mardi 20 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2100037 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 3 |
| Avocat requérant | SCP FAYOL & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires récapitulatifs, enregistrés les 5 janvier 2021 et 8 février 2023, M. D et Mme C, représentés par Me Fayol, demandent au tribunal :
1°) de condamner le département de la Drôme à leur verser une somme de 3 000 euros, assortie des intérêts légaux et de leur capitalisation à compter du 16 janvier 2020, en réparation des préjudices résultant de l'accident de voiture dont ils ont été victimes ;
2°) de mettre à la charge du département de la Drôme la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- la responsabilité pour faute présumée du département est engagée, en raison de la présence d'un corps gras sur la chaussée à l'origine de leur accident de voiture survenu sur la route départementale 51 ;
- la survenue de deux autres accidents sur cette route le même jour, ainsi que les attestations produites confirment la présence d'un corps gras sur la chaussée ;
- le département n'apporte pas la preuve d'un entretien normal de la voirie ;
- la sortie de route ayant été provoquée par la chaussée rendue glissante, le lien de causalité est établi entre le préjudice et la chaussée ;
- aucune cause exonératoire ne peut être retenue, M. D conduisait son véhicule avec prudence lors de l'accident et son dépistage d'alcoolémie est négatif ;
- leur véhicule a été estimé par l'expert à une valeur de 3 000 euros, ils n'ont pas été dédommagés par leur assureur et ont donc subi un préjudice de ce montant.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 décembre 2022, 18 janvier 2023 et 3 août 2023 le département de la Drôme représenté par Me Phelip, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire au caractère injustifié des sommes réclamées, et à la mise à la charge des requérants de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les requérants n'apportent pas la preuve de la matérialité des faits et du lien de causalité ;
- les agents qui se sont déplacés sur le lieu de l'accident n'ont pas constaté de présence de corps gras sur la chaussée, et deux agents du centre technique départemental de Saint-Vallier qui ont emprunté la DR51 le 9 décembre 2019 entre 12h15 et 13h20 confirme l'absence de traces de corps gras sur la chaussée lors de leur passage ;
- l'accident mortel évoqué par les requérants qui est survenu vers 9h00 du matin est survenu à 650 mètres de l'accident litigieux et dans l'autre sens de la circulation et lors de l'intervention des forces de l'ordre, des pompiers et des services du département aucune anomalie sur la chaussée n'a été constatée ;
- malgré le passage de nombreux véhicules sur la voie entre 9h00, horaire du premier accident et 16h00 horaire de l'accident des requérants, aucun autre accident n'est intervenu ;
- c'est une faute de conduite qui est à l'origine exclusive de l'accident, au vu des réparations du véhicule chiffrées à plus de 7 500 euros, le véhicule roulait à une vitesse excédant la vitesse maximale autorisée sur la portion de cette voie de 50 Km/h alors au surplus que la chaussée était mouillée en raison de précipitations ;
- il ressort du courrier de l'assureur des requérants que ces derniers ont été indemnisés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doulat,
- les conclusions de M. Villard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. D et Mme C qui circulaient à bords de leur véhicule le 9 décembre 2019 vers 16h00 sur la route départementale 51 en direction de Saint-Vallier, sur le territoire de la commune de Saint-Uze, ont perdus le contrôle de leur véhicule qui a fait un tête à queue avant de s'arrêter dans un talus. Après expertise de leur assureur, leur véhicule de type Renault clio dont la valeur a été estimé à 3 000 euros, a été déclaré économiquement irréparable. Estimant que leur accident a été causé par la présence d'un produit glissant sur la chaussée, M. D et Mme C ont présenté une demande préalable d'indemnisation qui a été rejetée par le département. Les requérants demandent au tribunal de condamner le département de la Drôme à réparer leur préjudice pour un montant de 3 000 euros.
2. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur une voie publique, de rapporter la preuve du lien de cause à effet entre l'ouvrage public et le dommage dont il se plaint. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.
3. Si M. D et Mme C soutiennent que la sortie de route de leur véhicule le 9 décembre 2019 vers 16h00 a été causée par la présence d'un corps gras sur la chaussée, ils ne produisent aucun élément probant de nature à confirmer la présence de ce produit glissant sur les lieux de l'accident. Les deux autres accidents évoqués par les requérants se sont produits le même jour sur cette même route, mais survenus dans des circonstances de temps et dans des lieux différents sans que la présence d'un produit glissant sur la chaussée ne soit relevée. S'il n'est pas contesté que l'équipe d'intervention du département a appliqué sur les lieux de l'accident des requérants un produit absorbant, il ressort de l'attestation des agents d'intervention qu'ils ont appliqué le produit absorbant à titre préventif sur le corps non glissant présent sur la chaussée. En outre il ressort des photos produites au dossier que le produit absorbant a été répandu exclusivement sur la partie centrale de la voie de circulation, partie sur laquelle les véhicules ne sont pas amenés à rouler sauf en cas de dépassement. Au surplus, il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est pas même allégué, que les services départementaux auraient été informés de la présence d'un corps gras sur la chaussée avant l'accident, alors pourtant que cette voie est empruntée par de nombreux usagers et notamment par des agents de la collectivité. Dès lors, à supposer que la présence d'un corps gras sur la chaussée soit avérée, les services départementaux n'ont pas eu la possibilité matérielle de remettre la route en l'état ou a minima de signaler le danger aux usagers avant le passage du véhicule des requérants. Par suite et dans ces circonstances de l'espèce, l'entretien normal de l'ouvrage doit être regardé comme établi.
4. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à mettre en cause la responsabilité du département de la Drôme.
5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme demandée par le département de la Drôme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D et de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du département de la Drôme tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme B C et au département de la Drôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.
Le magistrat désigné,
F. DOULAT
La greffière,
J. BONINO
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2100037
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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01/06/2026