jeudi 8 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2007540 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | MOLLARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 décembre 2020 et des mémoires complémentaires produits le 30 mai 2022 et le 18 août 2022, Mme E A, représentée par Me Mollard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 25 juillet 2019 par laquelle la directrice des ressources humaines de l'université Savoie Mont Blanc l'a affectée d'office au sein de la faculté de droit ;
2°) d'annuler la décision implicite intervenue le 27 juillet 2020 par laquelle le président de l'université Savoie Mont Blanc a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
3°) d'enjoindre à l'université Savoie Mont Blanc de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
4°) de condamner l'université Savoie Mont Blanc à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation du préjudice qui lui a été causé par des faits de harcèlement moral ;
5°) de mettre à la charge de l'université Savoie Mont Blanc la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'université Savoie Mont-Blanc est engagée dès lors qu'elle a manqué à son obligation de protection de la sécurité et la santé de son agent ;
- sa responsabilité est engagée au regard de la faute relative à sa mutation d'office dans un autre service ;
- la mutation d'office prononcée à son encontre le 25 juillet 2019 constitue une sanction déguisée ;
- les fautes commises par l'université Savoie Mont-Blanc lui ont causé un préjudice moral et un trouble dans les conditions d'existences justifiant une indemnité de 50 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2022, l'université Savoie Mont Blanc conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les faits de harcèlement moral ne sont pas établis, et conteste la réalité des préjudices invoqués.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de la tardivité des conclusions aux fins d'annulation de la décision d'affectation du 25 juillet 2019 et du refus implicite de protection fonctionnelle du 25 juillet 2020.
Par une ordonnance du 7 juillet 2022, la clôture d'instruction a été reportée au 29 août 2022 à 12 heures en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 82-453 du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Triolet,
- les conclusions de Mme Vaillant, rapporteure publique,
- et les observations de Me Mollard, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, titularisée depuis le 15 avril 2018, est adjointe en gestion administrative au secrétariat pédagogique du département sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) à l'université Savoie Mont Blanc. Mme A demande au tribunal de condamner l'Université Savoie Mont Blanc à lui verser une indemnité totale de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi du fait des agissements de harcèlement moral dont elle a été victime de la part de ses supérieurs hiérarchiques et du manquement de son employeur à son obligation de protection en matière de sécurité et de santé. Elle demande également l'annulation de la décision du 25 juillet 2019 par laquelle la directrice des ressources humaines de l'université Savoie Mont Blanc l'a affectée d'office au sein de la faculté de droit ainsi que la décision implicite intervenue le 27 juillet 2020 par laquelle le président de l'université Savoie Mont Blanc a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. / () ".
3. D'autre part, en vertu de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code aux termes desquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ", ni celles de son article L. 112-6 qui dispose que : " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis () ".
4. Enfin, l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre les autorités administratives et leurs agents.
5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'administration n'a pas à accuser réception de la demande d'un de ses agents et que, pour ceux-ci, le délai de deux mois pour se pourvoir contre la décision implicite née du silence gardé par l'administration court dès la naissance de cette décision. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet qu'il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour se pourvoir.
6. S'agissant de la décision de mutation du 25 juillet 2019, le silence gardé par l'administration sur le recours gracieux réceptionné le 30 septembre 2019 a fait naître une décision implicite de rejet à l'issue d'un délai de deux mois. Les conclusions en annulation de cette décision, enregistrées le 11 décembre 2020, sont donc tardives.
7. S'agissant de la demande de protection fonctionnelle formée par Mme A le 25 mai 2020 et implicitement rejetée le 27 juillet 2020, le délai de deux mois pour former un recours contentieux était expiré lorsque Mme A a introduit des conclusions en annulation le 11 décembre 2020. Tardives, ces conclusions doivent être rejetées.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
9. Mme A doit être regardée comme demandant à ce que la responsabilité de l'administration soit engagée au regard des fautes commises tenant au harcèlement moral subis, au manquement à l'obligation de sécurité et de protection de la santé et à un changement d'affectation.
En ce qui concerne le harcèlement moral
10. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration à laquelle il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
11. Pour faire présumer le harcèlement moral dont elle soutient avoir été victime depuis le début de l'année 2018, Mme A soutient, en premier lieu, qu'elle a subi une remise en question injuste et permanente de son travail par sa supérieure hiérarchique, Mme B et un enseignant, M. C. Toutefois, s'il est constant que la charge de travail de la requérante était importante et que le contexte de travail était dégradé, Mme A ne fait état d'aucun fait précis et se borne à produire un témoignage de Mme D, adjointe administrative au département STAPS, exposant que Mme B avait du mépris pour l'intéressée et que M. C avait la requérante " dans le collimateur ", sans que ces allégations soient circonstanciées, accompagnées d'exemples concrets ni même étayées par Mme A. La circonstance que les rapports d'expertises psychiatriques, établis après l'incident du 13 novembre 2018 et sur la base des seules déclarations de l'intéressée, fassent état d'un " vécu antérieur de succession de vexation, qui semblent elles aussi corroborées par les témoignages écrits au dossier " ne permet pas de tenir pour acquis l'existence de " vexations " qui ne ressortent d'aucune pièce du dossier. Dans ces conditions, Mme A ne produit pas d'éléments suffisants pour faire présumer l'existence du harcèlement moral allégué.
12. En deuxième lieu, Mme A soutient que Mme B s'est immiscée dans sa vie privée en la convoquant pour demander des explications sur la nature de ses relations avec un enseignant. S'il ne relève pas des prérogatives d'un supérieur hiérarchique de chercher à savoir ce qu'il en était de la relation de Mme A avec cet enseignant et du statut marital des intéressés, l'incidence sur le service du temps passé à échanger entre eux justifiait en revanche l'entretien au cours duquel a été pointé son manque de disponibilité ainsi que des difficultés relationnelles et techniques au travail. Si le comportement inadapté de la supérieure hiérarchique est avéré, il est, dans ce contexte, insuffisant pour laisser présumer l'existence d'un harcèlement moral.
13. En troisième lieu, Mme A soutient que la décision du 25 juillet 2019 l'affectant à un autre poste constitue un élément du harcèlement moral qu'elle estime subir. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il s'agit d'un poste équivalent au sien, sans diminution de ses responsabilités et que la décision a été prise dans l'intérêt du service afin de faciliter les relations de travail à la suite de l'incident du 13 novembre 2018. Ainsi, cet élément ne permet pas d'établir l'existence de faits révélant un exercice anormal du pouvoir hiérarchique.
14. En dernier lieu, le 13 novembre 2018, Mme A, alors qu'elle était en pause, a subi devant l'ensemble des agents présents une agression verbale de la part de Mme B venue lui remettre des documents en urgence. Cet incident a été considéré comme imputable au service le 17 juin 2019 avec reconnaissance d'une invalidité définitive fixée à 20% et Mme A a été déclarée inapte définitivement au service. Toutefois, si cet évènement révèle un comportement inadapté de Mme B en qualité de supérieure hiérarchique, ce fait présente un caractère isolé qui ne saurait faire présumer l'existence de faits répétés constitutifs de harcèlement moral de la part des supérieurs hiérarchiques de Mme A.
15. Il résulte de ce qui a été dit aux points 10 à 13 qu'aucun des faits invoqués par Mme A, pris isolément ou dans leur ensemble, ne constituent des agissements de nature à faire naître une présomption de harcèlement moral exercé à son encontre.
En ce qui concerne l'obligation de sécurité et de protection de la santé
16. Aux termes de l'article L. 136-1 du code général de la fonction publique : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux agents publics durant leur travail dans les conditions fixées au titre Ier du livre VIII ". Aux termes de l'article 2-1 du décret du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique : " Les chefs de service sont chargés, dans la limite de leurs attributions et dans le cadre des délégations qui leur sont consenties, de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité ".
17. Mme A, qui ne développe pas d'argumentaire distinct de celui relatif au harcèlement, ne saurait soutenir qu'en s'abstenant de prendre toute mesure de nature à mettre fin à ces agissements l'université Savoie Mont Blanc auraient commis une faute. En tout état de cause, il n'apparaît pas, au regard des pièces du dossier, que le mal-être de Mme A ait été signalé à sa supérieure hiérarchique directe avant l'incident du 13 novembre 2018, contrairement à ce qu'elle indique. S'il est constant que le climat de travail était dégradé au regard d'une réorganisation générale du temps de travail, il ressort des différents échanges que Mme B avait proposé des aménagements ponctuels pour une acclimatation progressive. En outre, si elle avait fait part à cette dernière que des " clans " s'étaient formés au sein du service, Mme B lui avait alors proposé un bureau isolé, ce qu'elle a refusé. Enfin, à la suite de l'incident du 13 novembre 2018, la directrice des ressources humaines a, par une décision du 25 juillet 2019, changé d'affectation Mme A, sans que cela n'abaisse ses responsabilités puisqu'il s'agissait du même poste mais au sein d'un autre département de l'université, afin d'éloigner l'intéressée de son ancien environnement professionnel. Cette nouvelle affectation pouvant être considérée comme une mesure de protection de l'agent. Dans ces conditions, le manquement allégué de l'établissement à son obligation de sécurité et de protection de la santé au travail n'est pas établi.
En ce qui concerne le changement d'affectation
18. Aux termes de l'article L. 133-3 du code général de la fonction publique : " Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un agent public en raison du fait que celui-ci : / () /
1° Subi ou refusé de subir les faits de harcèlement sexuel mentionnés à l'article L. 133-1, y compris, dans le cas mentionné au 1° du même article L. 133-1, si les propos ou comportements n'ont pas été répétés, ou de harcèlement moral mentionnés à l'article L. 133-2 ;".
19. Ainsi qu'il a été dit aux points 13 et 17, le changement d'affectation de Mme A ne saurait être constitutif d'une faute de la part de l'université Savoie Mont Blanc dès lors que cette décision a été prise dans l'intérêt du service, pour la protection de Mme A et qu'elle n'affecte pas ses responsabilités. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'université Savoie Mont Blanc a commis une faute en changeant son affectation.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
21. Partie perdante dans cette instance, Mme A ne peut prétendre à l'allocation d'une quelconque somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et à l'université Savoie Mont Blanc.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Doulat, premier conseiller,
M. Villard, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.
La présidente-rapporteure,
A Triolet
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
F. DoulatLa greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026