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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2007446

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2007446

mercredi 14 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2007446
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 décembre 2020, M. E D et Mme B C, représentés par Me Borges de Deus Correia, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 août 2020 par laquelle le président du conseil départemental de la Drôme leur a notifié un indu de prime d'activité d'un montant de 17 469,65 euros pour la période du 1er juillet 2014 au 30 avril 2017 et de 4 870,15 euros pour la période du 1er juillet 2015 au 31 janvier 2016 soit un total de 22 339,80 euros ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer ces indus ;

3°) de condamner le département de la Drôme de procéder au remboursement des sommes déjà recouvrées ;

4°) de mettre à la charge du département de la Drôme sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 la somme de 1 200 euros, à verser au conseil de Mme C ;

5°) de mettre à la charge du département de la Drôme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative la somme de 1 200 euros au profit de M. D.

Ils soutiennent que :

- le département de la Drôme n'a pas justifié avoir leur notifié les indus allégués aux termes d'une décision écrite, motivée et comportant l'indication des voies et délais de recours ;

- Mme C a été relaxée des faits de fausse déclaration en vue d'obtenir une prestation ;

- la communauté de vie alléguée n'est pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2022, le département de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient :

- A titre principal, qu'elle est tardive ;

- A titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridique totale par décision du 19 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Borges de Deux Correia, avocat de M. D et Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C était connue de la caisse d'allocations familiales de l'Isère comme personne vivant seule au titre du revenu de solidarité active. Suite à un contrôle effectué en 2017, la caisse a estimé que Mme C vivait en fait avec M. D depuis février 2013. La régularisation du dossier de Mme C a entrainé la notification le 11 juillet 2017 de deux indus de revenu de solidarité active de 17 469,65 euros pour la période du 1er juillet 2014 au 30 avril 2017 et de 4 878,15 euros pour la période du 1er juillet 2015 au 31 janvier 2016. Mme C a formé un recours gracieux qui a été rejeté le 19 septembre 2017. M. D a formulé une nouvelle réclamation le 28 septembre 2020 que le département de la Drôme a rejeté le 8 octobre 2020 pour tardiveté.

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. Le moyen tiré de ce que les indus en litige n'auraient pas été régulièrement notifiés à Mme C, qui les a d'ailleurs contestés, doit être rejeté comme manquant en fait.

4. La circonstance que le jugement du 6 septembre 2019 du tribunal correctionnel de Valence ait relaxé Mme C pour fausse déclaration en vue d'obtenir indument une prestation sociale est sans influence sur le bien-fondé de l'indu litigieux, le juge pénal ne s'étant pas prononcé sur l'existence ou non d'une vie commune entre M. D et Mme C pendant la période considérée. Au demeurant, le service justifie avoir exécuté le jugement en annulant la pénalité de 2 700,50 euros et une partie de la dette de revenu de solidarité active liée à la levée de la prescription biennale pour la période de juillet 2014 à juin 2015.

5. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer ". Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ". La mise en commun avec une personne de ses ressources et ses charges constitue un indice d'une telle vie commune.

6. Il résulte des dispositions des articles L. 262-2 et L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles que le revenu de solidarité active a pour objet de porter les ressources de l'ensemble du foyer à un montant forfaitaire, tandis que l'allocation de logement familiale est attribuée, lorsque sont remplies des conditions touchant, notamment, aux ressources du foyer et à la nature du logement, aux personnes qui occupent à titre de résidence principale un logement dont elles sont propriétaires ou locataires. Ainsi, eu égard à la finalité de ces prestations, les sommes qui ont été indûment perçues au titre de celles-ci peuvent en principe être récupérées, en tout ou partie, tant auprès de l'allocataire que de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin, lorsque cette personne a été prise en compte pour le calcul de l'allocation. En effet, en cas de mariage ou de pacte civil de solidarité, chacun des époux ou partenaires liés par un pacte civil de solidarité peut être, le cas échéant, appelé à répondre solidairement d'une telle dette sur le fondement, respectivement, des articles 220 et 515-4 du code civil et, en cas de concubinage, eu égard à l'objet de l'allocation et à son mode de calcul, les concubins sont tenus solidairement au remboursement de l'indu à raison du bénéfice qu'ils en ont l'un et l'autre retiré.

7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête du 29 mai 2017 qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme C et M. D, qui ont eu deux enfants ensemble en 2011 et 2013, sont propriétaires indivis d'un terrain à Alixan, qu'ils ont un livret d'épargne commun alimenté par M. et Mme depuis son ouverture le 1er février 2013 et que le vérificateur a constaté des virements réguliers entre les comptes et l'absence de versement d'une pension pour les enfants. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la caisse a reconnu l'existence d'une situation de concubinage pendant la période considérée et a recherché le remboursement des indus générés par la prise en compte des ressources de M. D entre les mains des deux requérants.

8. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense par le département de la Drôme, que la requête de M. D et Mme C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D et Mme C est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, M. E D, à Me Borges de Deus Correira et au département de la Drôme.

Copie sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2022.

Le président,

J-P. A

La greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui les concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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