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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2007338

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2007338

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2007338
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCLEMENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 8 décembre 2020 et le 23 décembre 2022, l'association des commerçants de l'Arlequin, la société en nom collectif (SNC) Yaz Presse, Mme A C, entrepreneur individuel du commerce le " Daly oriental ", la boulangerie de l'Arlequin et la société à responsabilité limitée " le taxiphone ", représentées par Me Clement, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner la commune de Grenoble à leur verser à chacune une indemnité de 10 000 euros sur le fondement de la responsabilité pour faute, soit la somme totale de 40 000 euros ;

2°) de condamner Grenoble-Alpes Métropole à leur verser à chacune une indemnité de 10 000 euros sur le fondement de la responsabilité pour faute, soit la somme totale de 40 000 euros ;

3°) de condamner la commune de Grenoble à verser, au titre des pertes d'exploitation, les sommes provisoires de 5 004 euros à la SNC Yaz Presse, de 775 292 euros à la boulangerie de l'Arlequin et de 235 011 euros à la société " le taxiphone " ;

4°) de condamner la commune de Grenoble à leur verser à chacune la somme de 5 000 euros au titre de leur préjudice moral ;

5°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Grenoble et de Grenoble-Alpes Métropole la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la commune de Grenoble fait preuve de carences fautives dans l'exercice des missions de maintien de la sécurité et de la salubrité publiques qu'elle détient au titre des articles L. 2212-1 et L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales ;

- Grenoble Alpes Métropole n'assure pas correctement sa mission de gestion des déchets conformément à l'article L. 5217-2 I-6° a) du code général des collectivités territoriales ;

- l'inaction fautive du maire de Grenoble et de Grenoble-Alpes Métropole leur cause des préjudices ;

- les travaux de réhabilitation du quartier de l'Arlequin ont eu pour conséquence le départ de nombreux habitants et des difficultés d'accès aux commerces qui ferment les uns après les autres ; elles subissent de ce fait un préjudice grave et spécial de perte d'exploitation qui engage la responsabilité sans faute de la commune de Grenoble au titre de la rupture d'égalité des citoyens devant les charges publiques ;

- en raison du mauvais état du trottoir faisant face à la galerie marchande, la responsabilité sans faute de la commune de Grenoble est également engagée au titre des dommages de travaux publics que subissent les tiers.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2021, la commune de Grenoble et Grenoble Alpes Métropole, représentées par Me Delachenal, concluent au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise solidairement à la charge des requérantes à verser à la commune de Grenoble et à Grenoble Alpes Métropole en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la créance des requérants est prescrite pour la période allant de 2013 au 25 novembre 2016 en vertu de l'article 1 de la loi du 31 décembre 1968 ;

- la demande indemnitaire de Mme C, gérante du commerce " Le Daly oriental ", est irrecevable en raison du protocole d'accord qu'elle a signé le 10 décembre 2020 avec Grenoble Alpes Métropole ;

- les conclusions indemnitaires, en tant qu'elles cherchent à engager la responsabilité pour faute de la commune de Grenoble et de Grenoble Alpes Métropole sont irrecevables en l'absence de recours indemnitaire préalable invoquant ce fondement ;

- aucune faute ne peut être reprochée à la commune de Grenoble dans l'exercice de ses pouvoirs de police en matière de salubrité et de sécurité publique alors que cette dernière mission relève principalement de l'Etat ;

- Grenoble Alpes Métropole assure, en concertation avec la commune, sa mission de gestion des déchets ;

- les commerçants requérants ne justifient pas du préjudice invoqué ;

- au titre des responsabilités sans faute qu'ils invoquent, les requérants ne justifient d'aucun dommage anormal et spécial de nature à justifier leur demande.

Par un mémoire, enregistré le 23 décembre 2022, Mme A C, entrepreneur individuel du commerce le " Daly oriental ", représentée par Mme B, déclare se désister purement et simplement de l'ensemble de ses conclusions indemnitaires.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ban,

- les conclusions de M. Villard, rapporteur public ;

- les observations de Me Thouement représentant la commune de Grenoble et Grenoble Alpes Métropole.

Considérant ce qui suit :

1. L'association des commerçants de l'Arlequin et certains commerçants exerçant leur activité dans la galerie de l'Arlequin déplorent une dégradation des conditions de vie dans ce quartier de Grenoble qui fait l'objet d'une importante restructuration urbaine depuis 2007. Par leur requête, ils demandent la condamnation de la commune de Grenoble et de Grenoble Alpes Métropole à les indemniser des préjudices commerciaux et moral ayant résulté, selon eux, de la carence de ces autorités dans l'exercice de leurs missions de maintien de la sécurité et de la salubrité publiques. Ils recherchent également la responsabilité sans faute de ces mêmes autorités au titre de la rupture du principe de l'égalité des citoyens devant les charges publiques et au titre des dommages de travaux publics.

Sur les conclusions aux fins de désistement :

2. Par mémoire enregistré le 23 décembre 2022, Mme A C, entrepreneur individuel du commerce le " Daly oriental ", déclare se désister de ses conclusions. Ce désistement est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions indemnitaires ;

En ce qui concerne la responsabilité pour faute :

Quant à la salubrité publique :

3. En vertu de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales, le maire est chargé, sous le contrôle administratif du préfet, de la police municipale qui, selon l'article L. 2212-2 de ce code, " a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, l'enlèvement des encombrements, la démolition ou la réparation des édifices et monuments funéraires menaçant ruine, l'interdiction de rien exposer aux fenêtres ou autres parties des édifices qui puisse nuire par sa chute ou celle de rien jeter qui puisse endommager les passants ou causer des exhalaisons nuisibles ainsi que le soin de réprimer les dépôts, déversements, déjections, projections de toute matière ou objet de nature à nuire, en quelque manière que ce soit, à la sûreté ou à la commodité du passage ou à la propreté des voies () ".

4. Aux termes de l'article L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales : " I. - La métropole exerce de plein droit, en lieu et place des communes membres, les compétences suivantes : () 6° En matière de protection et de mise en valeur de l'environnement et de politique du cadre de vie : a) Gestion des déchets ménagers et assimilés () ".

5. Les requérants soutiennent que, depuis de nombreuses années, le quartier de l'Arlequin ne répond pas aux exigences minimales de salubrité publique et se trouve dans un état de saleté et d'abandon qui empire. Ils produisent à l'appui de leurs allégations des témoignages d'habitants ainsi que de nombreuses photographies provenant d'un " tour du quartier " effectué le 19 novembre 2019 et d'un " recueil photographique " montrant la dégradation et le mauvais entretien des sols et des façades d'immeubles, l'état de saleté de certains lieux publics comme les trottoirs et le parc public notamment en raison des dépôts sauvages de déchets et d'encombrants divers, des voitures incendiés situées en pleine rue ou sur des parkings, une capture d'écran extraite d'une vidéo faisant apparaitre des rats dans la galerie commerciale ainsi qu'un panneau de signalisation " Stop " à terre devant le tramway.

6. En réponse, la commune de Grenoble et Grenoble Alpes Métropole font valoir qu'elles ont sensiblement renforcé leurs interventions en matière de propreté urbaine mais qu'elles doivent faire face à une " incivilité " forte des habitants du quartier de l'Arlequin.

7. La commune de Grenoble justifie avoir conclu des marchés spécifiques avec la régie de quartier Villeneuve-Village Olympique pour le ramassage des encombrants sur l'espace public, pour le débarrassage des toits des équipements publics et pour le nettoyage des zones techniques (murs et colonnes). Elle justifie également avoir collecté dans le quartier de l'Arlequin un volume important de dépôts sauvages entre 2019 et 2021 en fournissant un tableau de collecte en m3 des dépôts sauvages enlevés très régulièrement pour la période allant du 1er février 2019 au 31 octobre 2019. Elle fournit un tableau de suivi des dépôts sauvages collectés dans le quartier de Villeneuve en 2019 et 2020 établi par les services d'insertion et de qualification professionnelle entre janvier 2019 et février 2021 ainsi qu'un relevé des prestations diverses réalisées en matière de nettoyages, désinfections, entretien et réfections et enlèvement de dépôts sauvages effectués entre 2016 et 2021. Elle fait enfin état des sommes engagées au titre de la mission de propreté renforcée sur le quartier de l'Arlequin. Il ressort de ces documents et il n'est d'ailleurs pas contesté que les habitants du quartier de l'Arlequin bénéficient d'une fréquence de ramassage plus importante que pour le reste de la commune afin de faire face aux dépôts sauvages plus massifs dans ce quartier.

8. Si les pièces produites par les requérantes établissent la réalité des nuisances diverses dont ils font état, ce constat est trop ponctuel et diffus pour retenir que les usagers de ce quartier ne bénéficient pas d'un niveau raisonnable de salubrité. A cet égard, elles ne permettent pas de saisir des cas précis d'inertie des autorités de police qui auraient persisté malgré les alertes des habitants. Aussi, et compte tenu des mesures prises en matière de salubrité par la commune de Grenoble en collaboration avec Grenoble Alpes Métropole et des réelles difficultés de l'action administrative dans ce quartier, l'exercice respectif de leurs pouvoirs de police en matière de protection de la salubrité, alors qu'elles ne sont tenues qu'à une obligation de moyens dans ce domaine, ne permet pas de caractériser des carences d'ampleur et de persistance de nature à engager leur responsabilité.

Quant à la sécurité publique :

9. En vertu de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales, le maire est chargé, sous le contrôle administratif du préfet, de la police municipale qui, selon l'article L. 2212-2 de ce code, " a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend () ; 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les attroupements, les bruits, les troubles de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique ; 3° Le maintien du bon ordre dans les endroits où il se fait de grands rassemblements d'hommes, tels que les foires, marchés, réjouissances et cérémonies publiques, spectacles, jeux, cafés, églises et autres lieux publics () ".

10. Aux termes de l'article L. 2214-4 du code général des collectivités territoriales : " Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique, tel qu'il est défini au 2° de l'article L. 2212-2 et mis par cet article en règle générale à la charge du maire, incombe à l'Etat seul dans les communes où la police est étatisée, sauf en ce qui concerne les troubles de voisinage. Dans ces mêmes communes, l'Etat a la charge du bon ordre quand il se fait occasionnellement de grands rassemblements d'hommes. Tous les autres pouvoirs de police énumérés aux articles L. 2212-2, L. 2212-3 et L. 2213-9 sont exercés par le maire y compris le maintien du bon ordre dans les foires, marchés, réjouissances et cérémonies publiques, spectacles, jeux, cafés, églises et autres lieux publics ".

11. Il résulte de ces dispositions que, dans les communes où la police est étatisée, le maire est compétent pour réprimer les atteintes à la tranquillité publique en ce qui concerne les troubles de voisinage, le représentant de l'Etat dans le département étant pour sa part compétent pour réprimer les autres atteintes à la tranquillité publique au sens des dispositions du 2° de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales. La commune de Grenoble fait partie des communes dans lesquelles la police est étatisée.

12. Par ailleurs, en vertu de l'article L. 2211-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire concourt par son pouvoir de police à l'exercice des missions de sécurité publique () ".

13. Enfin, l'article L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales dispose que " I. - La métropole exerce de plein droit, en lieu et place des communes membres, les compétences suivantes : () 4° En matière de politique de la ville : b) Animation et coordination des dispositifs contractuels de développement urbain, de développement local et d'insertion économique et sociale ainsi que des dispositifs locaux de prévention de la délinquance () ".

14. Les requérants font valoir que le quartier est en proie à la délinquance, que des véhicules, après avoir été brûlés, cassés ou volés, demeurent sur place sans être enlevés et que les forces de police sont très peu présentes dans ce quartier.

15. La commune de Grenoble produit à l'instance une note de synthèse sur les missions qu'elle assure en matière de prévention de la délinquance. Il en ressort que le service de prévention de la délinquance de la commune pilote le Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) de Villeneuve/Village Olympique, dont fait partie le quartier de l'Arlequin, qui se réunit mensuellement. Il a également mis en place le dispositif des correspondants de nuit en partenariat avec la régie de quartier de la Villeneuve ainsi que des ateliers-formation pour soutenir les professionnels de l'action sociale, éducative, de la santé et de la prévention. Elle pilote également d'autres dispositifs de prévention comme les cellules de prévention mineurs et le travail d'intérêt général.

16. Les requérants n'apportent pas d'éléments suffisamment circonstanciés permettant d'établir que les mesures ainsi prises par la commune de Grenoble, dans le cadre de ses compétences limitées par rapport à celles relevant de l'Etat, seraient insuffisantes ou inappropriées. Par suite, il n'est pas établi que le maire de Grenoble aurait méconnu les pouvoirs de police mis à sa charge par les dispositions précitées dans le quartier de l'Arlequin. Il en est de même pour la responsabilité de Grenoble Alpes Métropole qui est limitée aux dispositifs locaux de prévention de la délinquance.

17. Il résulte de tout de ce qui précède, sans qu'il soit besoin ni de statuer sur la fin de non-recevoir tirée de l'absence de recours indemnitaire préalable présenté portant sur ce fondement ni de se prononcer sur l'exception de prescription quadriennale, que la responsabilité pour faute de la commune de Grenoble et celle de Grenoble Alpes Métropole ne sont pas engagées. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées sur ce fondement doivent être écartées.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute :

Quant à la responsabilité fondée sur le principe de l'égalité des citoyens devant les charges publiques :

18. La collectivité publique à l'origine du projet de rénovation urbaine d'un quartier est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que la mise en œuvre de ce projet peut causer aux tiers par rapport à ce projet. Elle ne peut dégager sa responsabilité que si elle établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure, sans que puisse être invoqué le fait du tiers. Les tiers qui allèguent avoir subi des dommages sont tenus de démontrer, d'une part, le lien de causalité entre la mise en œuvre du projet de rénovation urbaine d'un quartier et les dommages invoqués et, d'autre part, le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent, sauf lorsque le dommage présente un caractère accidentel. A cet égard, n'ouvrent pas droit à indemnité les préjudices qui n'excèdent pas les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux tiers présents au sein ou à proximité immédiate d'un quartier objet d'un projet de rénovation urbaine. Il appartient au juge de porter une appréciation globale sur l'ensemble des chefs de dommages allégué.

19. Les requérants soutiennent que les travaux de réhabilitation du quartier de l'Arlequin ont eu pour conséquence le départ de nombreux habitants et ont entrainé des difficultés d'accès aux commerces qui ferment les uns après les autres et que, de ce fait, ils subissent un préjudice grave et spécial de perte d'exploitation qui engage la responsabilité sans faute de la commune de Grenoble au titre de la rupture d'égalité des citoyens devant les charges publiques.

20. Toutefois, d'une part, les difficultés d'accès aux commerces de la galerie de l'Arlequin ne sont pas établies par la production d'une photographie non datée montrant la présence de quelques gravats sur un trottoir au pied d'une benne. Il n'est pas établi ni même allégué que l'accès de la clientèle aux commerces de la galerie de l'Arlequin, qui a fait l'objet d'une signalisation pour les habitants qui ont été informés, en outre, par des communiqués et un site internet dédié, serait devenu impossible ou très difficile en raison des travaux de rénovation du quartier qui s'étalent, il est vrai, sur une période prolongée. De même, si la réhabilitation de grands ensembles de logements a entrainé le départ d'habitants du quartier, les requérants n'apportent aucun élément précis tendant à chiffrer la baisse de la population en résultant ou à établir la proximité des logements laissés vacants par rapport aux commerces concernés de la galerie de l'Arlequin. De même, les requérants ne précisent pas les parkings et le nombre de places de stationnement supprimés ainsi que les perturbations en résultant pour les clients. Par ailleurs, le seul constat de la fermeture progressive d'une grande partie des commerces qui se trouvaient dans la galerie de l'Arlequin peut résulter de multiples facteurs étrangers à cette opération d'aménagement urbain. Dès lors, le lien de causalité entre la mise en œuvre du projet de rénovation urbaine du quartier et les pertes d'exploitation invoquées n'est pas établi.

21. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que les préjudices commerciaux allégués par les requérants du fait de la diminution de la clientèle des commerces de la galerie provoquée par les travaux de rénovation urbaine présentent, dans les circonstances de l'espèce, une gravité telle que la décision de rénover ce quartier doit être regardée comme leur ayant imposé, dans l'intérêt général, une charge ne leur incombant pas normalement. Dès lors, leurs préjudices ne présentent pas un caractère anormal de nature à leur ouvrir droit à réparation.

22. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à invoquer la responsabilité sans faute sur le fondement de l'égalité des citoyens devant les charges publiques,

Quant à la responsabilité fondée sur les dommages de travaux publics :

23. Le maître de l'ouvrage est responsable vis-à-vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution d'un travail public. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure.

24. Pour solliciter la réparation de leur préjudice au titre des dommages de travaux publics, les requérants se bornent à soutenir que le trottoir situé en face à la galerie marchande comporte des trous et des fissures visibles et que ces défectuosités portent atteinte à l'image de leurs commerces en empêchant la clientèle de circuler sans danger.

25. La seule photographie produite à l'appui de ses allégations, qui fait apparaitre quelques carreaux manquants au sol d'une galerie marchande, n'est de nature à établir ni les difficultés d'accès de la clientèle aux magasins de cette galerie ni la réalité des préjudices invoqués par les requérants.

26. Il résulte de tout de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'exception de prescription quadriennale, que la responsabilité sans faute de la commune de Grenoble et celle de Grenoble Alpes Métropole ne sont pas engagées.

Sur les frais d'instance :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Grenoble et de Grenoble Alpes Métropole, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, en l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants les sommes demandées par la commune de Grenoble et Grenoble Alpes Métropole au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement de Mme A C, entrepreneur individuel du commerce le " Daly oriental ".

Article 2 : La requête de l'association des commerçants de l'Arlequin et autres est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Grenoble et de Grenoble Alpes Métropole tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association des commerçants de l'Arlequin, à la commune de Grenoble et à Grenoble Alpes Métropole.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. Ban, premier conseiller.

M. Doulat, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

Le rapporteur,

J-L. Ban

La présidente,

A. Triolet

La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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