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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2008009

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2008009

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2008009
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDOS SANTOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 décembre 2020 et un mémoire enregistré le 16 août 2021, Mme A B, représentée par Me Dos Santos, demande au tribunal :

1°) de la décharger des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux majorés et augmentés d'intérêts de retard auxquels elle a été assujettie au titre des années 2011 à 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure d'établissement des impositions auxquelles elle a été assujettie au titre de 2011 et 2012 est irrégulière en l'absence d'envoi, par le service, d'un avis préalable de vérification de comptabilité ;

- il en va de même de la procédure d'établissement des impositions auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 et 2014, car, dans la mesure où le service ne lui a pas restitué, avant mise en recouvrement, les relevés de comptes bancaires qu'elle lui avait remis dans le cadre de l'examen de situation fiscale personnelle dont elle a fait l'objet, elle n'a pas été mise à même de discuter utilement la proposition de rectification qui lui a été notifiée le 1er décembre 2016 ;

- la somme retenue par l'administration fiscale (548 125 euros) comme base des impositions en litige est excessive, la Cour d'appel de Lyon ayant arrêté le montant des détournements de fonds dont elle s'est rendue coupable à 495 435, 70 euros. Subsidiairement, seuls les détournements commis en 2012 et 2013 (546 429,58 euros), seules années pleines et entières visées par la prévention pénale, lui sont opposables ;

- la somme de 285 000 euros que le comité d'établissement de la branche industrie de la société Randstard lui a prêtée en 2013 ne saurait, compte tenu de sa nature de prêt, être imposée dans la catégorie des bénéfices non commerciaux ;

- les sommes que le comité d'établissement lui a versées ne sont pas imposables ou, subsidiairement, sont imposables dans la catégorie des traitements et salaires ;

- ces sommes n'étant pas imposables dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, elle ne pouvait se voir infliger la majoration de 80% prévue par l'article 1728 du code général des impôts ;

- la majoration des impositions en litige n'est pas motivée.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 17 juin 2021 et le 21 septembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Le mémoire présenté par Mme B, enregistré le 17 novembre 2022, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller,

- les conclusions de M. Journé, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. De 2011 à 2014, Mme B a occupé les fonctions de trésorière du comité d'établissement de la branche industrie de la société Randstad qui l'employait. Elle s'est, à l'occasion de l'exercice de ces fonctions, rendue coupable d'abus de confiance, blanchiment par concours à une opération de placement, dissimulation ou conversion du produit d'un délit et faux et usage de faux, délits pour lesquels elle a été pénalement condamnée en dernier lieu par un arrêt de la Cour d'appel de Lyon du 25 novembre 2020. Alors que l'intéressée faisait l'objet d'un examen de situation fiscale personnelle ayant débuté le 26 mai 2016, l'administration fiscale a été informée de ces faits par le procureur de la République en application de l'article L. 101 du livre des procédures fiscales. Elle a alors engagé, en plus de l'examen en cours, un contrôle sur pièces des revenus de Mme B au titre des années 2011 et 2012 et une vérification de comptabilité de ses revenus des années 2013 et 2014. A l'issue de ces différentes procédures, elle a assujetti Mme B à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvement sociaux majorés et augmentés d'intérêts de retard dont l'intéressée demande, dans la présente instance, la décharge.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'établissement des impositions en litige :

2. Aux termes de l'article L. 47 C du livre des procédures fiscales : " Lorsque, au cours d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, sont découvertes des activités occultes ou mises en évidence des conditions d'exercice non déclarées de l'activité d'un contribuable, l'administration n'est pas tenue d'engager une vérification de comptabilité pour régulariser la situation fiscale du contribuable au regard de cette activité ".

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que les détournements de fond commis par Mme B n'ont pas été portés à la connaissance de l'administration fiscale par des mesures d'investigation auxquelles elle se serait livrée dans le cadre de l'examen de situation fiscale personnelle de la requérante qu'elle venait d'engager le 26 mai 2016, mais grâce à l'information délivrée par le procureur de la République sur le fondement de l'article 101 du livre des procédures pénales le 29 août 2016 à la suite de laquelle le service a usé du droit de communication que lui confère l'article L. 82 C du livre des procédures fiscales. Par suite, les dispositions citées au point précédent ne sont pas applicables. Dès lors que le service ne s'est fondé que sur des pièces extérieures à toute comptabilité, il n'était pas tenu de mettre en œuvre la procédure de vérification de comptabilité pour déterminer les revenus perçus par la requérante en 2011 et 2012. Par ailleurs, la seule circonstance que les redressements intervenus au titre de ces deux années et ceux assis sur les revenus perçus par la requérante en 2013 et 2014 soient motivés de manière identique dans les propositions de rectification qui lui ont été adressées le 1er décembre 2016 n'est pas de nature à établir que le contrôle portant sur les années 2011 et 2012 aurait consisté en une vérification de comptabilité. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure d'établissement des cotisations supplémentaires auxquelles Mme B a été assujettie au titre des années 2011 et 2012 faute d'envoi, par l'administration fiscale, d'un avis de vérification de comptabilité doit être écarté.

4. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions figurant sur les accusés de production versés dans l'instance par la requérante, que les documents bancaires qu'elle a remis à l'administration fiscale lors de l'examen de situation fiscale personnelle dont elle a fait l'objet au titre des années 2013 et 2014 consistaient en des copies. Par suite, Mme B, qui, dans ces circonstances, doit être regardée comme étant en possession des documents originaux, n'est pas fondée à soutenir que faute de restitution, par le service, de ces documents, elle a été privée de la possibilité de contester utilement la proposition de rectification qui lui a été adressée le 1er décembre 2016. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :

5. Il résulte des énonciations de l'arrêt de la Cour d'appel de Lyon du 25 novembre 2020 que si le montant des détournements de fonds commis par Mme B a été limité à la somme de 495 435,70 euros pour le prononcé de sa condamnation pénale, c'est en raison de la période visée à la prévention qui ne débutait qu'au 1er juillet 2011. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'autorité qui s'attache aux constatations de fait opérées par le juge pénal imposerait la limitation de l'assiette des impositions en litige à cette somme alors qu'il résulte de ce même arrêt que les détournements totaux dont elle s'est rendue coupable au titre des années 2011 à 2014 s'élèvent 556 203,70 euros, somme supérieure à celle retenue par l'administration fiscale pour l'établissement des impositions auxquelles elle a été assujettie (548 125 euros). Par ailleurs, l'action entreprise par l'administration fiscale se rapportant aux années civiles 2011 à 2014 et étant indépendante des poursuites pénales dont Mme B a fait l'objet, aucun principe juridique ne justifierait que, subsidiairement, la base des impositions contestées soit limitée aux seules années 2012 et 2013 au motif qu'il s'agit des seules années " pleines et entières visées par la prévention pénale ". Par suite, la requérante n'est pas fondée à en demander la réduction. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

6. Aux termes de l'article 92 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices () de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus ".

7. La Cour d'appel de Lyon a, entre autres, reconnu Mme B coupable du détournement d'une somme de 285 000 euros utilisée par l'intéressée pour rembourser un prêt bancaire contracté en vue de l'achat de sa maison d'habitation et pour la dissimulation duquel elle s'est livrée à des faits de faux et usage de faux également reconnus et sanctionnés par le juge pénal. Aucun contrat de prêt portant sur cette somme n'ayant, au surplus, été conclu entre le comité d'établissement de la société Randstad et Mme B, cette dernière ne peut sérieusement soutenir que la somme en cause aurait la nature d'un prêt ne pouvant, pour ce motif, être imposé dans la catégorie des bénéfices non commerciaux définie au point précédent. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

8. La matérialité des détournements de fonds commis par Mme B est établie tant par ses aveux lors de son audition par les services de la police judiciaire le 2 août 2016 que par les éléments recueillis par l'administration fiscale dans le cadre de son droit de communication exercé auprès des instances judiciaires et les constats opérés par le juge pénal. Par suite, l'administration fiscale a pu, sans commettre d'erreur de droit, imposer les sommes en cause, qui, ne rémunérant aucun travail effectué par Mme B pour le compte de la société Randstad ou du comité d'établissement de cette société, ne peuvent être qualifiées de salaire, dans la catégorie des bénéfices non commerciaux définie par les dispositions citées au point 6. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

En ce qui concerne les pénalités :

9. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte ".

10. Les trois propositions de rectification adressées à Mme B le 1er décembre 2016 énoncent les motifs pour lesquels le service a décidé de lui infliger la majoration de 80% prévue par les dispositions citées au point précédent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette pénalité doit être écarté.

11. Comme indiqué au point 8, l'imposition des sommes détournées par Mme B dans la catégorie des bénéfices non commerciaux est justifiée. Par suite, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de la nature de salaire des sommes en cause pour soutenir que les dispositions citées au point 9 ne lui seraient pas applicables. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

13. Eu égard à la qualité de partie perdante de Mme B dans la présente instance, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul, premier conseiller,

Mme Permingeat, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.

Le rapporteur,

F. PERMINGEAT

Le président,

T. PFAUWADEL

La greffière,

C. BILLON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2008009

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