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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2007901

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2007901

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2007901
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantVIGNERON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 décembre 2020 et le 16 janvier 2023, M. C A, représenté par Me Vigneron, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé d'abroger la décision du 16 décembre 2019 par laquelle il a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte tout en le munissant dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours sous astreinte journalière de 200 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation, en méconnaissance de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il méconnaît l'article L. 243-1 du code des relations entre le public et l'administration et le 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il souffre d'une sclérose en plaques qui nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Une pièce a été transmise par le préfet de l'Isère le 20 janvier 2023, qui a été communiquée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Barriol a lu son rapport.

Les parties ne sont pas présentes et ne sont pas représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant albanais né le 11 juin 1988, est entré en France le 29 avril 2019. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée le 30 août 2019 par l'OFPRA. Par un arrêté du 16 décembre 2019, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours avec une interdiction de retour d'un an et a désigné le pays de destination. Le 24 août 2020, M. B a demandé au préfet de l'Isère l'abrogation de l'arrêté du 16 décembre 2019, en raison du dépôt d'une demande de titre de séjour au regard de son état de santé déposé le 11 octobre 2019. Dans la présente instance, M. A demande l'annulation de la décision implicite née du silence gardé par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite portant refus d'abrogation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. ". Il appartient à tout intéressé de demander à l'autorité compétente de procéder à l'abrogation d'une décision illégale non réglementaire qui n'a pas créé de droits, si cette décision est devenue illégale à la suite de changements dans les circonstances de droit ou de fait postérieurs à son édiction. A cet égard, un étranger est recevable à demander l'annulation d'une décision refusant d'abroger un refus de titre de séjour.

3. Pour contester la décision portant refus d'abrogation de la décision du 16 décembre 2019 du préfet du préfet de l'Isère portant obligation de quitter le territoire français, le requérant se prévaut de son état de santé et du dépôt d'une demande de titre de séjour dès lors qu'il est atteint d'une sclérose en plaques. Il justifie, dès lors, d'un changement dans les circonstances de fait postérieures à l'édiction de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".

5. Par ailleurs, les règles relatives au délai raisonnable au-delà duquel le destinataire d'une décision ne peut exercer de recours juridictionnel, qui ne peut en règle générale excéder un an sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, sont également applicables à la contestation d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur une demande présentée devant elle, lorsqu'il est établi que le demandeur a eu connaissance de la décision.

6. Le 24 août 2020, M. A a sollicité l'abrogation de l'arrêté du 16 décembre 2019. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un accusé de réception de cette demande avec mention des voies et délai de recours lui ait été délivré par la préfecture. Le délai de recours contentieux de deux mois n'est donc pas opposable à l'encontre de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'autorité préfectorale. Le refus implicite qui a été opposé par le préfet de l'Isère à la demande de M. A d'abrogation le 24 août 2020 constitue une mesure de police qui doit être motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 27 octobre 2020, M. A a présenté, dans le délai raisonnable d'un an, qui lui était seul opposable en application du principe mentionné au point 5 du présent jugement, une demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande. L'administration n'a pas communiqué les motifs de cette décision dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, le requérant est fondé à demander, pour ce motif, l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande d'abrogation de l'arrêté du 16 décembre 2019.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été implicitement abrogée par la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour délivrée pour la période du 5 août 2022 au 4 février 2023, et qu'une demande de titre de séjour est en cours d'examen par le préfet de l'Isère.

Sur les frais de justice :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais irrépétibles.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet de l'Isère a implicitement rejeté sa demande tendant à l'abrogation de l'arrêté du 16 décembre 2019 est annulée.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Vigneron et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 3 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

La rapporteure,

E. Barriol

La présidente,

D. JOURDAN

La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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