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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2007324

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2007324

mercredi 18 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2007324
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantDAMIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 7 décembre 2020, le 18 octobre 2021, le 24 novembre 2022 et le 20 décembre 2022, Mme C D, représentée par Me Damian, doit être regardée comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 7 octobre 2020 rejetant son recours formé contre la décision du 24 décembre 2019 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Savoie a mis à sa charge un indu d'allocation de logement familiale et un indu d'allocation de soutien familial d'un montant total de 482,30 euros ;

2°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Savoie la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

- le juge administratif est seul compétent pour statuer sur l'aide au logement ;

- sa requête n'est pas tardive ;

- la décision du 24 décembre 2019 n'est pas signée et ne comporte pas la mention complète des voies et délais de recours ;

- elle n'a reçu la décision du 24 décembre 2019 que le 23 juin 2020 par courrier simple ;

- l'action en répétition de l'indu est prescrite ;

- les sommes réclamées au titre de l'indu en litige ne lui ont jamais été versées ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle n'a jamais eu de résidence à l'étranger.

Par des mémoires en défense enregistrés le 15 juin 2021 et le 14 décembre 2021, la caisse d'allocations familiales de la Savoie conclut au rejet de la requête.

elle fait valoir que :

- le juge administratif n'est pas compétent pour connaître des conclusions dirigées contre l'indu d'allocation de soutien familiale ;

- les moyens soulevés par Mme D à l'encontre de la décision d'indu d'allocation de logement familiale ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'organisation judiciaire ;

- l'ordonnance n° 2019-770 du 17 juillet 2019 relative à la partie législative du livre VIII du code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que Mme D était connue des services de la caisse d'allocations familiales comme personne seule avec un enfant à charge. À la suite d'un croisement de fichiers avec les services fiscaux et du mariage de l'intéressé intervenue en juillet 2016, la caisse d'allocations familiales de la Savoie a procédé à l'actualisation de ses ressources en intégrant celles de son conjoint. La régularisation de la situation de Mme D a généré deux indus au titre de l'allocation de logement familiale et de l'allocation de soutien familial pour un montant total de 482,30 euros notifiés par décision du 24 décembre 2019. Mme D a formé un recours contre cette décision le 30 juin 2020 qui a été rejeté par la caisse d'allocations familiales le 7 octobre 2020. Mme D doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la recevabilité des mémoires en défense :

2. Aux termes de l'article R. 825-4 du code de la construction et de l'habitation : " Par dérogation aux règles de représentation de l'Etat devant la juridiction administrative, les directeurs des organismes payeurs des aides personnelles au logement ont compétence pour présenter, au nom de l'Etat, les recours, les mémoires en défense et les mémoires en intervention dans les litiges relatifs aux décisions qu'ils prennent devant le tribunal administratif et le Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 847-2 du code de la sécurité sociale : " Les directeurs des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 représentent l'Etat devant le tribunal administratif dans les litiges relatifs aux décisions qu'ils prennent pour son compte en application du présent titre ". Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que seul le préfet territorialement compétent aurait qualité pour défendre dans la présente instance.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

En ce qui concerne l'indu d'allocation de soutien familial :

3. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux général de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole, à l'exception des litiges relevant du contentieux technique de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 142-8 de ce code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : / 1° Au contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 ". Enfin, aux termes de l'article L. 511-1 dudit code : " Les prestations familiales comprennent : () 6° l'allocation de soutien familial () ". Aux termes de l'article R. 142-10 dudit code : " Le tribunal compétent est celui dans le ressort duquel se trouve le domicile du bénéficiaire () ".

4. Aux termes de l'article 32 du décret n° 2015-233 du 27 février 2015 modifié par le décret n° 2018-928 du 29 octobre 2018 : " () lorsque la juridiction est saisie d'un contentieux relatif à l'admission à l'aide sociale tel que défini par le code de l'action sociale et des familles ou par le code de la sécurité sociale, elle transmet le dossier de la procédure, sans préjuger de la recevabilité de la demande, à la juridiction de l'autre ordre de juridiction qu'elle estime compétente par une ordonnance qui n'est susceptible d'aucun recours. ".

5. Les conclusions de la requête de Mme D portent notamment sur un litige relatif à un indu d'allocation de soutien familial d'un montant de 219,30 euros. Il résulte de ce qui est énoncé au point 4, que la juridiction administrative n'est manifestement pas compétente pour connaître de telles conclusions. Par suite, il y a lieu d'accueillir l'exception d'incompétence opposées par la caisse d'allocations familiales de la Savoie. Mme D étant domiciliée à Aix-Les-Bains en Savoie, il y lieu, en application des dispositions précitées au point 3, de transmettre les conclusions de la présente requête dirigées contre l'indu de l'allocation de soutien familial au pôle social du tribunal judiciaire de Chambéry.

En ce qui concerne l'indu d'allocation de logement familiale :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation, créé par l'ordonnance n° 2019-770 du 17 juillet 2019 et désormais applicable : " () Les aides personnelles au logement comprennent : / 2° Les allocations de logement : / a) L'allocation de logement familiale ; ". Aux termes de l'article R. 825-1 du même code : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. () ".

7. D'autre part, l'article 23 de l'ordonnance du 17 juillet 2019, qui a créé l'article L. 825-1 du code de la construction et de l'habitation attribuant à la juridiction administrative la compétence pour connaître des recours contre les décisions prises en matière d'aides personnelles au logement, incluant les allocations de logement familiale et sociale désormais visées à l'article L. 821-1 de ce dernier code, dispose que le transfert de compétence des tribunaux judiciaires spécialement désignés aux tribunaux administratifs en ce qui concerne les aides personnelles au logement ne porte que sur les décisions relatives à ces allocations nées à compter du 1er janvier 2020.

8. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les litiges relatifs à l'allocation de logement familiale et à l'allocation de soutien familial, prestations familiales appartenant au contentieux général de la sécurité sociale, peuvent faire l'objet de recours portés devant les tribunaux judiciaires spécialement désignés si les services de la caisse d'allocations familiales se sont prononcés sur de tels indus par une décision antérieure au 1er janvier 2020.

9. Il résulte de l'instruction que si la caisse d'allocations familiales de la Savoie a notifié l'indu en litige d'allocation de logement familiale par une décision du 24 décembre 2019, Mme D a formé un recours contre cette décision dès le 30 juin 2020 lors de sa contestation de la mise en demeure du 18 juin 2020, recours rejeté par le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Savoie par décision du 7 octobre 2020. Cette décision étant intervenue après le 1er janvier 2020, le juge administratif est donc compétent pour connaître des conclusions de la requête dirigées contre l'indu d'allocation de logement familiale.

Sur l'indu d'allocation de logement familiale :

10. La décision du 7 octobre 2020 comporte la signature de M. E B, directeur de la caisse d'allocations familiales de la Savoie. Par suite le moyen tiré du défaut de signature doit être écarté comme manquant en fait.

11. Aux termes de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans. / Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration, l'action de l'organisme se prescrivant alors par cinq ans () ".

12. Mme D soutient que l'action en répétition de l'indu était prescrite au motif qu'elle n'a pas été engagée dans le délai de deux ans conformément aux dispositions de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale susvisées. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'indu en litige porte sur la période de décembre 2017 à janvier 2018. Par suite, la décision du 24 décembre 2019 a été prise dans le délai de prescription biennale prévu par l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale.

13. Mme D soutient qu'elle n'a perçu ni la somme de 83 euros au titre de l'allocation de logement sociale pour le mois de décembre 2017 ni celle de 180 euros au titre du mois de janvier 2018. Toutefois, il résulte des relevés bancaires produits par l'intéressée, qu'elle a perçu une somme de 192,65 euros le 5 janvier 2018 dont il ne résulte pas de l'instruction qu'elle ne comprendrait pas l'allocation de logement familiale de 83 euros pour le mois de décembre 2017. En outre, les relevés bancaires versés au débat par la requérante sont arrêtés à la date du 1er février 2018, de sorte qu'elle n'établit pas qu'elle n'aurait pas perçu l'allocation de logement familiale de 180 euros pour le mois de janvier 2018, vers le 5 février 2018 correspondant à la date de versement des allocations, comme le fait valoir la caisse d'allocations familiales. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction, contrairement à ce que fait valoir la requérante, que l'indu en litige provienne de la prise en compte par la caisse d'allocations familiales d'une résidence à l'étranger. Par suite, Mme D n'est pas fondée à contester l'indu de 263 euros mis à sa charge.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête relatives à l'indu d'allocation de soutien familial d'un montant de 219,30 euros sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le dossier de la requête portant sur l'indu d'allocation de soutien familial est renvoyé au pôle social du tribunal judiciaire de Chambéry.

Article 3 : Le surplus de la requête de Mme D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2023.

Le président,

J-P. A

La greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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