mardi 13 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2006581 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | ADAMO-ROSSI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 novembre 2020, M. A, représenté par Me Adamo-Rossi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 septembre 2020 par laquelle le maire de la commune de Chambéry a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
2°) d'enjoindre à la commune de Chambéry de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, évaluée comme suit :
- Assistance devant la commission de réforme de la fonction publique territoriale de la Savoie : 600 euros TTC,
- Contestation devant le tribunal administratif de Grenoble de la décision du maire de Chambéry du 6 juin 2018 refusant de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie : 4 560 euros TTC,
- Assistance aux mesures d'expertise : 330 euros / heure TTC,
- Une éventuelle demande de contre-expertise médicale : 330 euros / heure TTC ;
- Procédure d'appel en défense devant la CAA de Lyon : 4 560 euros TTC ;
- La demande d'indemnisation ainsi que le cas échéant, l'éventuel recours contre le refus de cette demande : 3 000 euros TTC en phase amiable et première instance, la procédure d'appel concernant cette demande devant la CAA 4 560 euros TTC ;
- La première procédure de protection fonctionnelle, 1 800 euros TTC en phase amiable, plus 2 520 euros en cas de recours contentieux ;
- La présente procédure de demande d'annulation de la décision de refus de la protection fonctionnelle.
- Une provision de 24 600 euros est sollicitée, comprenant les démarches en phase amiable et l'ensemble des contentieux ci-dessus désignés, versée directement à l'avocat en application de l'article 5 du décret n° 2017-97 du 26 janvier 2017.
3°) de mettre à la charge de la commune de Chambéry une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des faits : victime de harcèlement moral et objet de poursuites pénales, il est en droit de bénéficier de la protection fonctionnelle prévue par l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 ;
- est entachée d'erreur de droit dès lors que la commune semble interpréter les textes régissant la protection fonctionnelle comme n'étant applicables qu'aux seuls cas avérés de harcèlement moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2021, la commune de Chambéry, représentée par Me Cottignies, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune conteste les moyens invoqués.
Par lettre du 24 septembre 2021, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative l'instruction est susceptible d'être close le 15 octobre 2021, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 9 décembre 2021.
Vu :
- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,
- et les observations de Me Adamo-Rossi, représentant M. A, et de Me Sovet, représentant la commune de Chambéry.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ingénieur principal en poste au service " maintenance des bâtiments " de la ville de Chambéry a présenté le 30 juillet 2018, une demande de protection fonctionnelle qui a été rejetée par une décision du 20 septembre 2018. Cette décision a été annulée par un jugement de ce tribunal rendu le 30 juin 2020 au motif qu'elle était insuffisamment motivée et le tribunal a enjoint à la commune de Chambéry de réexaminer la demande de l'intéressé. En exécution de ce jugement, la commune de Chambéry a procédé à ce réexamen et a rejeté la demande de M. A par une décision du 7 septembre 2020 dont le requérant demande l'annulation dans le cadre de la présente instance.
2. La décision du 7 septembre 2020 mentionne les motifs de fait et de droit qui la fondent. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
3. Aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir des agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptibles de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ". Aux termes l'article 11 de cette même loi: " III.- Lorsque le fonctionnaire fait l'objet de poursuites pénales à raison de faits qui n'ont pas le caractère d'une faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions, la collectivité publique doit lui accorder sa protection. Le fonctionnaire entendu en qualité de témoin assisté pour de tels faits bénéficie de cette protection. La collectivité publique est également tenue de protéger le fonctionnaire qui, à raison de tels faits, est placé en garde à vue ou se voit proposer une mesure de composition pénale. / IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () "
4. Ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
5. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
6. En premier lieu, M. A fait valoir que les faits de harcèlement moral qu'il indique avoir subis résultent des éléments suivants : une plainte déposé par le maire de Chambéry le 21 mai 2015 contre X suite à des dénonciations anonymes visant le fonctionnement de son service et des réunions intervenues les 25 juin, 13, 14 aout, 10 et 14 septembre 2015 au cours desquelles il lui a été demandé de se tenir à la disposition de la police, où il a été insinué qu'il serait de connivence avec les malversations ayant motivé la plainte et où il lui a été demandé de soutenir M. C, adjoint aux travaux, au risque de perdre son poste.
7. D'une part, la saisine des autorités judiciaires, compétentes pour enquêter, constitue une réaction normale et conforme à l'article 40 du code de procédure pénale, d'un employeur public, saisi d'éléments laissant supposer la commission, par un ou plusieurs de ses agents d'infractions pénales. D'autre part, la teneur des réunions précitées demeure peu circonstanciée, et les propos rappelés aux points précédents, à les supposer avérés, revêtent un caractère ponctuel et ne constituent pas des agissements répétés au sens de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1938.
8. Enfin, si M. A fait valoir que la suspicion dont il a fait l'objet a rejailli défavorablement sur son était de santé au point qu'il ait été placé en arrêt maladie à compter du 21 septembre 2015 pour un syndrome dépressif, cette circonstance ne suffit pas à caractériser des faits de harcèlement moral qui doivent répondre aux prescriptions de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983.
9. Dans ces circonstances, M. A ne produit pas à l'appui de ces dires, un faisceau d'indices suffisamment probants pour permettre de regarder comme plausible l'existence d'un harcèlement moral.
10. Il résulte de ce qui précède que la situation de harcèlement moral alléguée n'est pas établie, et que par suite c'est à juste titre que la commune de Chambéry a rejeté la demande de protection fonctionnelle présentée à raison de ces faits par M. A.
11. En deuxième lieu, un fonctionnaire doit être regardé comme faisant l'objet de poursuites pénales au sens du 3e alinéa de l'article 11 précité lorsque l'action publique pour l'application des peines a été mise en mouvement à son encontre.
12. Aux termes de l'article 1er du code de procédure pénale : " L'action publique pour l'application des peines est mise en mouvement et exercée par les magistrats ou par les fonctionnaires auxquels elle est confiée par la loi. / Cette action peut aussi être mise en mouvement par la partie lésée, dans les conditions déterminées par le présent code ". Aux termes de l'article 85 du même code : " Toute personne qui se prétend lésée par un crime ou un délit peut en portant plainte se constituer partie civile devant le juge d'instruction () / Toutefois, la plainte avec constitution de partie civile n'est recevable qu'à condition que la personne justifie soit que le procureur de la République lui a fait connaître, à la suite d'une plainte déposée devant lui ou un service de police judiciaire, qu'il n'engagera pas lui-même des poursuites, soit qu'un délai de trois mois s'est écoulé depuis qu'elle a déposé plainte devant ce magistrat, contre récépissé ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, ou depuis qu'elle a adressé, selon les mêmes modalités, copie à ce magistrat de sa plainte déposée devant un service de police judiciaire () ". Enfin, aux termes de l'article 86 du même code : " Le juge d'instruction ordonne communication de la plainte au procureur de la République pour que ce magistrat prenne ses réquisitions. / Le réquisitoire peut être pris contre personne dénommée ou non dénommée () ". Le déclenchement de l'action publique peut résulter du simple dépôt d'une plainte avec constitution de partie civile, de la comparution volontaire, de la citation directe à comparaître, de la comparution immédiate, de la mise en examen ou de l'audition par un juge d'instruction en qualité de témoin assisté.
13. Les seules circonstances que le maire de la commune de Chambery ait déposé, sans constitution de partie civile, une plainte contre X entre les mains du procureur de la République et qu'une enquête préliminaire ait été ouverte par les services de police, ne permettent pas d'établir en l'absence de toute information sur les suites données à cette enquête que l'intéressé a fait l'objet de poursuites pénales au sens de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983. Il suit de là que la condition alléguée pour bénéficier de la protection fonctionnelle n'était pas remplie, il y a lieu d'écarter le moyen qui en est tiré.
14. La circonstance que la commune n'ait pas explicitement écarté toutes les hypothèses susceptibles de fonder l'octroi de la protection fonctionnelle ne constitue pas une erreur de droit.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation de la décision du 7 septembre 2020 refusant d'accorder à M. A le bénéfice de la protection fonctionnelle doivent être rejetées. Il en va de même par voie de conséquence des conclusions à fins d'injonction.
16. Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par M. A, la partie perdante, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Chambéry.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la commune de Chambéry sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Chambéry.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
M. d'Argenson, premier conseiller
Mme Fourcade, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.
La rapporteure,
F. D
Le président,
C. VIAL-PAILLERLe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026