montant inscrit par la société dans ses déclarations de TVA de la période, l'administration lui a notifié un rappel de 24 203 euros correspondant à l'insuffisance de TVA collectée concernant la période de janvier 2016 à mars 2017. Dans le cadre de sa réponse aux observations du contribuable, l'administration a pris en compte les bordereaux d'encaissements délivrés par la société d'affacturage et a fait application des règles d'exigibilité propres aux créances transmises énoncées au point 2. Elle a maintenu le montant du rappel notifié après avoir constaté que le montant de TVA collectée de la période était en réalité supérieur à celui mentionné dans la proposition de rectification.
5. Il résulte de ce qui précède que l'administration a appliqué les règles d'exigibilité mentionnées au point 2 pour déterminer les encaissements de la période et le montant de TVA collectée correspondant à ces encaissements. Si, dans un premier temps, elle a utilisé uniquement les données comptables à sa disposition ne faisant pas apparaître les paiements des créances entre les mains de la société d'affacturage, cette circonstance favorable à la requérante a eu pour effet de réduire le montant des droits et des pénalités dus par la société. Dans ces conditions, la société SLN n'est pas fondée à soutenir que la méthode mise en œuvre serait nécessairement viciée car contraire aux règles d'exigibilité.
6. La société fait valoir dans sa requête que l'utilisation des bordereaux d'encaissement délivrés par la société d'affacturage ne reflète pas les encaissements réels puisque le " factor " applique à chaque avance qu'il consent et à chaque créance cédée, une retenue de garantie qui n'est débloquée que plus tard. Toutefois, la circonstance qu'une retenue de garantie serait comptabilisée par la société SLN lors de la transmission de la créance est sans incidence sur la règle d'exigibilité énoncée au point 2 et, par suite, sur le montant taxable en litige dans la présente affaire.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par la société SLN doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense. L'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de la société SLN est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à la société SLN et à l'administratrice générale des finances publiques en charge de la direction de contrôle fiscal Centre-Est.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme A et Mme B, assesseurs.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
Le rapporteur,
C. A
Le président,
T. Pfauwadel
La greffière,
L. Rouyer
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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