jeudi 27 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2007045 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL JURISOPHIA HERY SUR ALBY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 19 novembre 2020 et le 23 juillet 2021, Mme C A, représentée par Me Brunet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux qui lui ont été assignés au titre des années 2013 et 2014 ainsi que la décharge des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le mandat donné au comptable ne lui donnait pas le pouvoir de représenter la société pour les indications relatives à l'exploitation commerciale ;
- la caisse enregistreuse présentait des dysfonctionnements au cours de la période vérifiée et a été changée ultérieurement ; elle a rencontré des difficultés dans la gestion de la société à la suite du décès de son mari ;
- le taux de marge était important avant contrôle et la détermination des ventes d'alcool au verre n'est pas pertinente ;
- la reconstitution des ventes de champagne ne tient pas compte des moyens de paiement utilisés ;
- la méthode est radicalement viciée dès lors que les ventes d'alcool au verre n'ont pu être déterminées en 2014 en l'absence de ticket Z, il y a une parfaite similitude de vente sur divers postes en 2013 et 2014, les consommations sont inconstantes d'un exercice à l'autre ; l'exclusion de toute perte sur certains postes s'avère irréaliste ainsi que l'absence de prise en compte de l'autoconsommation du personnel ;
- s'agissant des stocks, des décalages ont pu être constatés à l'inventaire de clôture ainsi qu'un changement de fournisseur et de gestion en 2013 ; par ailleurs les stocks négatifs sont marginaux ;
- les prestations de nettoyage ont toujours été réalisées par l'entreprise Alain Avenante et elle ne peut être la bénéficiaire de sommes perçues par un tiers ;
- elle ne disposait pas de la maîtrise complète de l'affaire puisqu'elle disposait d'une collaboratrice chargée de la gestion de l'établissement ;
- les majorations de 40 % ne sont pas fondées ; la motivation de ces majorations est insuffisante ;
- la procédure concernant la SASU Le Baratin a été abandonnée le 30 septembre 2020 ;
- le solde débiteur du compte courant au 31 décembre 2014 a été remboursé le 20 mai 2015 avant le début du contrôle ;
- les majorations de 40 % pour manquement délibéré ne peuvent être appliquées aux revenus distribués sur le fondement de l'article 111 a.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 mai 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au non-lieu à statuer à concurrence du dégrèvement accordé et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par ordonnance du 27 juillet 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 13 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Journé, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. A l'issue d'une vérification de comptabilité de la société Le Baratin dont Mme A est la présidente et l'associée unique, l'administration a mis à la charge de cette dernière des suppléments d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2013 et 2014 dont elle demande la décharge dans la présente instance.
2. Les prélèvements sociaux réclamés à Mme A au titre de l'année 2013 ont été réduits d'une somme de 1 451 euros par décision du 3 mai 2021. Par suite, les conclusions aux fins de décharge sont devenues sans objet à hauteur de la somme dégrevée en cours d'instance.
3. Si Mme A fait valoir que la procédure concernant la société Le Baratin a été abandonnée le 30 septembre 2020, cette circonstance est sans incidence sur le bien-fondé des impositions en litige consécutives à la perception par la présidente de la société de revenus distribués non déclarés. De la même manière, l'absence de mandat donné au comptable pour représenter la société s'agissant des indications relatives à l'exploitation commerciale, est insusceptible de vicier la procédure à laquelle la requérante a été soumise pour son imposition personnelle.
Sur le bien-fondé des distributions :
4. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : a) sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés, directement ou par personnes ou sociétés interposées, à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes ". En application de ces dispositions, doivent être regardés comme des revenus distribués, sauf preuve contraire, les montants des soldes débiteurs des comptes courants ouverts dans les écritures d'une société au nom de ses associés, actionnaires ou porteurs de parts.
5. Il résulte de l'instruction que le solde du compte courant de Mme A était débiteur d'une somme de 20 956 euros à la clôture de l'exercice, le 31 décembre 2014. Cette dernière qui ne conteste pas que la somme en question n'a pas été soumise à l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2014, soutient qu'elle l'a remboursée dès le 20 mai 2015, avant l'engagement du contrôle. Toutefois, la circonstance qu'elle aurait crédité son compte courant d'une somme de 34 000 euros en 2015 en procédant à une distribution de réserves est sans incidence sur l'imposition en litige qui concerne l'année 2014. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort qu'elle a été imposée sur la somme de 20 956 euros au titre de l'année 2014.
6. Par ailleurs, Mme A n'établit pas avoir remboursé la somme mise à sa disposition en 2014 par l'inscription au crédit de son compte courant de l'année 2015 d'une distribution de réserves d'un montant de 34 000 euros. Par suite, elle n'est pas fondée à se prévaloir du paragraphe 190 du BOI-RPPM-RCM-10-20-20-20.
7. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Selon le premier alinéa de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ".
8. Il résulte de l'instruction que la société Le Baratin qui exerce une activité de discothèque et de bar de nuit avec hôtesses n'a présenté aucun ticket justifiant le détail des recettes comptabilisées en 2014 et a présenté, au titre de l'année 2013, des tickets de caisse enregistreuse présentant des anomalies importantes quant aux dates mentionnées. En outre, les tickets présentés faisaient apparaître des ventes de Champagne n'ayant pas fait l'objet de factures d'achat ainsi que des factures d'achat de Champagne n'ayant donné lieu à aucune vente comptabilisée. Par ailleurs, différentes anomalies liées aux produits inscrits en stock ont été constatées. La comptabilité de la société présentant de graves irrégularités, l'administration a reconstitué les ventes de boissons alcoolisées en déterminant à partir des factures d'achats et des stocks, le montant des achats revendus auxquels elle a appliqué les prix de vente inscrits sur les tickets présentés au titre de l'année 2013.
9. Pour reconstituer les ventes d'alcool au verre, l'administration a utilisé les données des tickets de recettes présentés au titre de l'année 2013 sachant que les ventes de coupe de Champagne ont été appliquées uniquement à la marque Legrand Reserve et les ventes de Whisky à la marque JetB. Les autres ventes d'alcool au verre concernent les achats de Jet 27, de Jet 31, de Gin et de vodka. Par ailleurs, les ventes de cocktails ont été reconstituées à partir des volumes disponibles de Malibu et de Malibu coco. Des doses de 4 centilitres ont été retenues pour les ventes d'alcool au verre et de cocktail et de 12,5 centilitres pour les coupes de Champagne. En outre, un pourcentage de 2% de perte a été admis pour les ventes de bouteilles et de 20 % pour les ventes d'alcool au verre. Ont enfin été ajoutées aux recettes de chaque exercice, les ventes de bouteilles inscrites sur les tickets de l'exercice clos en 2013 pour lesquelles aucune facture d'achat n'a été comptabilisée.
10. Mme A reproche à l'administration l'application d'un taux de marge supérieur à celui déclaré ainsi qu'une variation importante du taux de marge d'une année à l'autre. Toutefois, les taux de marge dont elle se prévaut qui eux-mêmes présentent des variations importantes, sont issus d'une comptabilité insincère et non probante dépourvue de justificatifs de recettes en raison du dysfonctionnement de la caisse enregistreuse au cours des années 2013 et 2014. De la même manière, les défauts de la reconstitution de recettes qu'elle met en évidence dans ses écritures concernant notamment la reconstitution des ventes d'alcool au verre en 2014 en l'absence de justificatif de recettes, l'extrapolation de certaines ventes de l'année 2013 sur l'année 2014, l'inconstance des consommations d'une année sur l'autre ou les incohérences alléguées des ventes de Champagne reconstituées eu égard aux modes de paiement utilisés par les clients, sont directement liés aux lacunes de la comptabilité. L'administration qui a utilisé l'ensemble des données comptables dont elle disposait pour déterminer le montant des recettes omises, a également pris en compte l'existence de pertes lors de la valorisation des ventes de verres et de bouteilles. Les explications de la requérante ne sont pas susceptibles de justifier les anomalies constatées dans le détail des stocks ni d'établir que la société offrait des boissons alcoolisées à son personnel alors qu'elle est seule en mesure de justifier ses allégations et qu'il est constant que les consommations des hôtesses étaient prises en charge par les clients.
11. Il résulte de ce qui précède que l'existence et le montant des revenus distribués résultant des insuffisances de chiffre d'affaires constatées par l'administration au cours de la période vérifiée, sont établis.
12. En cas de refus des propositions de rectifications par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire de sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.
13. Il résulte de l'instruction que Mme Cot, présidente et associée unique de la société Le Baratin, disposait seule des comptes bancaires de la société. Si elle fait valoir qu'au cours de la période vérifiée qui faisait suite au décès de son époux en 2011, elle a été assistée par une employée pour la gestion de l'établissement, elle n'établit ni d'ailleurs n'allègue que cette dernière aurait détourné des fonds de la société à son profit. Par suite, c'est à bon droit que la requérante a été regardée comme seule maître de l'affaire et partant, la seule bénéficiaire des recettes non déclarées par la société.
14. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que les charges versées par la société Le Baratin à une entreprise de nettoyage qui ont été réintégrées aux résultats de la société à l'issue de la vérification de comptabilité, auraient été imposées entre les mains de Mme A dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Par suite, le moyen tiré de ce que la requérante ne peut être regardée comme la bénéficiaire de ces sommes, est inopérant.
Sur les pénalités :
15. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration () entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
16. Pour majorer les rappels d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mis à la charge de Mme A au titre des années 2013 et 2014, l'administration s'est fondée sur l'existence de minorations de recettes répétées et la connaissance par cette dernière, eu égard notamment à sa qualité de maître de l'affaire, du désinvestissement de ces sommes non comptabilisées. Elle a ainsi suffisamment motivé les pénalités mises à la charge de la requérante et établi le caractère délibéré des omissions concernant les distributions imposées sur le fondement du 1° de l'article 109 du 1 du code général des impôts.
17. En revanche, l'administration n'établit pas, alors que la charge de la preuve lui incombe, que l'absence de déclaration des revenus perçus par Mme A au titre de l'année 2014 à raison des sommes mises à sa disposition par la société Le Baratin et imposées sur le fondement du a de l'article 111 du code général des impôts serait délibérée. Par suite, la requérante doit être déchargée de la majoration de 40 % qui lui est réclamée au titre de ces revenus.
18. Il résulte de ce qui précède que Mme A est seulement fondée à obtenir la décharge de la majoration de 40 % qui a été appliquée aux rappels d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux résultant de la réintégration de la somme de 20 956 euros au titre de l'année 2014 sur le fondement de l'article 111 a du code général des impôts.
19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme réclamée par Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de décharge à hauteur de la somme de 1 451 euros.
Article 2 :Mme A est déchargée de la majoration de 40 % appliquée aux rappels d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux résultant de la réintégration de la somme de 20 956 euros au titre de l'année 2014 sur le fondement de l'article 111 a du code général des impôts.
Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme B et Mme D, assesseurs.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.
Le rapporteur,
C. B
Le président,
T. Pfauwadel
La greffière,
L. Rouyer
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026