jeudi 13 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2006301 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | AARPI ASSIER & SALAUN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 26 octobre 2020, 25 juin 2021, 9 septembre 2021 et 12 octobre 2021, la société civile immobilière (SCI) Club du Château, représentée par Me Assier, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la communauté d'agglomération Grand Lac à lui rembourser la somme de 9 711 euros correspondant au montant de la participation forfaitaire pour l'assainissement collectif qu'elle a payée le 21 mai 2021 par voie de saisie administrative ;
2°) de condamner la communauté d'agglomération Grand Lac à lui verser une indemnité de 5 000 euros au titre de dommages et intérêts pour procédure abusive et saisie irrégulière ;
3°) d'annuler la décision attaquée ;
4°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Grand Lac la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'instance perdure car elle soutient toujours qu'elle ne doit pas la somme demandée ; le tribunal est de facto saisi de la nouvelle décision ;
- la procédure de saisie est irrégulière dès lors que la lettre de relance non signée du 11 mai 2021 mentionne un délai de 30 jours suivant sa notification avant l'engagement de la procédure de recouvrement, alors que seulement dix jours après, soit le 21 mai 2021, le comptable public a procédé à la saisie administrative ;
- il n'y a pas eu de nouveau branchement à l'assainissement collectif, le bâtiment anciennement exploité en discothèque étant déjà raccordé ; elle n'est donc pas soumise aux dispositions de l'article L. 1331-1 du code de la santé publique ; le fait générateur de la participation forfaitaire pour l'assainissement collectif n'est plus l'autorisation d'urbanisme mais le raccordement au réseau public ;
- il n'existe aucune extension de l'immeuble ; à supposer qu'il y en ait une celle-ci porte sur la création de " surfaces techniques " ; il appartient à la communauté d'agglomération Grand Lac " d'établir la preuve de la réalité des eaux usées supplémentaires qui seraient générées par le nouvel établissement ;
- l'établissement est destiné à recevoir du public, périodiquement hôtel, restauration-traiteur et relève ainsi d'un régime juridique différent de celui d'une discothèque ; il produit des eaux usées " assimilés domestiques ".
Par des mémoires en défense enregistrés les 26 avril 2021, 18 août 2021 et 20 septembre 2021, la communauté d'agglomération Grand Lac, représentée par Me Lacroix, conclu au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SCI Club du Château une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, il n'y a pas lieu de statuer sur la requête dès lors que le titre exécutoire émis le 18 mars 2020 a été retiré par l'avis des sommes à payer du 19 février 2021 ;
- à titre subsidiaire, la requête est irrecevable en ce que la requérante ne soulève aucun moyen à l'encontre du second titre émis le 19 février 2021 en méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ; à supposer qu'elle ait présenté des moyens, ils ne sont pas assortis des précisions nécessaires à l'appréciation du bien-fondé de la requête ;
- les moyens présentés ne sont pas fondés.
Par un courrier du 24 mars 2023, le tribunal a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur le moyen, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires en l'absence de décision préalable de nature à lier le contentieux en méconnaissance de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Coutarel, première conseillère,
- les conclusions de M. Journé, rapporteur public ;
- et les observations de Me Plénet, représentant la communauté d'agglomération Grand Lac.
Considérant ce qui suit :
1. Le 4 décembre 2013, la société civile immobilière (SCI) Club du Château a présenté une demande de permis de construire tendant à la restauration, l'amélioration et la faible extension d'un château ayant brûlé en 2008 et auparavant exploité en discothèque. Le 24 décembre 2013, la communauté d'agglomération Grand Lac a informé la SCI Club du Château que l'extension envisagée était soumise à la participation pour le financement de l'assainissement collectif pour un montant de 13 134 euros. Postérieurement à la délivrance du permis de construire sollicité, un titre de recette a été émis le 18 mars 2020 par la collectivité pour le recouvrement de cette somme. Le recours gracieux présenté par la société le 16 avril 2020 a été rejeté par une décision du 8 septembre 2020. Dans sa requête introductive d'instance, la SCI Club du Château demandait au tribunal d'annuler le titre de recette du 18 mars 2020. Mais à la suite du recouvrement par voie de saisie de la somme de 9 711 euros résultant de l'émission d'un nouveau titre exécutoire en date du 19 février 2021, la société requérante demande au tribunal de condamner la communauté d'agglomération Grand Lac à lui rembourser cette somme, à lui verser une indemnité de 5 000 euros au titre de dommages et intérêts et d'annuler la décision attaquée.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.
3. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'introduction de la requête, le titre exécutoire émis le 18 mars 2020 a été retiré et qu'un nouvel avis de sommes à payer a été émis le 19 février 2021 d'un montant de 9 711 euros. Par suite, il n'y pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête dirigées à l'encontre du titre exécutoire du 18 mars 2020. En revanche, le nouveau titre émis le 19 février 2021 fait référence à la même créance et a la même portée que celui qui a été retiré. La SCI Club du Château doit donc être regardée comme demandant l'annulation du titre émis le 19 février 2021.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et de remboursement :
4. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. "
5. A supposer que la SCI Club du Château ait entendu soulever le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de saisie à raison de l'absence de signature de la lettre de relance du 11 mai 2021 et du défaut de respect du délai de paiement de trente jours, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.
6. Aux termes de l'article L. 1331-7 du code de la santé publique : " " Les propriétaires des immeubles soumis à l'obligation de raccordement au réseau public de collecte des eaux usées en application de l'article L. 1331-1 peuvent être astreints par () l'établissement public de coopération intercommunale (), pour tenir compte de l'économie par eux réalisée en évitant une installation d'évacuation ou d'épuration individuelle réglementaire ou la mise aux normes d'une telle installation, à verser une participation pour le financement de l'assainissement collectif. () La participation prévue au présent article est exigible à compter de la date du raccordement au réseau public de collecte des eaux usées de l'immeuble, de l'extension de l'immeuble ou de la partie réaménagée de l'immeuble, dès lors que ce raccordement génère des eaux usées supplémentaires. () Une délibération du conseil municipal () détermine les modalités de calcul de cette participation. () ".
7. Par ailleurs, selon l'article 30 de la loi n° 2012-354 du 14 mars 2012 de finances rectificatives pour 2012, la participation au financement de l'assainissement collectif est applicable aux immeubles qui ont été raccordés au réseau public de collecte des eaux usées à compter du 1er juillet 2012 et ne s'applique pas aux immeubles pour lesquels les propriétaires ont été astreints à verser la participation au raccordement à l'égout dont le fait générateur était constitué, selon le cas, par le permis de construire, le permis d'aménager, les prescriptions faites par l'autorité compétente à l'occasion de la déclaration préalable ou l'acte approuvant un plan de remembrement.
8. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la participation pour le financement de l'assainissement collectif (PFAC) n'est pas applicable aux immeubles pour lesquels leurs propriétaires ont été astreints, par une prescription figurant dans un permis de construire afférant à ces immeubles, délivré à la suite d'une demande déposée avant le 1er juillet 2012, à verser la participation pour raccordement à l'égout. En revanche, peuvent être assujettis à la PFAC, les propriétaires d'immeubles déjà raccordés à l'égout mais qui réalisent des travaux d'extension ou de réaménagement de nature à induire un supplément d'évacuation d'eaux usées et ayant déposé après le 1er juillet 2012 un permis de construire ou un permis d'aménager relatifs à de tels travaux d'extension ou de réaménagement. Pour les raccordements existants, la PFAC, créée facultativement par les collectivités et établissements publics mentionnés au L. 1331-7 du code de santé publique, est exigible à compter de la date de raccordement de l'extension de l'immeuble ou de la partie réaménagée de l'immeuble dès lors que ce raccordement génère des eaux usées supplémentaires.
9. Il résulte de l'instruction que la PFAC a été instituée sur le territoire de la communauté d'agglomération par une délibération du 12 décembre 2012, un seuil minimal de 50 m2 de surface de plancher créée étant retenu pour l'encaissement de la participation. Si la SCI Club du Château soutient qu'aucune extension de l'immeuble ne résulte des travaux réalisés, il ressort du permis de construire modificatif accordé à l'intéressée le 19 février 2021 que 260 m2 de surface ont été créés après les modifications. Il résulte également de l'instruction que les travaux réalisés par la société requérante ont constitué notamment en la création de quatre nouveaux sanitaires, d'une annexe " plonge " à la cuisine supplémentaire ainsi qu'à la création de chambres situées aux étages supérieurs utilisées lors de la tenue d'évènements et séminaires. Ces équipements sont susceptibles d'induire un supplément d'évacuation des eaux usées. Si la société requérante soutient que l'utilisation de l'établissement sera toutefois sans commune mesure avec l'activité antérieure de discothèque, elle ne l'établit pas, alors qu'il ressort de l'instruction que la capacité d'accueil est supérieure de plus de cinquante personnes après la réalisation de l'extension. Enfin, et contrairement à ce que la société soutient, la délibération du 12 décembre 2012 prévoit une tarification PFAC aux " assimilés domestiques " pour les permis délivrés à compter du 1er janvier 2013 parmi lesquels figurent les hébergements hôteliers regroupant les hôtels, les restaurants etc. Par suite, et malgré la circonstance que l'immeuble a été raccordé au réseau public, la SCI Club du Château est redevable de la participation forfaitaire pour l'assainissement collectif qu'elle a acquittée par voie de saisie administrative le 21 mai 2021.
10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit nécessaire de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la SCI Club du Château n'est pas fondée à demander l'annulation du titre exécutoire émis le 19 février 2021.
11. Les conclusions de la requête tendant à ce que la communauté d'agglomération Grand Lac soit condamnée à lui rembourser la somme de 9 711 euros doivent, par voie de conséquence, être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
12. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".
13. Il résulte de l'instruction que la SCI Club du Château ne justifie d'aucune décision administrative lui ayant refusé une indemnisation, ni d'aucune demande adressée à l'administration à cette fin. Dès lors, en l'absence de liaison du contentieux en application des dispositions citées au point précédent, les conclusions à fin d'indemnisation qu'elle présente sont irrecevables.
Sur les frais d'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d'agglomération Grand Lac, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Club du Château la somme demandée par la communauté d'agglomération Grand Lac, au même titre.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de la SCI Club du Château est rejetée. Article 2 :Les conclusions de la communauté d'agglomération Grand Lac présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à la SCI Club du Château et à la communauté d'agglomération Grand Lac.
Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme B et Mme A, assesseurs.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.
La rapporteure,
A. A
Le président,
T. Pfauwadel
La greffière,
L. Rouyer
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026