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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2006308

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2006308

mardi 25 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2006308
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL LAMOTTE & AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2020, Mme C, représentée par Me Lamotte, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Gaillard à lui verser une indemnité de 20 000 euros en réparation des préjudices causés par le renouvellement abusif de contrats à durée déterminée et le non-renouvellement de son dernier contrat ;

2°) de mettre à la charge de la commune une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la commune a engagé sa responsabilité, d'une part, en s'abstenant de lui fournir les éléments d'information permettant de vérifier les motifs de recours aux contrats à durée déterminée, et d'autre part, en méconnaissant le délai de prévenance prévu par l'article 38 du décret n°88-145 du 15 février 1988.

Elle a subi un préjudice moral et financier en raison de la précarité dans laquelle elle a été maintenue pendant 6 ans et demi et dont il sera fait une juste appréciation en lui allouant la somme de 20 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2021, la commune de Gaillard, représentée par Me Landot conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune conteste les moyens invoqués.

Par lettre du 11 juin 2021, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 31 aout 2021, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 28 septembre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°88-145 du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,

- et les observations de Me Fouace, représentant la commune de Gaillard.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été recrutée, en qualité d'agent polyvalent de restauration et d'entretien, par la commune de Gaillard du 5 juillet 2013 au 3 juillet 2015 sur le fondement du 1er alinéa de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 pour répondre à un accroissement temporaire d'activité. Ces contrats ont ensuite été renouvelés jusqu'au 30 avril 2020 afin d'assurer le remplacement d'agents d'absents. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de condamner la commune à l'indemniser des préjudices subis en raison du recours abusif à des contrats à durée déterminée et en raison du non-renouvellement de son dernier contrat.

Sur les conclusions indemnitaires fondées sur le caractère abusif du renouvellement des contrats à durée déterminée.

2. Aux termes de l'article 3-1 de la loi du 26 janvier 1984 : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et pour répondre à des besoins temporaires, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour assurer le remplacement temporaire de fonctionnaires ou d'agents contractuels autorisés à exercer leurs fonctions à temps partiel ou indisponibles en raison d'un congé annuel, d'un congé de maladie, de grave ou de longue maladie, d'un congé de longue durée, d'un congé de maternité ou pour adoption, d'un congé parental ou d'un congé de présence parentale, d'un congé de solidarité familiale ou de l'accomplissement du service civil ou national, du rappel ou du maintien sous les drapeaux ou de leur participation à des activités dans le cadre des réserves opérationnelle, de sécurité civile ou sanitaire ou en raison de tout autre congé régulièrement octroyé en application des dispositions réglementaires applicables aux agents contractuels de la fonction publique territoriale. / Les contrats établis sur le fondement du premier alinéa sont conclus pour une durée déterminée et renouvelés, par décision expresse, dans la limite de la durée de l'absence du fonctionnaire ou de l'agent contractuel à remplacer. Ils peuvent prendre effet avant le départ de cet agent. "

3. Aux termes de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 : " Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à : 1° Un accroissement temporaire d'activité, pour une durée maximale de douze mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de dix-huit mois consécutifs () ".

4. Le renouvellement de contrats à durée déterminée afin de pourvoir au remplacement temporaire d'agents indisponibles ou de répondre à un accroissement temporaire d'activité répond, en principe, à une raison objective, y compris lorsque l'employeur est conduit à procéder à des remplacements temporaires de manière récurrente, voire permanente, et alors même que les besoins en personnel de remplacement pourraient être couverts par le recrutement d'agents sous contrats à durée indéterminée. Toutefois, si l'existence d'une telle raison objective exclut en principe que le renouvellement des contrats à durée déterminée soit regardé comme abusif, c'est sous réserve qu'un examen global des circonstances dans lesquelles les contrats ont été renouvelés ne révèle pas, eu égard notamment à la nature des fonctions exercées par l'agent, au type d'organisme qui l'emploie, ainsi qu'au nombre et à la durée cumulée des contrats en cause, un abus.

5. Un renouvellement abusif de contrats à durée déterminée ouvre à l'agent concerné un droit à l'indemnisation du préjudice qu'il subit lors de l'interruption de la relation d'emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée.

6. Si la requérante fait valoir que la commune ne lui a pas fourni les éléments d'information lui permettant vérifier les motifs de ses recrutements, aucune disposition légale ou réglementaire, ne met une telle obligation à la charge de l'administration. Cette seule circonstance ne permet pas dans le cadre de l'examen global décrit au point 4 de caractériser un recours abusif aux contrats à durée déterminée. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander le versement d'une indemnité sur ce fondement.

Sur les conclusions indemnitaires fondées sur la méconnaissance du délai de prévenance prévu par l'article 38-1 du décret du 15 février 1988.

7. La durée de l'ensemble des contrats conclus avec Mme C étant supérieure à deux ans, il appartenait à la commune, conformément aux dispositions de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 dans leur rédaction applicable à la date de la décision attaquée, de notifier à la requérante son intention de renouveler ou non son engagement deux mois avant le terme de son dernier engagement. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la requérante a été informée du non-renouvellement de son dernier contrat le 16 avril 2020 soit quinze jours avant son terme. Si la commune fait valoir en défense que l'intéressée a été informée oralement dès le 13 décembre 2019 puis le 27 mars 2020 de son intention de ne pas renouveler le contrat, ces circonstances ne sont pas établies par les pièces du dossier. Toutefois, la méconnaissance du délai de prévenance n'est pas à l'origine de la situation de précarité dans laquelle Mme C a été maintenue au cours de sa période d'emploi et qui constitue son préjudice moral et financier.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requérante doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les conclusions présentées par Mme C, la partie perdante, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Gaillard.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Gaillard au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la commune de Gaillard.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

M. d'Argenson, premier conseiller,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.

La rapporteure,

F. B

Le président,

C. VIAL-PAILLERLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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