lundi 30 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2007931 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP JOSEPH MANDROYAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 décembre 2020 et le 27 août 2021, M. C A, représenté par Me Joseph, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 4 429 580 euros en réparation des préjudices qu'il a subis et résultant du refus, par l'administration, de reconnaître son diplôme allemand de snowboard et de lui délivrer une carte professionnelle ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le refus de l'administration de reconnaître sa qualification allemande de moniteur de snowboard et de lui délivrer une carte professionnelle pour l'exercice de cette activité est illégal et donc constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- cette faute lui a causé un préjudice financier résultant de la perte d'exploitation de son entreprise, évaluée à 1 039 450 euros pour la période allant de 2001 à 2009 et évaluée à 3 090 130 euros pour la période allant de 2010 à 2019, ainsi qu'un préjudice moral évalué à 300 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 juillet 2021, la ministre déléguée auprès du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports, chargée des sports, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- il n'y a pas eu de volonté délibérée et fautive de ne pas reconnaître les diplômes de M. A ;
- le lien de causalité entre les préjudices et le fait dommageable n'est pas établi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 92/51/CEE du Conseil des communautés européennes du 18 juin 1992 relative à un deuxième système général de reconnaissance des formations professionnelles, qui complète la directive 89/48/CEE ;
- le code du sport ;
- le décret n°89-685 du 21 septembre 1989 relatif à l'enseignement contre rémunération et à la sécurité des activités physiques et sportives ;
- le décret n°93-1035 du 31 août 1993 relatif au contrôle de l'enseignement contre rémunération des activités physiques et sportives ;
- le décret n°97-314 du 4 avril 1997 relatif à la reconnaissance des qualifications acquises par les ressortissants des Etats membres de l'Union européenne et des autres Etats parties à l'accord sur l'Espace économique européen en vue de l'exercice de l'une des professions ou activités visées à l'article 43 de la loi n° 84-610 du 16 juillet 1984 modifiée relative à l'organisation et à la promotion des activités physiques et sportives ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pfauwadel, président,
- les conclusions de M. Journé, rapporteur public,
- les observations de M. Joseph, avocat de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, titulaire d'un diplôme allemand de moniteur de snowboard, s'est installé en France pour exercer cette activité. En 2000, il a déposé une demande d'équivalence de son diplôme, laquelle, après examen par la commission nationale des équivalences (CNE), a été rejetée par le ministre de la jeunesse et des sports. Ce ministre a également rejeté par décision implicite le recours hiérarchique formé par l'intéressé le 13 novembre 2006 contre ce refus. La légalité de cette décision a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 17 novembre 2011. Par une lettre du 19 août 2020, M. A a demandé à la ministre chargée des sports de lui verser la somme de 4 429 580 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de ces décisions de refus. Il demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser cette somme.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. D'une part, aux termes de l'article 6 de la directive 92/51/CEE du Conseil des communautés européennes du 18 juin 1992 relative à un deuxième système général de reconnaissance des formations professionnelles, qui complète la directive 89/48/CEE : " Lorsque, dans l'État membre d'accueil, l'accès à une profession réglementée ou son exercice est subordonné à la possession d'un certificat, l'autorité compétente ne peut refuser à un ressortissant d'un État membre, pour défaut de qualification, d'accéder à cette profession ou de l'exercer dans les mêmes conditions que les nationaux : / a) si le demandeur possède le diplôme, tel que défini dans la présente directive ou tel que défini dans la directive 89/48/CEE, ou le certificat qui est prescrit par un autre État membre pour accéder à cette même profession sur son territoire ou l'y exercer, et qui a été obtenu dans un État membre () ". Aux termes de l'article 7 de cette même directive : " L'article 6 ne fait pas obstacle à ce que l'État membre d'accueil exige également du demandeur : / a) qu'il accomplisse un stage d'adaptation pendant deux ans au maximum ou se soumette à une épreuve d'aptitude lorsque la formation qu'il a reçue selon l'article 5 premier alinéa points a) ou b) porte sur des matières théoriques et/ou pratiques substantiellement différentes de celles couvertes par le certificat requis dans l'État membre d'accueil, ou lorsqu'il y a des différences dans les champs d'activité caractérisées dans l'État membre d'accueil par une formation spécifique portant sur des matières théoriques et/ou pratiques substantiellement différentes de celles couvertes par le titre de formation du demandeur () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 2 du décret n°89-685 du 21 septembre 1989 relatif à l'enseignement contre rémunération et à la sécurité des activités physiques et sportives : " Les diplômes étrangers sont admis en équivalence aux diplômes mentionnés à l'article 1er du présent décret par le ministre chargé des sports après avis d'une commission comprenant des représentants de l'administration, des employeurs et des personnels techniques et dont l'organisation est fixée par arrêté du ministre chargé des sports. ". Aux termes de l'article 2-1 de ce même décret, introduit par le décret n°97-314 du 4 avril 1997 : " Lorsque la demande d'équivalence est présentée par un ressortissant d'Etat membre de l'Union européenne (), qui désire exercer en France l'une des professions ou activités visées à l'article 43 de la loi du 16 juillet 1984 susvisée, le ministre chargé des sports admet le titre de l'intéressé en équivalence au diplôme requis par la législation nationale dans les cas suivants : / 1. Le candidat possède un titre acquis dans un Etat membre de l'Union européenne ou un Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen, permettant l'exercice de la profession ou activité concernée dans un Etat membre ou un Etat partie qui réglemente l'exercice de cette profession ou activité ; () / Dans tous ces cas, lorsque la formation de l'intéressé porte sur des matières substantiellement différentes de celles qui figurent au programme du diplôme exigé en application de l'article 43 de la loi du 16 juillet 1984 susvisée ou lorsque le titre dont justifie l'intéressé ne prépare pas à l'ensemble des activités auxquelles donne accès le diplôme national, le ministre chargé des sports peut exiger que l'intéressé choisisse soit de se soumettre à une épreuve d'aptitude, soit d'accomplir un stage d'adaptation dont la durée ne peut excéder deux ans et qui fait l'objet d'une évaluation. Pour l'encadrement des activités physiques et sportives énumérées en annexe, le ministre chargé des sports peut toutefois imposer une épreuve d'aptitude () ". Aux termes de l'annexe de ce décret : " Liste des activités physiques et sportives pour l'encadrement desquelles le ministre chargé des sports peut imposer aux ressortissants communautaires et aux ressortissants d'un Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen une épreuve d'aptitude en application de l'article 2-1 : / - ski et ses dérivés ; () ".
4. Il résulte de l'instruction que le ministre de la jeunesse et des sports a refusé de reconnaître le diplôme allemand de moniteur de snowboard de M. A comme équivalent au brevet d'Etat d'éducateur sportif premier degré option ski alpin, au motif que cette activité devait être assimilée au ski alpin et que le diplôme de M. A n'intégrait pas les compétences professionnelles indissociables de l'exercice de la profession de moniteur de ski, estimant qu'il résultait de cette situation un déficit substantiel de qualification et invitant l'intéressé à se soumettre à une épreuve d'aptitude.
5. Il résulte des stipulations et dispositions précitées que l'accès à une profession réglementée ne peut être refusé à un ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne pour défaut de qualification si ce dernier justifie posséder un diplôme tel que défini par la directive 92/51/CEE ou le certificat qui est prescrit par un autre Etat membre pour accéder à cette profession. M. A, qui est titulaire du diplôme allemand de moniteur de snowboard, ne pouvait pas se voir refuser sa demande d'équivalence au motif que le diplôme de moniteur de snowboard n'existait pas en France et que cette activité devait être assimilée à celle de moniteur de ski alpin. Dans ces conditions, l'administration, qui ne démontre pas, ainsi qu'il lui incombe, qu'il existait une différence substantielle entre la formation de l'intéressé et celle requise sur le territoire français, ne pouvait légalement refuser de reconnaître le diplôme de moniteur de snowboard allemand de M. A en application de la directive 92/51/CEE portant sur la reconnaissance mutuelle des diplômes. Par suite, l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
6. Aux termes de l'article L. 212-1 du code du sport, dans sa rédaction applicable aux faits de l'espèce : " I. Seuls peuvent, contre rémunération, enseigner, animer ou encadrer une activité physique ou sportive ou entraîner ses pratiquants, à titre d'occupation principale ou secondaire, de façon habituelle, saisonnière ou occasionnelle () les titulaires d'un diplôme, titre à finalité professionnelle ou certificat de qualification : 1° Garantissant la compétence de son titulaire en matière de sécurité des pratiquants et des tiers dans l'activité considérée ; 2° Et enregistré au répertoire national des certifications professionnelles dans les conditions prévues au II de l'article L. 335-6 du code de l'éducation. () II. Le diplôme mentionné au I peut être un diplôme étranger admis en équivalence. () ". Aux termes de l'article 12 du décret n°93-1035 du 31 août 1993 relatif au contrôle de l'enseignement contre rémunération des activités physiques et sportives, dans sa version applicable aux faits de l'espèce : " Toute personne désirant exercer l'une des fonctions mentionnées au premier alinéa de l'article L. 212-1 du code du sport et titulaire des diplômes, titres à finalité professionnelle ou certificats de qualification requis doit en faire préalablement la déclaration au préfet du département dans lequel elle compte exercer son activité. () ". Aux termes de l'article 13 du même décret, dans sa version applicable aux faits de l'espèce : " Le préfet délivre une carte professionnelle d'éducateur sportif à tout titulaire d'un diplôme, titre à finalité professionnelle ou certificat de qualification inscrit sur la liste prévue au dernier alinéa des articles L. 212-1 et L. 212-2 du code du sport, lorsqu'il a fait la déclaration prévue par l'article 12. () ". Enfin, aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 27 juin 2005 relatif à la déclaration d'activité prévue aux articles 12 et 13-1 du décret n° 93-1035 du 31 août 1993 modifié relatif au contrôle de l'enseignement contre rémunération des activités physiques et sportives, dans sa rédaction applicable aux faits de l'espèce : " La déclaration prévue aux articles 12 et 13-1 du décret du 31 août 1993 susvisé, dont un exemplaire type figure en annexe, comporte les nom, prénoms, date et lieu de naissance et domicile des intéressés, et fait mention des diplômes, titres à finalité professionnelle, certificats, de qualification professionnelle ou autorisation d'exercice, ou, pour les personnes en formation, de la qualification préparée. / Sont jointes à cette déclaration une copie d'une pièce d'identité, une photographie d'identité, une déclaration sur l'honneur attestant de l'exactitude des informations figurant dans le formulaire de déclaration et une copie simple de chacun des diplômes, titres, certificats ou autorisation invoqués () ".
6. M. A soutient également que l'administration aurait commis une faute en refusant de lui délivrer une carte professionnelle pour l'exercice de la profession de moniteur de snowboard en 2006. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. A n'a pas déposé la déclaration prévue par les dispositions précitées du décret n°93-1035 du 31 août 1993 et de l'arrêté du 27 juin 2005. Dans ces conditions, l'administration était tenue de refuser de lui délivrer une carte professionnelle d'éducateur sportif. Par suite, l'Etat n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité.
7. M. A sollicite l'indemnisation des pertes financières subies par son entreprise " Atelier du snowboard ". Il soutient que le refus de reconnaissance de son diplôme de moniteur de snowboard l'a empêché d'embaucher plusieurs moniteurs de snowboard, générant une perte d'exploitation. Par ailleurs, il soutient que cette perte s'étend à ses activités de location et de vente de matériel de snowboard. Toutefois, le lien de causalité entre le refus de reconnaissance de son diplôme allemand et ces préjudices n'est pas établi dès lors que le requérant ne démontre pas en quoi ce refus l'aurait privé de la possibilité de recruter des moniteurs de ski aptes à enseigner le snowboard, d'autant que le refus dont il a fait l'objet n'avait pas pour conséquence de le priver de la possibilité de poursuivre son activité de vente et de location de matériel. Dans ces conditions, ces préjudices matériels ne peuvent être indemnisés.
8. Le refus de reconnaissance de l'équivalence de son diplôme a cependant entraîné pour M. A un préjudice moral. Il en sera fait une juste appréciation en fixant à 2 000 euros l'indemnité correspondante.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser une somme 2 000 euros à M. A.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 2 000 euros.
Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Permingeat, première conseillère,
M. Derollepot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.
Le président rapporteur,
T. Pfauwadel
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
F. Permingeat
Le greffier,
M. B
La République mande et ordonne au ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026