mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2006482 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | AROSIO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 novembre 2020 et le 31 août 2021, M. G D, Mme F D, M. B D, Mme I D, M. E D, M. C D, représentés par Me Arosio, demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier Pierre Oudot à leur verser les sommes suivantes :
1°) 41 492,50 euros à M. G D ;
2°) 8 000 euros à Mme F D ;
3°) 5 000 euros à Mme I D, à M. C D, à M. E D comme à M. B D ;
Ils demandent en outre le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que M. G D a été victime d'une infection nosocomiale.
Ils évaluent ainsi leurs préjudices :
* M. G D, victime principale :
- Tierce personne : 690,00 euros ;
- Déficit fonctionnel temporaire : 8 302,50 euros ;
- Souffrances endurées : 25 000 euros ;
- Préjudice esthétique : 2 500 euros ;
- Préjudice d'agrément : 5 000 euros ;
* Mme F D, son épouse, au titre de son préjudice moral : 8 000 euros ;
* Mme I D, M. C D, M. E D et M.B D, enfants de la victime, au titre de leur préjudice moral : 5 000 euros chacun.
Par un mémoire enregistré le 22 octobre 2021, la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône demande le versement d'une somme de 286 229,65 euros, avec intérêts de droit à compter du jugement, outre l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Par des mémoires en défense enregistrés le 21 juillet 2021 et le 13 mars 2023, le centre hospitalier Pierre Oudot, représenté par Me Chauplannaz, s'en remet à la sagesse du tribunal concernant sa responsabilité au titre de l'infection nosocomiale et demande que les indemnités allouées soient réduites.
Il accepte de verser les sommes suivantes à M. G D :
- assistance temporaire par une tierce personne : 598 euros ;
-déficit fonctionnel temporaire : 1 897,35 euros ;
-souffrances endurées : 8 500 euros ;
-préjudice esthétique temporaire : 955 euros ;
Il demande en outre le versement par les requérants d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que l'infection nosocomiale a été favorisée par le diabète compliqué du patient et que les préjudices nés de la période du 10 décembre 2017 au 1er mars 2018 relèvent de la responsabilité d'un autre établissement de santé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code monétaire et financier ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sogno,
- les conclusions de Mme A,
- et les observations de Me Dorimini, représentant le centre hospitalier Pierre Oudot.
Considérant ce qui suit :
1. Le 18 novembre 2015, M. G D a subi une intervention chirurgicale à l'hôpital d'instruction des armées Desgenettes de Lyon pour pose d'une prothèse totale de l'épaule gauche. En raison de douleurs post-opératoires, il a dû subir deux nouvelles interventions chirurgicales, la première à l'hôpital d'instruction des armées Desgenettes le 20 juin 2016, consistant en une neurolyse et une transposition antérieure sous cutanée du nerf ulnaire, et la seconde au centre hospitalier Pierre Oudot le 22 février 2017 pour un changement de prothèse de l'épaule gauche. A la suite d'une infection, il a subi deux autres interventions au centre hospitalier Pierre Oudot, les 13 et 31 mars 2017, pour lavage de la prothèse et mise en place d'une double antibiothérapie. Le 25 octobre 2017, il a été procédé à la dépose de la prothèse et à la mise en place d'un spacer en ciment antibiotique à l'hôpital Edouard Herriot de Lyon. Le 26 novembre 2017, M. D a été admis dans le service de réanimation de l'hôpital Edouard Herriot en état de détresse respiratoire. Le 2 mars 2018, une intervention de réimplantation de la prothèse a été réalisée à l'hôpital Edouard Herriot de Lyon. M. D a pu regagner son domicile le 18 avril 2018. Par la présente requête, M. D et sa famille demandent la condamnation du centre hospitalier Pierre Oudot à les indemniser des préjudices subis à raison de la survenance d'une infection nosocomiale.
Sur la responsabilité du centre hospitalier Pierre Oudot et son étendue :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, () tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ".
3. Il résulte du rapport de l'expert nommé par le tribunal que M. G D a contracté une infection nosocomiale à la suite de l'intervention chirurgicale du 22 février 2017. En l'absence de cause étrangère, que les difficultés posées par le diabète en tant que facteur de risque infectieux ne sauraient constituer, la responsabilité du centre hospitalier Pierre Oudot est engagée ce que, du reste, il ne conteste pas. L'infection nosocomiale contractée suite à l'opération du 22 février 2017 a rendu nécessaire notamment la réalisation des opérations des 25 octobre 2017 et 2 mars 2018, lesquels se sont déroulées à l'hôpital Edouard Herriot. L'accident médical non fautif survenu dans les suites de l'intervention du 25 octobre 2017 ainsi que ses conséquences dommageables doivent être regardés comme causés directement par l'infection nosocomiale qui n'a pas occasionné de déficit fonctionnel permanent. Dès lors, le centre hospitalier Pierre Oudot doit réparer l'ensemble des préjudices nés de l'infection contractée lors de l'opération du 22 février 2017 jusqu'à la date de consolidation retenue, soit le 4 juillet 2018.
Sur les préjudices de M. G D :
En ce qui concerne l'assistance à tierce personne pour les besoins de la vie quotidienne :
4. L'expert a considéré nécessaires deux heures d'assistance par semaine du 13 mai 2017 au 24 octobre 2017. En appliquant un montant horaire de 17 euros, l'assistance à tierce personne imputable à l'infection nosocomiale sera justement réparée par le versement d'une somme de 800 euros.
En ce qui concerne le déficit fonctionnel temporaire :
5. Sur la base des périodes et taux détaillés par l'expert pages 12 et 13 de son rapport et en appliquant un montant journalier de 23 euros, le déficit fonctionnel temporaire imputable à l'infection nosocomiale sera justement réparé par le versement d'une somme de 6 644 euros.
En ce qui concerne les souffrances endurées :
6. Evaluées globalement à 4,5/7, les souffrances endurées justifient le versement d'une somme de 15 000 euros.
En ce qui concerne le préjudice esthétique temporaire :
7. Le préjudice esthétique temporaire de M. D résulte de l'attelle d'épaule et des pansements qui lui ont été posés dans les suites des interventions. Il peut être évalué à 1/7. Une somme de 500 euros réparera justement ce préjudice.
En ce qui concerne le préjudice d'agrément :
8. Le préjudice d'agrément est constitué par l'impossibilité ou à la plus grande difficulté pour la victime de continuer à pratiquer régulièrement une activité sportive ou de loisirs. A supposer même que M. D démontre ne plus pouvoir s'adonner au bricolage et à la conduite automobile, aucune limitation permanente de ses capacités physiques n'est imputable à l'infection nosocomiale qu'il a contractée. Dès lors, la demande concernant la réparation de ce préjudice ne peut qu'être rejetée.
9. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier Pierre Oudot doit être condamné à verser à M. D une somme de 22 944 euros.
Sur les préjudices de Mme F D, Mme I D, M. C D, M. E D et M.B D :
10. En tant que victimes indirectes, l'épouse et les enfants de M. G D peuvent également être indemnisés de leurs préjudices au titre de l'infection nosocomiale que celui-ci a contracté. Il sera fait une juste appréciation de leur préjudice moral et de leurs troubles dans les conditions d'existence en allouant à Mme F D la somme de 2 000 euros et à chacun des quatre enfants de M. D la somme de 1 000 euros à ce même titre.
Sur les demandes de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Rhône :
11. La CPAM du Rhône est en droit d'obtenir le remboursement des frais qu'elle a engagés pour les prestations liées à l'infection nosocomiale et à ses conséquences dans leur intégralité. Elle établit le montant de ces prestations à une somme totale de 286 229,65 euros. La CPAM doit également se voir verser l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, dont le montant est de 1 162 euros. Ainsi, le centre hospitalier Pierre Oudot doit être condamné à lui verser 287 391,65 euros.
12. La CPAM du Rhône demande que la condamnation du centre hospitalier Pierre Oudot soit assortie des intérêts au taux légal à compter du jugement. Toutefois, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts du jour de son prononcé jusqu'à son exécution, au taux légal puis, en application des dispositions de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier, au taux majoré s'il n'est pas exécuté dans les deux mois de sa notification. Par suite, les conclusions de la CPAM du Rhône sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
13. En application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge définitive du centre hospitalier Pierre Oudot les frais de l'expertise ordonnée en référé le 20 septembre 2019, étendue le 21 février 2020, taxés et liquidés à la somme de 2 000 euros par ordonnance du 24 août 2020.
14. Le centre hospitalier Pierre Oudot, partie tenue aux dépens, ne peut bénéficier des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ses conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.
15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier Pierre Oudot une somme de 1 800 euros à verser aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :Le centre hospitalier Pierre Oudot est condamné à verser une somme de 22 944 euros à M. G D, une somme de 2 000 euros à Mme F D et des sommes des 1 000 euros à Mme I D, M. C D, M. E D comme à M.B D.
Article 2 :Le centre hospitalier Pierre Oudot est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône une somme de 287 391,65 euros
Article 3 :Les frais d'expertise sont mis à la charge définitive du centre hospitalier Pierre Oudot.
Article 4 :Le centre hospitalier Pierre Oudot versera aux requérants une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 :Le présent jugement sera notifié à M. G D, à Mme F D, à M. B D, à Mme I D, à M. E D, à M. C D, au centre hospitalier Pierre Oudot et à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône.
Copie en sera adressée au docteur H, expert.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Bedelet, première conseillère,
Mme Holzem, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
Le président, rapporteur,
C. Sogno
La première assesseure,
A. Bedelet
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026