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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2100041

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2100041

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2100041
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCERVEAU-COLLIARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 5 janvier 2021, 27 janvier 2022, 20 avril 2022, 29 juillet 2022 et 28 octobre 2022, la SCI Grenodent, représentée par l'association d'avocats à responsabilité professionnelle individuelle (AARPI) Tejas, demande au tribunal :

A titre principal :

1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2020 par laquelle C a implicitement refusé de réaliser les travaux préconisés par l'expert judiciaire sur la dalle située au 34 et 38 avenue de l'Europe à Grenoble et a rejeté sa demande indemnitaire ;

2°) d'enjoindre à C de réaliser l'ensemble des travaux de reprise préconisés par le rapport d'expertise, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de condamner C à lui verser une indemnité de 29 206 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi ;

4°) de mettre à la charge définitive de C les frais et honoraires d'expertise ;

A titre subsidiaire :

1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2020 par laquelle C a implicitement refusé de réaliser les travaux préconisés par l'expert judiciaire sur la dalle située au 34 et 38 avenue de l'Europe à Grenoble et a rejeté sa demande indemnitaire ;

2°) d'enjoindre à C de réaliser l'ensemble des travaux de reprise préconisés par le rapport d'expertise, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à l'exception des travaux mentionnés au titre du poste n°6 de ce rapport portant sur la réparation des bétons ;

3°) de condamner C à lui verser les sommes de 222 594,62 euros, actualisés et indexés sur l'évolution de l'indice du coût de la construction à compter du 10 janvier 2020, en réparation du préjudice lié à la reprise des bétons induite par le défaut d'étanchéité de la dalle de surface et de 29 206 euros en réparation des préjudices de jouissance subis ;

4°) de mettre à la charge définitive de C les frais et honoraires d'expertise ;

En tout état de cause :

1°) de mettre à la charge de Grenoble-Alpes Métropole la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) de mettre à la charge de la société Axa France Iard la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'expert n'a pas outrepassé ses missions et, en tout état de cause, son rapport, qui a été soumis au débat contradictoire, doit être utilisé à titre d'information ;

- les expertises privées réalisées pour les besoins de C, de façon non contradictoire et sans visite dans le parking, doivent être écartées ;

- les désordres proviennent exclusivement du défaut d'entretien de la dalle en amont des crépines entrainant des infiltrations d'eau dans les structures en béton ; l'enrobage insuffisant de l'acier en sous-face n'a joué aucun rôle causal dans l'apparition des dommages ;

- la totalité des désordres constatés par l'expert sous la dalle de surface sont situés à l'aplomb de l'assiette de la servitude de passage public ;

- l'entretien du complexe d'étanchéité en sous dalle n'a pas contribué à l'apparition des désordres ;

- la dalle constitue un ouvrage public qui relève de la compétence de C au titre de l'entretien de la voirie conformément à l'article L. 5217-5 du code général des collectivités territoriales ;

- compte tenu de son usage direct par le public et de son affectation à la circulation publique, cette dalle constitue un ouvrage public qui fait partie du domaine public de C en vertu de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques y compris les commerces qui y sont installés ;

- les seuls aménagements sommaires qui ont été réalisés sur l'assiette de la servitude ne permettent pas de considérer que la servitude serait éteinte au sens de l'article 703 du code civil ;

- la responsabilité sans faute de C est engagée pour dommages de travaux publics ;

- elle n'a commis aucune faute dans l'entretien du complexe d'étanchéité ;

- les infiltrations d'eau ont rendu impossible l'utilisation d'une quinzaine de places de stationnement depuis le mois de décembre 2017 ; en outre, les futurs travaux de réparation entraineront de façon certaine une immobilisation des places de stationnement ;

- à supposer même que la superficie de l'assiette de la servitude soit revue à la baisse, cette circonstance est sans incidence sur le fait générateur dès lors que la majeure partie de la dalle est à découvert et qu'il importe peu que certaines portions soient exclues de la servitude ;

- par ailleurs, les portions qui seraient soustraites à la circulation du public, comme les commerces, ne sont matérialisées que sur un plan et ne sont pas délimitées physiquement sur le site ; les parties supposément privatisées sont toutes couvertes ;

- en ne prenant pas les mesures qui s'imposent pour faire cesser le dommage, C a commis une faute ; aucun motif ne fait obstacle à la réalisation par C des travaux préconisés par l'expert.

- l'expert a exclu toute responsabilité de sa part en ce qui concerne l'entretien de la sous-face ; dès lors, le coût de reprise de l'intégralité du complexe d'étanchéité située sous la servitude, doit être intégralement mis à la charge de la métropole ;

- C n'établit pas le coût prétendument excessif des travaux retenus par l'expert.

Par des mémoires en défense enregistrés les 25 novembre 2021, 22 avril 2022, 29 juillet 2022, 16 septembre 2022 et 16 décembre 2022, C, représentée par Me Senegas, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, si la responsabilité de C devait être retenue par le tribunal :

* à la réduction des indemnités demandées par la SCI Grenodent à de plus justes proportions, la condamnation prononcée ne pouvant être supérieure à la moitié des préjudices subis, soit les sommes de 14 603 euros s'agissant du préjudice de jouissance et, si ce poste était inclus dans les conclusions indemnitaires, de 70 728 euros au titre des travaux de reprise des bétons ;

* à ce qu'il soit enjoint de réaliser, à titre principal, les travaux résultant de la solution technique " variante " suggérée par le cabinet Saretec dans son rapport du 16 septembre 2022 et à titre seulement subsidiaire, les travaux préconisés par l'expert judiciaire dans l'hypothèse où la solution technique " variante " ne serait pas validée par un maître d'œuvre dans un délai de six mois à compter du jugement à intervenir ;

* à ce que le coût des travaux de reprise des désordres de " la famille A " mis à sa charge soit réduite de 50% et se limitent aux seuls dommages situés sous l'assiette de la servitude de passage du public ;

* à ce que la société Axa France Iard soit condamnée à la relever et garantir de toute condamnation qui serait prononcée à son encontre tant au titre de l'injonction que de condamnation pécuniaire ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, si le tribunal s'estimait incompétent pour se prononcer sur l'extinction de la servitude de passage du public litigieuse, à la saisine du tribunal judiciaire de Grenoble d'une question préjudicielle et à surseoir à statuer jusqu'à la décision à venir ;

4°) en tout état de cause, à la condamnation de la SCI Grenodent à supporter la moitié des dépens de l'instance en ce compris les frais et honoraires d'expertise, au rejet des conclusions de la SCI Grenodent et des conclusions de la société Axa France Iard tendant au paiement de leurs frais exposés et non compris dans les dépens et à la mise à la charge respective de la SCI Grenodent et de la société Axa France Iard des sommes de 5 000 euros et de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'expert judiciaire a outrepassé ses missions et n'a pas analysé avec attention l'ensemble de ses dires notamment ceux relatifs à l'étendue de la servitude de passage public ; l'expertise est donc irrégulière ;

- la SCI Grenodent ne pouvait ignorer les désordres en 2016 et a nécessairement bénéficié d'un prix d'acquisition minoré de l'ensemble immobilier ;

- l'enrobage insuffisant de l'acier en sous-face de la dalle, en aval des crépines, révèle soit un vice de conception lors de la construction des ouvrages en 1968 soit la vétusté du complexe d'étanchéité qui n'a pas été entretenu ; il constitue une cause d'aggravation des désordres ;

- la SCI Grenodent a commis une faute en n'entretenant pas ce complexe d'étanchéité depuis 1968, date de construction des ouvrages ; cette faute a contribué aux désordres ;

- en outre, comme son dire n°2 l'a exposé, la comparaison du plan d'origine de l'assiette de la servitude avec le document " repérage des réparations bétons " montre qu'une partie importante des bétons endommagés au niveau du plafond des stationnements n'est pas située en-dessous de l'assiette de la servitude de passage piétonnier ;

- en outre, sa responsabilité ne saurait être recherchée au titre des portions de la dalle qui, bien que faisant partie de l'assiette de la servitude terrasse, ont été privatisées et ainsi soustraites à l'utilité publique ; ces parties privatisées ne peuvent plus être qualifiées d'ouvrage public ;

- l'impossibilité d'usage d'une servitude pendant trente ans entraîne son extinction par application des articles 703 et suivant du code civil ;

- la dalle ne peut pas relever du domaine public faute de propriété publique ainsi que cela résulte de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques ;

- compte tenu de ces éléments, C ne saurait supporter plus de 50% du coût des travaux prescrits et du préjudice de jouissance ;

- l'évaluation de la " réparation des bétons " chiffrée à 222 594,62 euros est excessive ; les modalités de réparation proposées par le cabinet Saratec seront retenues avec une indexation intervenant au 5 janvier 2021, date d'introduction de sa requête et non à la date de la dernière réunion d'expertise ;

- les conclusions aux fins d'injonction devront être rejetées eu égard au coût manifestement disproportionné des travaux prescrits par rapport aux dommages dérisoires que subis la SCI Grenodent ;

- à tout le moins, l'injonction doit être limitée aux travaux de réparation des seuls désordres se situant sous sur la surface effective et actualisée de la servitude de passage du public ; en outre, les travaux à réaliser seront ceux préconisés par le cabinet Saretec ou, à défaut de pouvoir être mis en œuvre sur le plan technique, ceux recommandés par l'expert judiciaire ;

- l'étendue de l'injonction doit être encore réduite à proportion des observations précédemment formulées ; en outre, la vétusté du complexe d'étanchéité justifie qu'une partie significative de ce coût soit partagé par la requérante qui peut être estimée à 50% au moins de ce poste de travaux, soit 86 454 euros TTC ;

- la réalisation des travaux qui lui incombe est conditionnée par la reprise de l'autre partie de l'étanchéité de la dalle qui incombe à la SCI Grenodent ;

- certains postes de travaux retenus par l'expert doivent être revus à la baisse notamment l'item 4 " Etanchéités et l'item 6 " Réparation des bétons suivant diag. BET CEBEA " ;

- certains postes ne correspondent pas à des travaux propres à remédier aux désordres, notamment la base de vie ;

- la somme de 99 450,72 euros au titre des " études, Ingénierie, contrôle technique et CSPS " est excessive ;

- les biens immobiliers, objet du litige, relèvent de la garantie prévue à l'article 2.1.2 des conditions générales du contrat assurance responsabilité civile qu'elle a souscrit auprès de la société Axa France Iard sans entrer dans les exceptions énumérées à l'article 4.1 ;

- les exclusions de garantie énoncées aux point 5.5 et 5.7 des conditions générales ne peuvent pas lui être opposées ;

- la société Axa France Iard doit être ainsi condamnée à la relever et garantir de toute condamnation qui serait prononcée à son encontre.

Par des mémoires en défense enregistrés les 4 avril 2022, 4 juillet 2022 et 28 octobre 2022 la société Axa France Iard, représentée par Me Cerveau Colliard, conclut au rejet des conclusions tendant à ce qu'elle garantisse C des indemnités qui pourraient être mises à sa charge au titre des travaux de reprise de son ouvrage et du préjudice de jouissance subi par la SCI Grenodent, au rejet de la requête de la SCI Grenodent et de toute conclusion tendant à sa condamnation et à la mise à la charge de la SCI Grenodent de la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi qu'aux entiers dépens de l'instance.

Elle soutient que :

-elle se prononcera uniquement sur l'appel en garantie de son assuré ;

- les travaux de réfection auxquels C pourrait être condamnés sous la forme d'une injonction n'entrent pas dans l'objet de la garantie prévue à l'article 2.1.2 des conditions générales du contrat d'assurance ;

- les dommages sont les conséquence d'infiltrations d'eaux pluviales imputables à un vice de conception de l'ouvrage d'étanchéité et à un défaut d'entretien de l'ouvrage confié à C ; or les dispositions générales (point 5.5) ainsi que l'article L. 113-1 du code des assurances excluent, par une clause claire et précise, ce type de dommages de la garantie au titre de sa responsabilité envers les tiers ; l'exclusion de garantie lui est donc opposable ; en tout état de cause le défaut d'entretien fait disparaître la notion d'aléa, si bien que la compagnie d'assurance est fondée à dénier sa garantie ;

- l'exclusion prévue au point 5.7 s'applique dès lors que la réparation de l'ouvrage de C correspond à la prise en charge des dommages causés à un bien dont elle a la garde et l'usage ; les réparations qui lui incombent n'entrent pas dans la catégorie des dommages subis par la SCI Grenodent mais dans celle des dommages subis par C du fait de son propre ouvrage ; cette clause n'est pas limitée en ce qu'elle laisse ainsi subsister la prise en charge des dommages corporels, matériels et immatériels causés aux tiers ;

- s'agissant du préjudice de jouissance, C a la charge l'entretien de la partie supérieure de la dalle grevée de la servitude de passage ouverte au public ; à défaut de l'avoir fait, l'exclusion de garantie prévue au point 5.5 lui est opposable ; en tout état de cause, le défaut d'entretien flagrant et généralisé de la dalle grevée de la servitude de passage a fait disparaître le caractère aléatoire du contrat d'assurance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général des collectivités territoriales ;

- le code des assurances ;

- le code civil ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le décret n° 2014-1601 du 23 décembre 2014 portant création de la métropole dénommée " Grenoble-Alpes Métropole " ;

- le décret n° 2012-639 du 4 mai 2012 relatif aux risques d'exposition à l'amiante ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ban,

- les conclusions de M. Villard, rapporteur public ;

- les observations de Me Basset représentant la SCI Grenodent ;

- les observations de Me Senegas représentant la SCI Grenodent.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Grenodent a acquis, par acte notarié du 4 novembre 2016, un ensemble immobilier dénommé " Le Trident ", situé au 34 et 38 avenue de l'Europe sur le territoire de la commune de Grenoble. Cet ensemble, construit à la fin des années 1960 dans le cadre de la zone à urbaniser en priorité Grenoble-Echirolles, se compose de deux bâtiments à usage de bureaux un " bâtiment A " de sept niveaux et un " bâtiment D " de quatre niveaux. Ils reposent sur une dalle commune en béton sous laquelle se trouve un parking à plusieurs niveaux.

2. Cette dalle bétonnée fait l'objet d'une servitude de passage ouverte au public mentionnée dans l'acte notarié du 4 novembre 2016 repris de l'acte de vente du terrain d'assiette des 19 et 27 juillet 1972 alors conclu entre la Société d'Aménagement du Département de l'Isère (SADI) et la commune de Grenoble. Cette esplanade, dénommée " la galerie des 3 quartiers ", permet au public de rejoindre à pied le centre commercial de Grand place situé de l'autre côté de l'avenue de l'Europe.

3. A la suite de son acquisition en 2016, la SCI Grenodent a fait réaliser un audit technique sur son bien immobilier. Le rapport en date du 20 décembre 2017 mentionne notamment que des traces importantes d'infiltrations d'eau sont visibles sur le plafond du parking souterrain provenant d'un défaut d'étanchéité de la dalle supérieure.

4. Par une ordonnance du 22 février 2019, la juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a désigné un expert en vue de décrire les désordres affectant le parking de l'ensemble immobilier " Le Trident ", se prononcer sur leurs causes, leurs conséquences, et indiquer la nature et le coût des travaux de nature à y remédier définitivement. L'expert a été autorisé à s'adjoindre deux sapiteurs, d'une part le bureau d'études Cebea chargé d'établir le diagnostic, de contrôler l'intégrité structurelle et la solidité des ouvrages en béton armé et de définir les modes opératoires des réparations des bétons dégradés par les infiltrations et, d'autre part, le géomètre Agate qui a pour mission de préciser les limites de propriété horizontale et verticale de la dalle. L'expert a déposé son rapport final le 22 septembre 2020 dans lequel il estime que les désordres sont la conséquence exclusive du défaut d'étanchéité de la dalle terrasse.

5. Par courrier du 6 octobre 2020, la SCI Grenodent a demandé à C, d'une part, de réaliser les travaux préconisés par l'expert judiciaire et, d'autre part, de lui payer une somme de 20 604 euros en réparation du préjudice de jouissance qu'elle estime avoir subi du fait de l'impossibilité d'utiliser certaines places de parking souterrain. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par C sur cette demande.

6. Dans le dernier état de ses écritures, la SCI Grenodent demande, à titre principal, d'enjoindre à C de réaliser l'ensemble des travaux de reprise préconisés par l'expert et, en outre, le versement d'une indemnité de 29 206 euros en raison de l'impossibilité d'utiliser certaines places de parking en sous-sol du fait des désordres provoqués par le manquement à l'obligation d'entretien qui pèse sur cette collectivité publique.

Sur la régularité du rapport d'expertise :

7. C fait valoir, à tort, que l'expert ne se serait pas prononcé sur le rôle causal de l'enrobage insuffisant de l'acier à certains endroits de la sous-face de la dalle relevé dans le rapport du sapiteur structure Cebea. Elle ajoute qu'il a insuffisamment répondu à son dire n°2 quant à la superficie de la servitude devant être prise en compte et quant au fait qu'une partie importante des bétons endommagés dans le parking souterrain ne se situe pas à l'aplomb de l'assiette de la servitude. Toutefois et quand bien même le second grief est fondé, il n'en résulte aucune irrégularité des opérations d'expertise. Ses conclusions tendant à écarter ce rapport ne peuvent qu'être rejetées.

8. Par ailleurs, le tribunal dispose, pour former sa conviction, des nombreuses pièces que les parties ont fournies à l'instance pour étayer leur argumentation respective sur ces problématiques.

Sur la responsabilité pour faute de C :

En ce qui concerne la répartition par la servitude des charges d'entretien de la dalle :

9. Il résulte de l'instruction qu'en vertu de la servitude conventionnelle instituée en 1972 et reprise dans l'acte de vente du 4 novembre 2016, une partie de la dalle de l'ensemble immobilier appartenant à la SCI Grenodent, délimitée en jaune sur le plan n°2 d'origine, est affectée à l'usage direct du public qui peut l'utiliser " en tout temps et à toute heure ".

10. En outre, il résulte de ces stipulations qu'une personne publique assure la surveillance de ces lieux ainsi que l'entretien et la réparation du dallage dans sa partie grevée de la servitude de passage et des aménagements qu'elle y fait réaliser.

11. Ainsi, bien qu'appartenant en totalité à une personne privée, ce qui fait obstacle à son incorporation au domaine public, cette dalle constitue, dans sa partie affectée à l'usage direct du public, un ouvrage public.

12. Les dommages étant toutefois nés à l'occasion de l'exécution des stipulations instituant cette servitude, il convient de se reporter à celles-ci, qui régissent les relations entre la SCI Grenodent et C, pour répartir leurs responsabilités respectives en ce qui concerne les dommages résultant d'un défaut d''entretien de cette dalle.

13. D'un côté, ces stipulations mettent à la charge de la SADI l'entretien de la partie du dallage grevée de la servitude permettant le passage du public ainsi que des ouvrages réalisés par ses soins, les réparations à y faire " quelles qu'elles soient " ainsi qu'éventuellement leur remplacement. Elle doit également assurer l'éclairage, le nettoiement et le balayage de ce passage ouvert au public. Il est encore stipulé que " les mesures de police propres à assurer la circulation et le bon ordre sur les lieux ainsi grevés seront prises par Monsieur B la ville de Grenoble ". La SADI est aussi responsable des accidents de toute nature pouvant survenir sur les lieux et résultant soit d'un mauvais entretien du dallage et des ouvrages précités soit d'un usage anormal dans l'exercice de la servitude.

14. A cet égard, depuis le 1er janvier 2015, en vertu de l'article 4 du décret du 23 décembre 2014 portant création de la métropole dénommée " Grenoble-Alpes Métropole " et des b) et c) du 2° du I de l'article L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales, Grenoble-Alpes Métropole exerce de plein droit, en lieu et place des communes situées sur son territoire dont fait partie Grenoble, l'entretien de la voirie ainsi que la création, l'aménagement et l'entretien des espaces publics dédiés à tout mode de déplacement urbain ainsi qu'à leurs ouvrages accessoires. Aussi, la portion de dalle objet de cette servitude, qui a été rétrocédée par la SADI à la commune de Grenoble, relève de la compétence de C depuis le 1er janvier 2015.

15. D'un autre côté, ces mêmes stipulations imposent au propriétaire de l'immeuble d'assurer, en aval des crépines, " l'entretien des ouvrages d'étanchéité, de protection d'étanchéité et du réseau d'assainissement des eaux pluviales ". Dès lors, l'entretien des ouvrages situés en dessous des crépines et formant la face inférieure de la dalle relève de la SCI Grenodent. Le propriétaire de l'immeuble a également à sa charge l'entretien des garde-corps et autres installation provisoires ou définitives délimitant les zones soumises à servitudes.

En ce qui concerne le lien de causalité et la faute de la victime :

16. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'expert judiciaire que C a manqué à son obligation d'entretien et de réparation de la dalle supérieure située en amont des crépines, notamment au niveau des points singuliers que constituent les étanchéités extérieures, les grilles d'eau pluviales, les relevés d'étanchéité et les joints de dilatation. Ces carences se manifestent notamment par la présence sur la dalle de mousses, d'herbe, d'arbustes et par la discontinuité des revêtements " qui sont totalement dégradés et qui n'assurent plus leur rôle de protection ".

17. Ces manquements imputables à C sont la cause directe et certaine des infiltrations volumineuses et répétées d'eaux pluviales qui percolent à travers les couches successives de la dalle avant d'inonder certaines parties du sous-sol et provoquer la dégradation progressive, d'une part, du complexe d'étanchéité situé en sous face en aval des crépines rendant son remplacement nécessaire et, d'autre part, des parties de plafonds ainsi que des poteaux et poutres en béton armé du parking souterrain identifiées dans le rapport d'expertise.

18. Il est vrai que le rapport du bureau d'études Cebea portant sur la structure béton mentionne que le phénomène d'éclatement de " certains bétons " du fait du contact de l'acier avec l'eau " est aussi accentué par le fait que l'enrobage de l'acier est parfois insuffisant comme il est constaté en sous-face de dalle ".

19. C s'appuie sur ces éléments pour faire valoir que cette insuffisance révèle à la fois un vice de construction des ouvrages en béton réalisés en 1968 et un défaut d'entretien du complexe d'étanchéité présent en sous dalle depuis plus de cinquante ans qui ont tous deux contribué à la survenue des dégradations survenues dans le sous-sol.

20. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment des constats de l'expert et du sapiteur lui-même que c'est le défaut " flagrant " d'entretien de la couverture d'étanchéité de la dalle supérieure qui a entrainé la propagation massive des eaux de pluie dans les couches successives de la dalle avant d'atteindre les ouvrages béton dont la structure acier, au contact de l'eau, gonfle et finit par provoquer l'éclatement du béton.

21. Dans ces conditions, ce manque d'entretien de la dalle supérieure doit être ainsi regardé comme constituant la cause exclusive des dégradations des bétons en sous-sol alors que l'enrobage insuffisant de l'acier des structures en béton n'intervient que comme un épiphénomène.

22. En tout état de cause, en admettant même que l'enrobage " quelquefois " insuffisant de l'acier ait pu jouer un rôle dans l'aggravation des dommages ou dans la date de leur survenue, aucun des éléments issus des rapports d'expertise ou des nombreuses pièces apportées par C ne sont de nature à caractériser une faute de la victime dans la conception du complexe d'étanchéité qui doit être apprécié à la date de sa construction ou dans son entretien ultérieur s'il s'avérait nécessaire. En revanche, la fragilité et la vétusté de l'immeuble sont susceptibles d'être retenues pour évaluer les préjudices indemnisables.

23. Il s'ensuit que les dommages dont la SCI Grenodent demande réparation trouvent leur origine directe et exclusive dans le manquement de C à l'obligation d'entretien qui lui incombait en application des stipulations de la servitude.

En ce qui concerne les causes exonératoires invoquées par C :

Quant à l'exception du risque accepté :

24. C fait valoir que la SCI Grenodent ne pouvait ignorer, à la date de son acquisition, les désordres visibles qui affectent le parking situé sous la dalle et que, de ce fait, elle a nécessairement bénéficié d'un prix d'achat " contenu ".

25. Toutefois, à supposer même qu'à cette date, la SCI Grenodent avait entièrement connaissance de l'existence, de l'importance et de la cause exacte des désordres évolutifs affectant le parking souterrain, cette circonstance ne saurait la priver de son droit d'en demander réparation à l'auteur de ces dommages alors même que cela a pu avoir une incidence sur le prix d'achat. En tout état de cause, C n'apporte aucun élément de nature à établir que la SCI Grenodent aurait bénéficié d'un prix d'achat significativement bas par rapport au prix du marché immobilier pour des biens comparables.

Quant à la superficie de cette servitude :

26. Les parties conviennent que la servitude portait sur une surface initiale de 1710 m2 selon le plan joint à l'acte notarié des 19 et 27 juillet 1972 que reprend l'acte notarié de vente du 4 novembre 2016.

27. C fait toutefois valoir que sa responsabilité ne saurait être recherchée au titre des portions de la dalle qui, bien que faisant initialement partie de l'assiette de la servitude terrasse, ont été privatisées et ainsi soustraites à la circulation publique.

28. Il ressort des constatations effectuées sur les lieux par le cabinet de géomètre Saretec en mai 2022 pour le compte de C que diverses constructions sont édifiées sur la dalle dans sa partie grevée de la servitude de passage soit pour répondre aux besoins de fonctionnement de l'ensemble immobilier soit pour exercer une activité purement commerciale. Par ailleurs, il résulte également de ce rapport communiqué dans le cadre de la présente instance et des photographies produites que la surface de la dalle, dans sa partie donnant accès à la loge du gardien, est fermé au public par une grille métallique.

29. Ces constructions font ainsi matériellement obstacle à la circulation du public et, par ailleurs, eu égard à leur affectation à une activité présentant un caractère exclusivement privé, elles ne peuvent pas être regardées comme des accessoires indispensables à l'ouvrage public que constitue la dalle dans sa partie affectée à la circulation au public.

30. En conséquence et dans la mesure ou leur affectation ou leur changement d'affectation n'apparait pas provisoire, elles n'apparaissent pas comme étant susceptibles d'engager la responsabilité de C au titre de la servitude.

31. Toutefois, ces constructions à usage privé et la partie du passage fermée à la circulation du public sont couvertes et protègent ainsi la dalle des ruissellements d'eaux pluviales dès lors qu'il n'est pas allégué qu'elles ne gèrent pas leurs eaux pluviales de façon autonome. Aussi, il ne peut être tenu pour établi que ces constructions à usage privé aient eu un rôle significatif dans la survenue des désordres.

32. Dans ces conditions, la circonstance que l'assiette de la servitude terrasse ait été partiellement soustraite à la circulation publique apparait sans incidence déterminante sur le lien de causalité existant entre les ruissellements d'eaux pluviales provenant de la dalle supérieure mal entretenue et les dommages subis par la SCI Grenodent dans le parking souterrain.

33. Par suite, alors que le cheminement vertical de l'eau à travers le dallage ne s'effectue nécessairement de façon rectiligne, C ne saurait être partiellement exonérée de sa responsabilité pour les dommages causés aux ouvrages en béton dans le parking souterrain qui se situeraient à l'aplomb des portions de la dalle qui auraient été " privatisées " et qui seraient ainsi soustraites à l'obligation d'entretien qui lui incombe.

Quant à l'extinction de la servitude :

34. L'article 703 code civil dispose que : " Les servitudes cessent lorsque les choses se trouvent en tel état qu'on ne peut plus en user " et l'article 706 du même code énonce que " La servitude est éteinte par le non-usage pendant trente ans ".

35. C se prévaut de l'extinction de la servitude par non usage invoqué pour s'exonérer de son obligation d'entretien sur les parties " privatisées ". Elle n'apporte toutefois pas les éléments précis, tels que les dates de construction concernées, de nature, d'une part, à caractériser une impossibilité définitive d'exercice de la servitude et, d'autre part, à établir que cette servitude serait éteinte en raison de l'impossibilité de l'utiliser pendant trente ans.

36. Par suite, elle n'est pas fondée à invoquer les dispositions des articles 703 et suivant du code civil pour s'exonérer de sa responsabilité résultant de cette servitude conventionnelle sans qu'il soit besoin de saisir la juridiction judiciaire de Grenoble d'une question préjudicielle sur ce point.

37. Il résulte de ce qui précède que C est pleinement responsable des désordres dont la SCI Grenodent demande réparation.

Sur le préjudice de jouissance

38. Il résulte de l'instruction qu'en raison des dégradations affectant les ouvrages bétonnés du sous-sol, la SCI Grenodent est dans l'impossibilité, depuis la fin du mois de décembre 2017, d'utiliser quinze places de stationnement situées à l'aplomb de la servitude. Sur la base des éléments de chiffrage retenus par l'expert et non contestés, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant la somme de 23 562 euros à la date du présent jugement.

39. Les travaux à réaliser entraineront en outre, selon le rapport d'expertise, l'immobilisation en alternance de zones de stationnement par tranches de 30 places. Ce préjudice est futur mais certain. Il doit être évalué, conformément aux préconisations de l'expert, à la somme non contestée de 7 140 euros.

Sur les conclusions d'injonction de réaliser des travaux recommandés par l'expert :

40. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique. En l'absence de toute abstention fautive de la personne publique, le juge ne peut faire droit à une demande d'injonction, mais il peut décider que l'administration aura le choix entre le versement d'une indemnité dont il fixe le montant et la réalisation de mesures dont il définit la nature et les délais d'exécution.

41. Pour la mise en œuvre des pouvoirs décrits ci-dessus, il appartient au juge, saisi de conclusions tendant à ce que la responsabilité de la personne publique soit engagée, de se prononcer sur les modalités de la réparation du dommage, au nombre desquelles figure le prononcé d'injonctions, dans les conditions définies au point précédent.

42. En l'espèce, il résulte de l'instruction que les dommages subis par la SCI Grenodent perdurent à la date du présent jugement et que cette persistance trouve son origine dans le fonctionnement anormal de l'ouvrage public constitué par la partie de la dalle ouverte à la circulation des piétons.

43. Il ne résulte pas de l'instruction que, compte tenu des capacités financières dont dispose C, le coût des travaux à réaliser pour remédier aux désordres liés aux eaux de ruissellement de la dalle serait manifestement disproportionné par rapport au préjudice subi par la SCI Grenodent qui résulte d'un phénomène de corrosion des structures béton parvenu à un stade avancé dans le parking souterrain et qui, s'amplifiant progressivement, risque à terme de mettre en cause la solidité du bâtiment.

44. Par ailleurs, l'intérêt du public utilisant ce passage est également de disposer d'une dalle supérieure en bon état d'entretien et présentant toutes les garanties de sécurité sans attendre un éventuel accident.

45. Aussi, eu égard à l'intérêt tant public que privé qui s'attache à mettre fin aux causes des désordres constatés, aucun motif d'intérêt général ne justifie ainsi l'absence des mesures prises par C pour remédier aux désordres.

46. En premier lieu, pour contester l'étendue et le coût des travaux à réaliser, C fait valoir qu'elle n'est pas habilitée à réaliser les travaux portant sur la sous-dalle privée dont l'entretien relève, par convention, de la SCI Grenodent. Toutefois, ces désordres ont pour cause les infiltrations d'eau de pluie provenant de la dalle supérieure dont elle est responsable et, en formulant ses conclusions d'injonction, la requérante a nécessairement donné son accord pour que C pénètre sur son parking privé aux fins qu'elle y réalise ces travaux.

47. En deuxième lieu, l'expert judiciaire prévoit en page 14 de son rapport que, préalablement aux travaux de reprise, un Diagnostic Technique Amiante (DTA) doit être effectué par C aux fins de contrôler la présence ou non d'amiante dans le complexe d'étanchéités en sous face avec protection lourde et de choisir, le cas échéant, le mode opératoire de traitement. Il consiste soit dans la dépose définitive des produits amiantés qui constitue une option chiffrée dans le rapport, soit leur encapsulage qui permettrait de laisser le matériau amianté en place tout en le rendant inerte et exempt d'émanations de fibres. Il s'ensuit que, contrairement à ce que soutient C, l'expert n'exclut pas le traitement par encapsulage.

48. Aussi, si le diagnostic révèle la présence d'amiante, il appartiendra ainsi au maître d'œuvre, qui sera désigné par C pour réaliser les travaux de reprise, d'adopter cette technique d'encapsulage moins onéreuse sous réserve toutefois qu'elle respecte les normes réglementaires applicables notamment celles issues du décret du 4 mai 2012 et qu'elle s'avère adaptée aux travaux à réaliser dans un parking souterrain.

49. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit, C conteste la surface de la servitude estimée à 1710 m² par l'expert judiciaire. En déduisant les espaces de la dalle occupés par les commerces privatifs et les ouvrages destinés au fonctionnement de l'ensemble immobilier qui sont fermés à la circulation du public, il propose de ramener cette superficie à 1262 m² en se fondant sur le rapport Saretec établi en mai 2022 à sa demande.

50. Ce dernier document est étayé par une analyse détaillée s'appuyant sur un découpage de la servitude en 6 zones (pages 3 à 5) qui n'est pas précisément remise en cause par la SCI Grenodent alors que l'analyse du géomètre sapiteur est en revanche brève et peu démonstrative.

51. Dans ces conditions il convient de retenir la surface de 1262 m² comme étant la plus actualisée et comme devant servir de base pour l'étendue des réparations à réaliser sur la dalle supérieure qui ne pourront pas s'effectuer sur ces parties construites.

52. En revanche, eu égard à ce qui a été dit aux points 29 et à 36 sur le lien de causalité, cette actualisation de la surface doit être regardée comme étant sans incidence sur l'étendue et le coût des travaux portant sur la dalle inférieure correspondant à l'étanchéité profonde et sur les poteaux et poutres bétonnés endommagés dans le parking souterrain pour lesquels la référence à la surface initiale de la servitude de 1710 m² peut être conservée.

53. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que les travaux de reprise apporteront une plus-value directe et certaine à la SCI Grenodent en ce qu'elle bénéficiera de la réfection complète et améliorée du complexe d'étanchéité située au niveau au plafond du parking souterrain (en sous dalle) et du remplacement des ouvrages bétonnés abimés ou corrodés dont la vulnérabilité, résultant d'un enrobage acier parfois insuffisant, a été relevée par le sapiteur.

54. Aussi, le coût des travaux à réaliser par C sur la sous-dalle doit être pris en charge à hauteur de 25 % par la SCI Grenodent.

55. Il résulte de tout ce qui précède qu'il doit être enjoint à C de réaliser, à ses frais, les travaux selon les modalités techniques recommandées par l'expert concernant les seuls désordres de la " famille A " liés à un défaut d'étanchéité relevant de sa responsabilité (montant total estimé par l'expert à 928 206,72 euros hors coût éventuel de désamiantage) à l'exclusion de la partie des travaux de cette famille de dommages, situés hors servitude, incombant à la SCI Grenodent et chiffrée par l'expert à la somme de 107 116,80 euros.

56. Ces travaux consistent, d'une part, à la réfection totale de la dalle supérieure pour assurer son étanchéité y compris les points singuliers (descentes d'eaux pluviales et joints de dilation entre autres) à l'exception des parties occupées par des constructions à fins d'usage privé et celle permettant l'accès à la loge du gardien fermée la circulation du public et, d'autre part, à la réfection des dégâts causés à la sous-dalle comportant la rénovation complète du complexe d'étanchéité et la reprise des dégâts causés au plafond ainsi qu'aux poteaux de type poutre en appliquant ce qui a été dit au point 51 en cas de présence d'amiante.

57. Par ailleurs, les travaux que devra effectuer C sur la sous-dalle devront être pris en charge à hauteur de 25 % par la SCI Grenodent pour les raisons exposées aux points 53 et 54.

58. Dès lors, il y a lieu, d'enjoindre à C de réaliser ces travaux dans les conditions qui viennent d'être énoncées dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement, étant précisé que l'ensemble des travaux portant sur la dalle devront être nécessairement coordonnés entre les parties comme le préconise l'expert et qu'une convention de maîtrise d'ouvrage unique apparait, dans ces conditions, pertinente.

Sur l'appel en garantie formé par C contre la société Axa Iard France :

En ce qui concerne l'objet de la garantie :

59. L'article 2.1. " Responsabilité générale " des conditions générales du contrat d'assurance responsabilité civile conclu entre C et la société Axa France Iard dispose : " Cette garantie s'applique aux conséquences pécuniaires de la responsabilité civile ou administrative que l'Assurée peut encourir, en raison des dommages corporels, matériels et immatériels causés aux tiers du fait : () " 2.1.2. des biens immobiliers communaux (autres que ceux affectés à l'exploitation d'un des services annexes énumérés à l'article 4.1 ou considérés comme immeuble de rapport) et des travaux de construction, de réparation, d'entretien et de démolition y afférents( ) 2.1.5. du fonctionnement, du non-fonctionnement ou du mauvais fonctionnement de l'ensemble des services municipaux à l'exclusion de ceux énoncés à l'article 4.1() ".

60. Ce dernier article liste les exclusions suivantes " () :4.1.1. abattoirs ; 4.1.2. centres de loisirs, colonies de vacances ;4.1.3. destructions ou traitement des déchets ; 4.1.4. distribution d'eau, gaz, électricité ; 4.1.5. embarcations destinées au transport de plus de dix personnes ; 4.1.6. établissements sportifs couverts (ou en plein air comportant des tribunes) ;4.1.7. ramassage scolaire ; 4.1.8. salles de spectacles et de jeux autres que la salle communale des fêtes et maison de jeunes ou club du troisième âge ; 4.1.10. station d'épuration ou de traitement des eaux usées ;4.1.11. terrains de camping ou de caravaning ".

61. Parmi les activités assurées figurent au Cahier des Clauses Techniques Particulières (CCTP : pages 4 et 5) la " Création, aménagement et entretien de la voirie " et " Toutes activités liées aux compétences transférées de manière générale ".

62. Ce CCTP définit enfin la notion de tiers de la manière suivante (page 3) : " AUTRUI OU TIERS : Toute personne autre que les préposés et agents de la collectivité souscriptrice dans l'exercice de leurs fonctions, lorsqu'ils peuvent se prévaloir de la législation sur les accidents du travail ou des dispositions statutaires dont ils bénéficient ".

63. Il résulte des stipulations précitées que l'assurance responsabilité civile que C a souscrite couvre les dommages matériels causés aux tiers, en l'espèce la SCI Grenodent, par un bien immobilier dont elle a par ailleurs garde au titre de l'exercice des compétences transférées. Le bien immobilier, objet du litige, relève ainsi de la garantie prévue à l'article 2.1.2 des conditions générales sans entrer dans les exceptions énumérées à son article 4.1.

64. Par ailleurs, le coût des travaux que C devra réaliser en exécution du présent jugement pour faire cesser les désordres entre dans la notion large des " conséquences pécuniaires de la responsabilité () administrative " énoncée à l'article 2.1 précité et constitue une des modalités de réparation des dommages. A cet égard, aucune disposition dans le CCTP ou dans les conditions générales ou particulières visent à exclure de la notion de " conséquences pécuniaires " le coût des travaux à réaliser sur injonction d'un juge, à la différence par exemple du paiement des amendes explicitement non couvert par la garantie.

65. Enfin, en l'absence de précisions contraires dans la police d'assurance, les dommages que C est condamnée à réparer sont causés à un ouvrage dont la propriété relève bien de la SCI Grenodent qui a également la qualité de tiers au sens large défini au point 64, alors même que C exerce à son égard un droit d'usage par le biais d'une servitude.

66. Il s'ensuit que la société Axa France Iard n'est pas fondée à soutenir que la garantie ne s'applique pas au coût des travaux que son assurée devrait réaliser en vertu d'une condamnation judicaire au motif qu'ils sont destinés non à réparer des désordres mais à en supprimer la cause.

En ce qui concerne les exclusions de garantie :

Quant à l'exclusion résultant de l'article 5.5 des dispositions générales :

67. L'article L. 113-1 du code des assurances dispose que : " Les pertes et les dommages occasionnés par des cas fortuits ou causés par la faute de l'assuré sont à la charge de l'assureur, sauf exclusion formelle et limitée contenue dans la police. Toutefois, l'assureur ne répond pas des pertes et dommages provenant d'une faute intentionnelle ou dolosive de l'assuré ".

68. Une clause d'exclusion n'est pas formelle lorsqu'elle ne se réfère pas à des critères précis et nécessite interprétation.

69. Une clause d'exclusion n'est pas limitée lorsqu'elle vide la garantie de sa substance, en ce qu'après son application elle ne laisse subsister qu'une garantie dérisoire.

70. L'article 5 stipule que : " Sont exclus de la garantie () 5.5. les dommages causés par les infiltrations, des refoulements et des débordements :• résultant d'un vice de conception de l'ouvrage, d'un défaut d'entretien ou d'une insuffisance notoire du réseau de canalisations et d'installations servant à l'évacuation des eaux pluviales et usées ()".

71. En l'espèce, la clause d'exclusion figurant à l'article 5.5 des conditions générales du contrat parait suffisamment formelle en ce qu'elle recourt à la notion de défaut d'entretien.

72. Elle est suffisamment limitée en ce qu'elle ne conduit pas à vider la garantie de sa substance dès lors que subsistent, après son application, tous les cas de dommages non liés à un défaut d'entretien comme les orages violents ou les pluies exceptionnelles ou encore les dommages causés aux personnes qui ne trouvent pas leur origine dans les vices de conception et de défaut d'entretien de l'ouvrage. Aussi, l'exclusion du défaut d'entretien ne fait pas disparaître totalement la notion d'aléa.

73. C invoque toutefois les dispositions du CCTP, qui prévalent sur les conditions générales de l'assureur, en ce qu'il stipule au titre de l'objet de la garantie (page 6) que : " Sont garanties les conséquences de la responsabilité civile de la collectivité du fait de son patrimoine dont elle est propriétaire ou gardienne, de son personnel, de la mise en œuvre, de la gestion et de l'exécution, de ses compétences et activités y compris en cas de fautes, d'omissions, de maladresses ou d'erreurs ".

74. Il est vrai qu'elle s'abstient toutefois de citer la fin du passage qui limite la portée du principe de maintien de garantie en cas de faute de l'assuré en précisant " dès lors qu'il s'agisse d'un évènement ou dommages non exclus ci-après ".

75. Les dommages causés par les ruissellements d'eaux pluviales sur un bien immobilier n'entrent toutefois dans aucun des 23 cas énoncés d'événements ou dommages exclus par les stipulations du CCTP notamment le cas 3 " inondations " qui renvoie à un événement d'une nature différente et le cas 12 " conséquences des engagements pris par l'assuré dans la mesure où les obligations qui en résultent, excèdent celles auxquelles il serait tenu en vertu des textes légaux sur la responsabilité " eu égard notamment à la qualification d'ouvrage public de la dalle dans sa partie ouverte à la circulation du public. Dès lors, compte tenu des dispositions du CCTP qui prévalent sur les conditions générales, la clause d'exclusion figurant à l'article 5.5 n'est pas formelle au sens défini au point 70 et n'est donc pas opposable à C

Quant à l'exclusion résultant de l'article 5.7 des dispositions générales :

76. L'article 5 stipule que : " Sont exclus de la garantie () 5.7. les dommages causés aux biens dont l'Assurée ou les personnes dont elle est civilement responsable ont la propriété, la garde ou l'usage ()".

77. La société Axa France fait valoir que l'exclusion prévue au point 5.7 s'applique en l'espèce dès lors que la réparation de l'ouvrage pour lequel C demande l'application de la garantie correspond à une prise en charge exclue par les dispositions précitées s'agissant de des dommages causés à un bien dont elle a la propriété, la garde ou l'usage.

78. Les réparations qui incombent à C par l'effet du présent jugement doivent être regardés comme se rapportant avant tout à des dommages causés aux biens d'un tiers, à savoir la SCI Grenodent en sa qualité de propriétaire de la dalle et du parking souterrain, et non aux biens de l'assurée dès lors que C a seulement l'usage et l'entretien de la partie supérieure de la dalle dans sa partie ouverte à la circulation du public en vertu d'une servitude de passage. La situation juridique complexe de cet ouvrage n'est pas explicitement traitée par la police d'assurance et la garantie de base ne saurait être exclue sans dispositions formelles allant dans ce sens. Par suite, la société Axa France n'est pas fondée à se prévaloir de cette exclusion.

En ce qui concerne l'absence d'aléa invoqué par la société Axa :

79. L'existence de l'aléa s'apprécie au moment de la formation du contrat. La seule circonstance que le fait dommageable soit antérieur à la prise d'effet de la garantie ne suffit pas à exclure sa mise en œuvre.

80. Il n'est pas établi que, lors de la souscription du contrat intervenu le 1er septembre 2017, la SCI Grenodent savait précisément que le risque lié aux infiltrations d'eau était déjà réalisé, celui-ci n'ayant été identifié dans son étendue et sa cause que par l'audit technique qu'elle a fait réaliser fin décembre 2017. Dès lors, le contrat d'assurance n'était pas privé de son caractère aléatoire à la date de sa conclusion ni au cours de son exécution ainsi qu'il a été dit.

81. Il résulte de ce qui précède que la société Axa France Iard doit être condamnée à garantir C de toutes les condamnations prononcées à son encontre par le présent jugement en application de contrat d'assurance conclu entre eux.

Sur les frais d'expertise :

82. Par ordonnance rectifiée du 29 décembre 2020 du président du tribunal administratif de Grenoble confirmée par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 13 octobre 2023, les frais et honoraires de l'expert ont été taxés et liquidés à la somme de 22 057,85 euros. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre ces frais à la charge définitive de C à hauteur de 75% (16 543,39 euros) et de la SCI le Grenodent à hauteur de 25% (5 514,46 euros) dans la mesure où, notamment, ce rapport lui a été utile au titre des travaux de reprise des désordres de " la famille A " qui lui sont imputables.

Sur les frais liés à l'instance :

83. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCI Grenodent, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

84. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de C le versement à la SCI Grenodent une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

85. Les autres conclusions présentées par les parties au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : C est condamnée à payer à la SCI Grenodent la somme de 30 702 euros.

Article 2 : Il est enjoint à C de réaliser les travaux recommandés par l'expert sous les conditions et réserves énoncées dans le présent jugement dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La SCI Grenodent est condamnée à rembourser à C 25 % du coût des travaux de reprise de la sous-dalle une fois que cette collectivité publique aura réalisé ces travaux.

Article 4 : Les frais d'expertise sont mis à la charge définitive de C à hauteur de 16 543,39 euros et de la SCI Grenodent à hauteur de 5 514,46 euros.

Article 5 : C versera à la SCI Grenodent une somme de 1500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : La société Axa France Iard est condamnée à garantir C des condamnations prononcées à son encontre par le présent jugement.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Grenodent, C et la société Axa France Iard.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. Ban, premier conseiller.

M. Doulat, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

Le rapporteur,

J-L. Ban

La présidente,

A. Triolet

La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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